‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 70 sur 308 · Garasse, Récit au vray..…, p · texte numérisé non relu

Garasse, Récit au vray..…, p

2. Lettre du P. Suffren au P. Général, 25 juillet 1626 (Franciae Epist., t. I, n. 63).

En fait, Richelieu ne cessera d’estimer les Jésuites, mais 1l saura bien leur faire sentir parfois sa rancune de ne trouver parmi eux aucun admirateur attitré de sa politique.

6. Tandis qu'on menait grand bruit contre la Compagnie de Jésus au sujet des Quaestiones politicae, Saïint-Cyran compilait dans l'ombre et publiait La somme des fautes et faussetés capttales contenues en la Somme théologique du P. François Garasse. Elle ne comprenait pas moins de trois volumes in-quarto, plus ennuyeux et malhonnètes que nuisibles. Il fallut des coups plus forts et partis de plus haut pour ruiner le livre du Jésuite. Au mois de février (1626), Jean Tarin, Recteur de l'Université, le dénoncait à la Sorbonne et en sollicitait la censure. Le P. Garasse persuadé que la liste des propositions prétendues fautives avait été dressée par le Docteur Filesac, se préparait à écrire contre lui ; mais il en fut détourné par le P. Général! : à quoi bon jeter de l'huile sur le feu ?

Le 2 mars la Faculté confiait à plusieurs de ses membres l'examen de l’ouvrage. Le 2 mai elle entendit leur rapport et, à une forte majorité, déclara que la Somme théologique méritait une censure ?: mais les docteurs qui l'avaient approuvée deman-

dèrent le temps de préparer leur défense : un mois leur fut

d’abord accordé, puis le délai fut prorogé jusqu’au 1* juillet. A cette date, les réguliers qui se trouvaient en grand nombre

dans l'assemblée firent décider à la pluralité des voix qu'on

attendrait encore un mois ou deux afin que l’auteur pût « de sa franche volonté » rétracter ce qu'il avait écrit « avec trop peu de piété, de vérité et de modestie ». Enfin le 1° septembre, la Faculté, après avoir obtenu du Parlement un arrêt qui éliminait de l’assemblée la plupart des « Docteurs religieux ou mendians 3», jugea que le livre du P. Garasse devait être condamné comme contenant « plusieurs propositions hérétiques, erronées, scandaleuses, téméraires, et plusieurs passages de l’'Écriture Sainte et des Saints Pères mal cités, corrompus et détournés de leur vrai sens, et des bouffonneries sans nombre, indignes d’être écrites et lues par des chrétiens et des théologiens * ».

. 1. Lettre du P. Général au P. Armand, 14 juillet 1626; au P. de La Tour, 28 juillet 1626 ; au P. Garasse, 14 juillet, 26 août 1626. (Franciae Epist., {. IV).

2. Lettre de M. Lambert, 2 mai 1626 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 395, f. 254).

3. Arrèt du 1% août 1626 (Le Mercure françois, t. XL, 1626, p. 526-527).

4. Censure de la Somme théologique (D'Argentré, Collect. judic., t Al, P. AI, p., 220 et suiv. ).

ATTAQUES CONTRE LE P. GARASSE. te 40

Revue et confirmée le 16 du même mois, cette censure était injuste. En effet les propositions taxées d'erreur, ou de scandalé présentaient bien un sens condamnable, si elles étaient considérées isolément; mais, rapprochées du contexte, elles étaient au contraire susceptibles d'une favorable explication. La Sorbonne, avec un parti pris. évident (puisqu'elle récusa en cette circonstance les Docteurs réguliers), ne les envisagea que de la première manière : elle agit avec la même mauvaise foi que Saint-Cyran. ;

Le P. Garasse n'avait pas attendu à Paris la décision de la Sorbonne ; il s'était retiré de son plein gré à Bordeaux, loin des avanies que ses adversaires, Des Barreaux et consorts, cherchaient à lui susciter dans les rues et jusques dans les églises. IL trouva auprès de nobles et inébranlables amitiés le dédommagement de tant d’injures, mais ce qui soutint surtout son courage, ce fut la conscience de n’avoir combattu que pour la cause de Jésus-Christ. Revenu dans la province d'Aquitaine à laquelle il appartenait par sa naissance, il se consacra tout entier au ministère apostolique. Les dernières années de sa vie ont été marquées par un dévouement, une intrépidité que les historiens les moins bienveillants ont été forcés de reconnaître !.

Dans l'intervalle de ses prédications, il rédigea quelques-uns de ses souvenirs : Récit au vray des persécutions soulevées contre les Pères de la Compagnie de Jésus dans la ville de Paris, l'an 1624, 1625 et 1626, fait par le R. P. François Garasse, qui en souffrit une bonne partie. Cette relation, à laquelle nous avons fait de larges emprunts, est écrite dans un style original, nerveux, animé non par la passion, mais par l'horreur du vice, l'amour de la vertu et le zèle de la vérité. Pour l'époque c’est un éerit très français : on oublie vite le manque de goût et de mesure quand on est entraîné par le mouvement de la pensée, la vivacité de l'expression et l’éloquence d’une âme convaincue. Garasse n'avait pas la prétention d’être un styliste, ni même un littérateur: il ne voulait être qu’un apôtre. Il n'écrivait pas pour plaire, mais pour combattre l'impiété ou défendre l'innocence. Il est un narrateur véridique et sincère : nous pouvons le croire quand il

1. En 1630 il se dévoua au service des pestiférés à Bordeaux ; l'année suivante, étant à Poitiers, quand le fléau y sévit, il se fit enfermer avec les mourants pour leur procurer les secours de la religion ; il gagna auprès d'eux la terrible maladie et succomba lé 14 juin dans d’admirables sentiments d’humilité. La ville décida de graver sur son tombeau une inscription attestant sa mort héroïque (Bibl. mun. de Poiliers, mss. de Dom Fonteneau, XXXII, 268).

rapporte des événements dont il a été le témoin, parfois même l’un des acteurs ou l’une des victimes. Aussi le mettrons-nous encore à contribution dans l’exposé des faits qui vont suivre: les détails caractéristiques dont est plein son récit, éclaireront d’un jour plus vif les témoignages d’autres contemporains, étrangers à la Compagnie.

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