‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 145 sur 375 · LE VOEU DE LOUIS XHI · texte numérisé non relu

LE VOEU DE LOUIS XHI

Iis eurent, à l’occasion de ce vœu, une nouvelle preuve de l'affection qu’il Leur portait. La Compagnie étant, par un. très ancien privilège, exemptée de l'assistance aux processions, Louis XIII ne voulut pas que, pour lui obéir, Les Pères dérogeassent à leur usage. « Je trouve bon, écrivit-il au P. Binet provinclal de France, que sans assister aux processions générales que j'ay ordonnées en la feste de l’Assompation... vous fassiez en ce jour-là exposer sur les principaux autels des églises de vostre province le Sacré Corps de Notre-Seigneur, fassiez faire des prédications où il soit fait mention de madite consécration, pour exhorter mon peuplé à se mettre avec moi en la protection spétialle de la Très heureuse Vierge, et pour implorer son assistance avec toutes les prières, dévotions et cérémonies accoustumées à vos religieux aux festes les plus solennelles!. »

Dans tout le royaume les Jésuites se conformèrent avec zèle à ces prescriptions. Néanmoins l’évêque de Périgueux, François Rouet de La Béraudière, mécontent de l’abstention des Pères de cette ville Le jour de la procession générale, leur reprocha, dans une lettre rendue publique, « de manquer de piété envers Dieu et d'affection envers le roy »; il accusa même tous les Jésuites d’être « infidèles à leur prince etaleur patrie», et taxa de « défaut de prudence » les bons traitements qu'ils avaient recus de Henri IV et de Louis XIII depuis leur rétablissement?. Le roi lui-même prit leur défense.

« Monsieur l’évêque de Périgueux, je n’ai pu sans beaucoup d’étonnement voir dans vos dites lettres que d’un côté vous avouiez que les Pères Jésuites ont célébré cette sainte journée en leur église et maison par les prières, prédications et toute la dévotion qui leur à été possible... et que d’autre part vous leur imputiez de manquer de piété envers Dieu et d'affection envers moy, pour ne s'être pas trouvés en cette procession... Après la connaissance que vous avez eue de leur usage en pareilles cérémonies, et en outre, de mes intentions à leur égard en celle-là, vous n’avez pu avec raison les blâmer de n’y avoir pas assisté. En sorte qu'il est aisé de juger que ce n’est qu'une pure animosité et passion qui vous a donné contre eux ce mouvement... De plus, afin de rendre votre aversion et vos invectives plus connues, vous avez

1. Lettre de Louis XIII au P. Et. Binet, 26 juin 1638 (Archiv. nat., M, 241).

2: Nous ne connaissons la lettre de l'évêque de Périgueux que par celle du roi dont nous donnons les extraits plus loin. Cf. Massougnes, Les Jésuites à Angoulémie, P. 68-70.

fait publier cette épitre qui sera prise pour un libelle diffamatoire et tournera partout, aussi bien qu'auprès de moy, à votre confusion: et bien que j’aye un intérêt notable pour ma dignité de ne pas souffrir un procédé si contraire au respect qui m est dû par tous mes sujets, néanmoins je veux bien que vous scachiez que l'innocence de ces bons religieux qui est connue par tout le monde, dedans et dehors la chrestienté, est ce qui a müû davantage mon juste ressentiment contre votre mauvaise conduite. C’est pourquoi je vous ordonne de faire retirer et supprimer tous les exemplaires qui auront été imprimés ou publiés de votre dite lettre, si ce n’est que vous n’aimiez mieux que j'y pourvoie par mon autorité, et je vous défends très expressément de plus imquiéter à l’avenir ceux dudit ordre qui sont et seront cy-après en l'étendue de votre diocèse, en pareilles solennités ou occasions, pour les obliger à faire autre chose que ce que à quoy leur Institut et règle les astraint!... »

9, Le roi ne se trouvait pas à Paris pour la première célébration de la solennité du 15 août; il était à Abbeville, au milieu de son armée. Le matin il fit ses dévotions dans l’église des Minimes placée sous l’invocation de la Mère de Dieu, et le soir, après avoir entendu dans la même église Les vêpres et le sermon, il voulut assister à la procession présidée par son premier aumônier, Dominique Séguier, alors évêque de Meaux. Dans tout le royaume, le peuple montra par son affluence aux cérémonies un empressement unanime à s’unir aux pieux sentiments du souverain*.

Depuis cette grande journée jusqu'aux couches de la reine, le Saint Sacrement demeura exposé sur l’autel dans toutes les églises de Paris. Environ, trois semaines se passèrent ainsi dans la prière, et le dimanche 5 septembre, à onze heures et demie du matin, Anne d'Autriche mit au monde un fils, dans le château de Saint-Germain-en-Laye. Louis XIII qui était à table pour diner, courut à l'appartement de la reine, se mit à genoux pour remercier Dieu et fit aussitôt ondoyer l'enfant par son premier aumônier, L’après-midi il se rendit en grand cortège à la chapelle

1. Lettre de Louis XIII à l’évêque de Périgueux, 8 octobre 1638 (Archiv. de la Charente, D, 6) publiée par Massougnes, /. c. On voit à cette curieuse lettre que le roi, au besoin, défendait les Jésuites comme la prunelle de ses yeux, et qu'alors il ne ménageait pas les prélats les plus estimés.

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