INUTILE TENTATIVE À TROYES
dans le peuple par la présence des Jésuites !. » Ils firent tant et si bien que les clameurs se changèrent en menaces et que des menaces on passa aux coups. Non contentes de huer et de siffler les religieux, des bandes soudoyées enfoncèrent leurs portes, et «on parla même de les brûler dans leur maison * ».
Les choses étant à ce point, le maire Dorieu alla trouver les Jésuites et leur prédit les pires malheurs s'ils s’obstinaient à rester. Ils répliquèrent « qu'ils avaient commandement de leurs supérieurs de demeurer, et que sans leur contre-ordre ils ne pouvaient sortir? ». Le 28 avril, le maire convoqua une assemblée où il fut résolu qu'on sommerait les Jésuites de quitter Troyes, et, en cas de refus, qu'on les ferait conduire au collège de Sens, leur plus proche maison“. Le jour même, sans perdre de temps, tous les ordres de la ville se réunirent et se rendirent à la maison de la Compagnie. Deux Pères étaient absents. On confia le P. Francois Maget, qu'on trouva malade au Hit, à la garde du concierge, et l’on fit monter le P. Jean Bonpain dans un carrosse pour le conduire à l’abbaye de Montier-la-Celle, hors de la ville. M. Boutard, curé de Saint-Rémi, prit dans le tabernacle de la chapelle le saint ciboire qu’il transporta à Saint-Frobert *. Le lendemain, pendant que le P. Bonpain partait pour le collège de Sens, « le chapitre de la cathédrale, disent les Mémoires du temps, alla processionnellement à Saint-Frobert, et à la grandmesse qu’il y célébra, toutes les hosties qui se trouvèrent dans le ciboire furent consommées 6 ».
L'affaire faillit avoir des conséquences fâcheuses pour la municipalité. Le cardinal de Richelieu, considérant l'expulsion des Jésuites comme une atteinte à son autorité, fit rendre par le conséil du roi, le 29 juin 1638, un arrêt par lequel il était ordonné d'informer contre les séditieux qui avaient eu part à cet attentat. Pierre Denise, lieutenant en la prévôté de Troyes, commença les interrogatoires, dans lesquels on releva des propos peu respectueux pour le cardinal, par exemple « que les Jésuites en avoient imposé à la cour, qu'il y avoit deux rois, et que Les ordres dont les Pères étoient porteurs n’émanoient pas du véritable ». Richelieu ne jugea pas à propos de faire connaitre à
. Ibidem, p. 184.
. Carré, op. cil., p. 92, note 2.
. Grosley, op. cil., 204.
4. Délibération du 28 avril 1638 (Arch. comm. Délib., À, 34, fol. 143-145). 5. Procès-verbal de l’expulsion des Jésuites, 28 avril 1638 (1bidem, fol. 146).