Mémoires de Richelieu, t. I, p
5. Arrêt du 3 mars 1626 {Annales des soi-disans.…., t. IE, p. 96).
l'archevêque d’Auch, M de Trapes, chez lequel se trouvaient réunis six archevêques, vingt évêques et plusieurs ‘ecclésiastiques du second ordre. C'était la cause de la religion qui était en jeu; il importait de ne pas laisser un tribunal laïque empiéter sur la liberté des jugements épiscopaux.. L'archevêque d’Auch soutint énergiquementavec l'évêque d'Angers les droits sacrés de l'Église. Il répondit aux envoyés du Parlement .« en présence et par l’aveu de tous » :
« Messieurs du Parlement de Paris n’ont aucune autorité surle clergé de France que nous représentons et qui ne relève que du roy. Leurs arrêts sont un attentat intolérable contre l'honneur de Dieu et l'autorité de Sa Majesté; et par conséquent tendant à la subversion de la Religion et de l’État. Les prélats ont pouvoir et obligation, de droit divin et humain, de s’assembler pour les affaires de l’Église quand les occasions lerequièrent. Ils sont assemblés à présent pour résoudre certaines questions urgentes et surtout pour aviser àce qu'ils peuventet doivent faire afin d'obtenir du roy la cassation des arrêts dont il s’agit, comme préjudiciables à l'autorité de l'Église et de Sa Majesté, faire défendre aux dits du Parlement d’en donner de semblables à l'avenir, et détromper les peuples de la créance qu’ils pourraient y avoir au préjudice du salut de leurs âmes et du respect dû à la religion!. »
Cette réponse jeta quelque désarroi parmi les membres du Parlement. Cependant deux jours après, le 6 mars, il déclara dans un quatrième arrêt, rendu par dix-sept voix contre quinze, ladite réponse « nulle, impérieuse, calomnieuse, tendant à la destruction des lois fondamentales de l'État »; en même temps il décrétait d'ajournement l’archevèque d’Auch et l’évêque d’Angers, et ordonnait la saisie de leur temporel?. Le roi étant absent, la reine mère défendit au Parlement d'exécuter son arrêt avant le retour de Sa Majesté. Dans l'intervalle, Richelieu intervint de nouveau. « Il falloit, dit-il, empêcher le schisme, réunir le clergé, maintenir l'autorité de l'Église, et ne pas violer celle du Parlement qui, en beaucoup d'occasions importantes, est nécessaire à la manutention de l'État. Le cardinal intéressé en ces deux corps par la diguité qu'il a en l'Église et par la qualité de premier ministre, sans blesser les droits d'aucune des parties, par un sage tempérament, les mit d’ac-
1. Déclaration de l'archevêque d'Auch (Jager, Histoire de l'Église catholique en France, 1. XVE, p. 417). — Cf. Puyol, Edmond Richer, t. W, p. 264, 265. 2. Arrêt du 9 mars 1626 (Annales des soi-disans.…, L. TT, p. 99).
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cord. Il conseilla au roi d'évoquer à sa propre personne: la connoïssance de cette affaire;.ce qui fut fait par arrêt du Consell... A quoi le Parlement ne déférant pas absolument comme il eût dû, le cardinal crut devoir conseiller au Roi... grande douceur et force tout ensemble... [Sa Majesté} envoya quérir quelques-uns du Parlement qu’elle reprit de leur faute: puis messieurs du clergé, auxquels elle dit qu’elle les maintiendroit toujours en leurs immunités, n'approuvoit pas les arrèts du Parlement contre eux, mais aussi qu’ils se devoient abstenir en leurs réponses de termes qui piquassent cette compagnie. »
Le cardinal de La Rochefoucauld entreprit alors de justifier la conduite de l’épiscopat français, dans un ouvrage adressé au roi et intitulé Raisons pour le désaveu fait par les évêques de ce royaume d'un livret publié avec le titre : « Jugement des cardinaux, archevéques, ete...? » L'auteur montre que cet écrit est marqué au sceau du schisme : on y retrouve les principes erronés de l’article présenté par: le Tiers aux Etats Généraux de 161% et la doctrine qui a fait condamner le serment de fidélité exigé des catholiques par le. roi d'Angleterre; encore celui-ci ne prétendait-il établir qu'un point de police et de discipline, tandis que l’évêque de Chartres présentait ses maximes comme autant d'articles de fois.
On croit généralement {et la chose est très vraisemblable) que l’ouvrage, paru sousle nom du cardinal de La Rochefoucauld, avait été composé par le P. Jésuite Jean Phélippeaui. Richer prit la plume pour le réfuter en exposant à nouveau ses opinions hétérodoxes5. Toutes ces disputes le ravissaient, et l’on raconte qu’à la vue des succès régalistes et gallicans dans le domaine religieux et politique, il s’écria un jour avec orgueil : « Nunc vivit mea doctrina (Ma doctrine est pleine de vie)6. » Peut-être avait-il raison, si l’on en juge par les colères qu’un ouvrage venu de Rome déchainait en ce moment-là même sur les Pères de la Compagnie de Jésus.