‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 148 sur 375 · PREMIER CENTENAIRE DE LA COMPAGNIE · texte numérisé non relu

PREMIER CENTENAIRE DE LA COMPAGNIE

Le 27 septembre 1639 commencèrent à Rome les solennités qui durèrent huit jours et auxquelles prirent part, au milieu d’une foule considérable, le Souverain Pontife, le sacré collège des Cardinaux, les ambassadeurs des puissances catholiques, les princes des illustres familles d'Italie et les plus notables personnages de la ville éternelle. Quant aux Jésuites disséminés dans le monde entier, ils célébrèrent par des fêtes et des réjouissances de tout genre l’année qui fermait le premier siècle de la Compagnie. Les maisons et collèges des cinq provinces françaises rivalisèrent de magnificence. Plusieurs histoires locales nous ont conservé le souvenir des cérémonies, décorations, illuminations, discours, poésies, tragédies, feux de joie et feux d'artifice par lesquels se manifesta la légitime allégresse qui remplissait tous les cœurs. |

De toutes ces fêtes de la reconnaissance il nous reste, avec le souvenir, un monument durable, mais très critiqué. L’Imago primi saeculi, livre sorti des célèbres presses Plantiniennes, parut à Anvers en 1640. Le P. Général, quand il connut le dessein de l'ouvrage, craignit que les auteurs, dans leurs élans enthousiastes, ne dépassassent la mesure d’une juste admiration. Mais lorsqu'il parcourut le livre, il le trouva parfait et digne de la postérité 1,

Une comparaison entre la vie de la Compagnie et celle de Notre-Seigneur formait le sujet des cinq premières parties. I, « Jésus-Christ s’est anéanti en prenant la forme d’un esclave » : Ignace, homme d’une naissance illustre, s’est réduit à mendier son pain, et de là est venue cette petite Compagnie. — I. « Jésus croissait en sagesse, en âge et en grâce devant Dieu et devant les hommes » : la Compagnie, à son image, croit partout en science et en vertus. —IIl. « Jésus commença à agir età enseigner » : la Compagnie est agissante par ses divers ministères. — IV. « Jésus-Christ a souffert une mort honteuse » : la Compagnie a été éprouvée par les calomnies et la persécution. — V. « Jésus- Christ par sa passion est entré dans sa gloire » : la Compagnie, victorieuse de toutes les épreuves, est honorée dans ses héros. La sixième partie appliquait à la seule province Flandro-Belge ce qui avait été dit de toute la Compagnie.

En célébrant en prose et en vers le passé et l'avenir de leur Institut, les auteurs de l’/mago ne prétendaient pas écrire une

1. Lettres du P. Général au P. Jean de Tollenaer, 27 avril et 15 juin 1641 (Flandr.- Belg. Epist. Gen., t. 1630-1643).

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froide histoire, mais un panégyrique de leur mère adoptive, vénérée de fait dans toute la catholicité. Il leur était impossible, avec le goût du temps, de ne pas-tomber dans certaines exagérations littéraires qui ne pouvaient choquer que la malveillance. Elle y trouva en effet et y trouve encore un sujet de sarcasmes et de raillerie. Antoine Arnauld, s’emparant de quelques hyperboles dont il dénature le sens, affirme que dans l’Imago tous les Jésuites naissent le casque en tête, parfaits, purs et sages comme des anges. À limitation de leur chef, les Jansénistes présentèrent l'ouvrage des Pères Belges comme un manifeste politique où la célèbre Société cachaït sous des allégories ses vues de domination universelle.

,. Peut-être faut-il voir dans ces attaques un sursaut de la jalousie. La Compagnie était alors, en France particulièrement, entourée d'amis et d’admirateurs. Le grand nombre de collèges et de résidences érigés de 1631 à 1643 montre assez la bienveillance de Louis XII. Il ne se contentait pas de permettre aux Jésuites d'exister ; souvent il subvenaït à leur subsistance. Sur ce point l’histoire des anciens collèges est instructive; elle nous apprend aussi que la reine et Richelieu cherchaient à égaler Le roi en affection et en générosité.

De passage à Dijon, dans le courant de l’année 1631, Louis XIII visita en compagnie du cardinal de Richelieu le collège des Godrans. Enchanté de la réception qui lui fut faite, il ne voulut pas quitter la ville sans avoir témoigné aux Pères son contentement par quelques libéralités!. Peu après, c'était Le collège de Sens qui avait, lui aussi, l'honneur de sa visite et une part à ses largesses : en reconnaissance, les religieux résolurent de dédier à Sa Majesté les nouveaux édifices qu'ils avaient l'intention de construire ?. En 1632 pendant un séjour à Montpellier, le rot, après avoir assisté à la messe dans la chapelle des Jésuites, leur donna une rente de huit cents écus*; le cardinal, qui accompagnait son maître, en promit quatre mille pour l’agrandissement du collègei, La mème année Louis XIII accorda vingt mille francs pour la construction de l’église de la maison

1. Lettre du P. Général au P. Marguenat, 10 nov. 1631 (Campan. Epist. Gen. t. I).

2, Lettres du P. Général au P. Maupeou, 9 août 1631, 29 juillet 1632 (Ibidem).

3. Patentes du roi, portant augmentation de 2.400 liv. de revenu, 2 août 1632 (Archives de l'Hérault, Jésuites).

4. Litterae annuae 1632 (Tolosan. prov. historia, t. I, n. 17).

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