‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 39 sur 308 · Le Mercure françois, t. X, ann. 1624, p · texte numérisé non relu

Le Mercure françois, t. X, ann. 1624, p

3. Voir les décrets de plusieurs Universités (Le Mercure Jésuile, t. I, p. 749-751).

Jalousie, se liguèrent contre la Compagnie de Jésus représentée par le collège de Tournon. C'était un réveil de l’antagonisme latent, mais toujours vivace, entre les écoles séculières et les congrégations religieuses !. | Dans un avertissement en forme de requête, présenté au roi et à son conseil, M° Fromont, député de l’Université de Valence, parlant au nom des Universités françaises, établit un parallèle entre celles-ci et les Jésuites, et dénoncça les entreprises de la Compagnie comme préjudiciables aux intérêts généraux de l'État. « Les Universitez sont corps séparez, faits à pièces rapportées, de toutes professions de personnes privées, recluses et solitaires, qui n'ont aucune intelligence ni dessein que sur leurs livres, ayant renoncé à tout maniement et connoissance d’affaires. Les demandeurs, au contraire, font un corps uni, puissant et diffuz par tous les coins de la France, voire de la terre : c’est un seul esprit qui agit en plusieurs testes. Ils ne subsistent que pour eux et ne travaillent que pour s’agrandir, ne mesurant leur charité qu'à l’aune de leurs intérêts. » Les Universités, « comme filles aisnées » de la couronne, ne relèvent que de l’autorité des rois ; les Jésuites ne reconnaissent d'autre supérieur que leur Général. Les Universités ont toujours combattu « pour les droits et privilèges de l’Église Gallicarie »: les Jésuites ont toujours soutenu l'opinion contraire et se sont affranchis « de la puissance et juridiction des évêques ». « Si Vostre Majesté leur accorde le droit des promotions, pourquoi non pas aux Barnabites, aux Pères de l’Oratoire, à ceux de la Doctrine chrétienne, et autres qui se présentent tous les jours? voire à tous les Ordres des Mendians qui enseignent, preschent et font les mesmes fonctions? Tous ceux-là attendent avec impatience le succez de ceste cause, pour aussitost se mettre en campagne, et par sollicitations ou importunité, comme les Jésuites, suivre la piste et le chemin qu'ils auront frayé. Que si le privilège est rendu commun, et qu'il soit loisible à tous les réguliers de promouvoir et conférer les degrez, il y aura enfin autant d'Universitez en France que de villes ou de bourgs, qui est la ruine du royaume, ainsi que les plus elairs-voyans ont jugé dès long temps. Car la

1. L'Université de Paris se distingua par une animosité particulière; elle ne se Contenta pas de demander à intervenir au procès, elle supplia encore Sa Majesté de restreindre le nombre des collèges où les Jésuites, disait-elle, s'étaient introduits « subrepticement et nonobstant les justes oppositions des anciens collèges, Universitez, communautez et villes de France », et de leur défendre d’en établir aucun autre à l'avenir. (Le Mercure Jésuite, t. 1, p. 249. Requête du 17 juin 1624.)

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trop grande fréquence des collèges occasionne de quitter le commerce, l'exercice de l’agriculture et autres arts nécessaires à Ja vie et société politique, pour se précipiter aux escholes, sous l'espérance que chacun a d’accroistre et augmenter sa condition en portant une robe plus longue que d'ordinaire !. »

Un tel plaidoyer, où l’on mettait en avant l'intérèt public, devait nécessairement impressionner des juges, comme ceux du Conseil privé, habitués à considérer les choses du point de vue politique et dont plusieurs partageaïent les idées exposées dans l'Avertissement.

Le P. Général avait approuvé Les premières démarches par lesquelles le coliège de Tournon réclamait le libre exercice de ses droits. Mais, quand il apprit la ligue formée par les Universités de France, il craignit que le débat, restreint d'abord à un seul établissement, ne prit des proportions plus vastes, et que Ja Compagnie elle-mème ne fût inquiétée à cette occasion. Il recommanda donc au P. de Séguiran de faire en sorte qu'on ne s occupât plus, s’il était possible, du procès de Tournon, ou du moins que le Conseil ne décidât rien qui pût nuire aux autres collèges ?. Cette ligne de conduite était d'autant plus sage, que les Universités dans leurs requêtes ne visaient pas seulement le droit de conférer les grades, mais sussi l'étendue de l’enseignement dans les collèges déjà fondés, et jusqu’à l'existence à l'égard des futurs | collèges. ; Has

Cependant la cause était trop avancée pour qu'il fût possible de reculer. On ne devait plus songer qu'à parer les coups des adversaires et à diminuer l'éclat d’un triomphe presque assuré. La veille du jugement, le 26 septembre, Le syndic de l'Université de Tournon demanda et obtint des lettres en forme de requête civile contre l’arrèt du Parlement de Toulouse, afin que celui-ci remit les parties « en tel estat qu’elles estoient auparavant * ».

D'autre part, les Universitaires ne restèrent pas inactifs. Le recteur de l'Université de Paris était alors M° Jean Aubert, régent de rhétorique au collège de Calvi; il se distingua par une ardeur infatigable contre les Jésuites : cela lui valut l’honneur d'être maintenu dans ses fonctions deux années consécutives. Quand vint le moment décisif, il n’épargna rien pour battre en

1, Requête de l'Université de Valence (Le Mercure Jésuite, t. I, p. 701).

9. Lettre du P. Général au P. de Séguiran, 1° juillet 1624 (Francia, Epist. Gen., t. IV).

8. Requête du syndic de Tournon, 26 sept. 1624 (Le Mercure françois, t. X, ann. 1624, p. 466).

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