Fliche, op. cil., p. 304 et suiv
l'œuvre de sa sanctification ; sur sa demande, et par un singulier privilège, le P. Général le maintint pendant neuf ans à la tête du collège de Moulins!. Pourtant la manière du P. Lingendes lui avait paru bien plus rude que}celle du P. Arnoux. Non pas que les deux directeurs différassent de doctrine ; mais le second, recevant une âme déjà disposée au dépouillement par le travail préparatoire du premier, jugea le moment venu de briser les derniers obstacles que la nature oppose au libre jeu de la grâce Le P. Arnoux avait eu pour mission d'offrir le lait savoureux des enfants; dans les débuts, il devait s’accommoder à fa faiblesse d’une veuve affligée ; c’est pourquoi il ne craignait point d'entretenir en son cœur le souvenir de M. de Montmorency; il lui en parlait souvent et le lui donnait comme modèle ; quand plus tard, il lui fit entrevoir peu à penla nécessité du détachement, c'était toujours avec une grande douceur dans la forme et en laissant apparaître par intervalles le nom de celui qui méritait de si justes regrets. Le P. de Lingendes, lui, comprit que sa charge était de donner le pain des forts. Pendant quatre ans, il se fit une loi de ne parler à sa pénitente que des grandeurs de Dieu, des souffrances et des amabilités de Jésus-Christ ; et si ellemême lui confiait les sentiments de son cœur au sujet de son mari, il la laissait là-dessus sansiréponse. Il avait pris cette résolution devant Dieu, et il la tint avec une constance qui l’étonnait lui-même : sans une assistance spéciale de l'Esprit-Saint auraitil pu maïtriser sa réelle compassion? Marie-Félice, très affectée d'un silence si extraordinaire, le subit sans se plaindre ni se fermer au prêtre en qui ellefvoyaitile représentant de Dieu ?. Puis, comprenant la lecon indirecte, elle fit la place toute grande en son âme à Jésus-Christ. Non pas qu’elle laissât l’image de son mari s’effacer de sa mémoire, mais elle ne s’y attachait plus avec la vivacité d'une tendresse humaïne : elle ne lui donnait qu’un regard paisible pour de là s'élever à la source de toute beauté et de tout amour. Dès lors, sans entraves, elle courut vers les cimes. Déjà elle avait traversé les chemins les plus difficiles de la vie parfaite, quand, après une é/ection en règle sous la direction de son confesseur, elle résolut de se consacrer à Dieu
1. Lettres du P. Général à la duchesse de Montmorency, 5 mars, 30 mai, 22 août 1639, l" décembre 1640. Epist. Gen. extra Italiam, t. IL). — Lettre du P. Charlet à la duchesse de Montmorency, 27 juin 1642 (Francia Epis., t. V1). — Lettre de la duchesse de Montmorency au P. Général, s. d. (Mémoires, simples et véritables, p. 334. note).
2, Fliche, op. cil., p. 809, 310.
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dans l'Ordre de la Visitation au monastère de Moulins!. Elle y aura le pénible mais précieux honneur de recevoir, à côté du P. de Lingendes, le dernier soupir de la sainte Fondatrice; elle y travaillera de toute son influence à la béatification de saint Francois de Sales, et, devenue supérieure, elle y célèbrera les fêtes de sa canonisation ?.
On lui à reproché d’avoir transféré de Toulouse à Moulins le corps de M. de Montmorency, et d’avoir fait construire pour la sépulture de son mari, à la Visitation, une nouvelle église et un très riche monument®. Or, chose bien digne de remarque, l'initiative ne vint pas d'elle, mais du P. de Lingendes; même elle hésita sérieusement ayant de se rendre au conseil, on dirait mieux à l’ordre, de celui qui avait le plus travaillé jadis à éteindre en elle les souvenirs et les regrets alors trop vifs de l’amour humain“. |
Peut-être nous sommes-nous trop attardés au récit d'une fin tragique et d’une vocation célèbre : nous avons voulu montrer par un exemple de quel crédit jouissait alors la Compagnie de Jésus auprès des grands, et comment ses religieux savaient mériter leur réputation d’habiles directeurs d’âmes, Revenons maintenant au singulier personnage dont l’ambitieuse légèreté avait provoqué tant de malheurs et tant de vertus.
12. Quand, après la défaite de Castelnaudary, Gaston d’Orléans négocia les clauses de sa soumission, on le sonda sur le point de son mariage avec la princesse Marguerite. « À quoy il fut répondu par Son Altesse qu'il y avoit eu des paroles données, mais que l'exécution avait été remise » à plus tard. Or Montmorency, près de mourir, révéla la réalité de l’union secrète que les intéressés avaient toujours niée jusque-là. On conçoit le péril oùse trouvèrent, de ce fait, tous ceux qui l'avaient favorisée, Puvlaurens se crut perdu et poussa Monsieur à sortir du royaume au plus vite en prétextant l'exécution du maréchal de Montmorency fi, Partis de Tours le 10 novembre 1632, ils pas-
sèrent la frontière de Belgique et se réfugièrent à Bruxelles.
Gaston allait-il cette fois unir sa cause à celle de la reine mère ?
Ibidem, p. 372 et suiv.
. Fliche, op. cil., t. Il; p. 22 et suiv., 177 et s. 342 ets.
. Sur cette église et lé mausolée, voir Gharvet, Marlellange, p. 62, 63. 4. Fliche, op. cil., t. IT, p. 84 et suiv.