ÉDUCATION DU DUC D'ENGHIEN
à Bourges: en constatant par lui-même que la réalité dépassait son attente, il se montra au comble du bonheur. Comme preuve de satisfaction il voulut s'asseoir à la table de communauté, et pendant tout le repas il ne tarit point en paroles de reconnaissance pour les Pères!. Vers l’époque du carnaval de 1632, il reparut au collège Sainte-Marie où il fut témoin des succès de son enfant dans la tragédie d’Astion, martyr. « Mes supplices, disait le jeune acteur dans le compliment adressé à son « très illustre seigneur et père », feront les délices de votre affection ; mes larmes, votre joie; mes sanglots exciteront vos applaudissements*. » À la distribution des prix le duc d’Enghien remporta en humanités, comme l’année précédente en troisième, le premier prix de prose latines. Le P. Général, à qui le brillant élève avait exprimé ses sentiments de gratitude, lui répondit en l'encourageant à marcher résolument dans la voie où il était entré, la seule, ajoutaitil, « qui conduise au véritable honneur et à Dieu “ ».
Au mois d'octobre 1632, le duc d’Enghien, à peine âgé de douze ans, passait en rhétorique, ou, comme il l’écrivait en latin à son père « dans le pays de la poésie et de l'éloquence ? ». Pour exCIter chez le jeune prince le goût des études historiques, le P. Petau, ancien régent de philosophie à Bourges, lui fit hommage en 1633 du Rationarium temporum accompagné d’une épitre dédicatoire dans laquelle il vantait ses dons de l'esprit, ses qualités de cœur, sa piété sincère ; portrait moral si ressemblant que personne n'osa contredire6. En cette même année, Louis de Bourbon sollicita la faveur d’être admis dans la congrégation de la Sainte Vierge et, après les épreuves ordinaires, prononça la formule solennelle de consécration à Marie. À la fin de sa rhétorique, un prix spécial lui fut décerné « pour sa grâce merveilleuse dans l'art de dire et sa supériorité dans l’art d'écrire? ».
Ses études littéraires terminées, le duc d’Enghien suivit pen-
1. Litterae annuae 1631 (Franciae historia, t. IV, n. 9). Cordara, Hist. Soc. Jesu. P. VI, 1. XVI, n. 256.
9. Chérot, Trois éducations princières au XVILS s., p. 27-81.