‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 2)Chapitre 88 sur 308 · TS PSE TS PE · texte numérisé non relu

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Définissant la hiérarchie, d'après saint Thomas, l'ensemble des pasteurs et des fidèles subordonnés à un chef unique, l’auteur montre que les religieux, comme tels, ne peuvent la troubler. « Les Papes et Les conciles, disait-il, tiennent que les évêques et les curez succèdent aux apostres etaux disciples de Jésus-Christ; cela est très vray ; mais aussi il est vray que les papes et les conciles ont employé les religieux et les ont comme insérez dans cesté hiérarchie, comme font les Roys qui, outre la milice ordinaire et qui va aux despens du Roy, ont des cornettes blanches où s’assemblent les volontaires, qui sont bien souvent les premiers aux coups, et moyennant qu'ils facent bon devoir et soient soubs l’authorité du Roy, tout le monde les loue, lesayme et les admire. Outre ceux qui de droit sont obligez de procurer le salut des âmes, Dieu et son vicaire en terre ont des troupes d'élite qu'ils envoyent au secours, et, pour mieux s'acquitter de leur charge, ils leur donnentdes privilèges et des armes pour combattre l'enfer, les péchez etles malheurs qui accablent les âmes. Ce n’est donc pas troubler la hiérarchie, mais la secourir, vivre et mourir pour son Sérvice...

« Les premiers honneurs doivent être rendus aux évêques et les seconds aux curez; celaesthors de dispute. Ce que les religieux demandent ce n’est ny grandeur ny honneur, ny revenu, ny séance, ny rien qui esclate ; ils ne demandent que suer sang et eau : travailler jour et nuit ; servir et consoler tout le monde ; prescher, confesser, visiter hospitaux et prisons ; on ne doit done pas appeler cela troubler la hiérarchie. L'Église orientale n’a jamais éu cette créance, veu qu'aujourd'hui même on n’y fait quasi ny patriarche, ny archevesque, ny évesque sinon les Religieux de l’Ordre de saint Basile ?. »

Et à ce propos le P. Binet rapporte un mot du saint évêque de Genève, dont le clergé de France poursuivait alors la béatification. « Un jour, raconte-t-il, que j'avois l'honneur de discourir avec luy et que je luy touchois en discours familier cette corde, ilme dit avec sa sérénité angélique : « Je ne scay où ces messieurs vont forger cette hiérarchie et où ils vont imaginer ces distinctions : quand il leur plaira, je leur montreray que les religieux sont une des plus importantes pièces de la vraye hiérarchie de l'Eglise ; et y a tel qui fait semblant de vouloir battre seulement

les religieux, qui voudroit avoir abattu les évêques et le Pape

4. E. Binet, S.J., Response aux demandes d'un grand prélat…, p. 108. 2. E. Binet, S. J., Response aux demandes d'un grand prélat.…., p. 87, 88, 93, 94.

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mesme. Vivons, dit-il, hélas! vivons et servons-nous de ceux que le bon Dieu nous envoye ; quand nous serions encore dix fois autant que nous sommes, certes, nous ne serions pas encore la moitié de ce qu'il faudrait, tant il est vray que fofus mundus est in maligno positus!. »

Pourquoi donc en effet, contrairement à l'esprit de l'Évangile se priver du secours des Religieux ? Auraït-on quelque chose à leur reprocher ? Ici, le P. Binet examine successivement tous les griefs tant de fois rebattus : «Les religieux sont trop attachés au Pape etse voudroient rendre plus puissants que les evesques » ; ils font déserter les paroisses et attirent tout à eux; ils abusent de leurs privilèges, se font trop indépendants des Ordinaires « et quasi insolents » ; ils méprisent les ecclésiastiques et messieurs les curés et empiètent sur eux ; ils ne suivent pas les maximes du rovaume ; «ils remplissent les meilleures chaires et se rendent comme de petits souverains ? ». Ces reproches n'étaient pas nouveaux ; on les avait faits aux Ordres les mieux disciplinés, aux religieux les plus édifiants. Le P. Binet montre qu'ils sont injustes, qu'on s’en prévaut comme de motifs illusoires, que sous prétexte de combattre les abus des privilèges, on cherche à supprimer les privilèges mêmes. « Ce qui est fort à peser, Messeigneurs, c’est qu'on n’attaque pas en cecy les Réguliers seulement, mais l’authorité du Saint-Siège ; mais l'unité de l'Eglise (car tout cecy va aboutir à un grand partage); mais les conciles généraux, les saints canonisés, la doctrine générale de l'Eglise, reçue de tout l'Univers et pratiquée par tant de siècles; et tout cecy ‘pour un point d'honneur et de pouvoir, et pourunsujet que tant de grands cardinaux bien sages, tant de saints et vénérables vieillards qui avoient blanchi dans le gouvernement de l'Eglise n’ont jamais voulu remuer ?. » |

Afin d’apaiser l'orage et de calmer les esprits, le P. Binet aurait voulu que le cardinal de La Rochefoucauld « avec quelqu'autre qui Lui ressemblât » füt choisi pour arbitre du différend. « Car il ya moyen, ajoutait-il, de trouver un bon accord, donnant à Messeigneurs les prélats et à messieurs les curez plus d’honneurs qu'ils n’en désirent, et laissant aussi aux religieux la liberté de jouir de leurs droits #. »

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