‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 187 sur 375 · Gevry, |. c · texte numérisé non relu

Gevry, |. c

5. Lettres du P. Vitelleschi à M. Broé, 8 février et 5 juin 1636 (Archives de la province de France, Papiers Rolland).

6. Lettre du P. Le Mairat au prince de Condé, 21 novembre 1635 (Archives de Chantilly, papiers Condé, M, t. VI, fol. 445).

À cette époque le duc d'Enghien, élève de philosophie, était sur le point de terminer ses études ; il désira témoigner sa reconnaissance à ses maîtres en contribuant à l’incorporation tant souhaitée. Le 21 novembre 1635, par une lettre en latin, il supplia son père d’intérvenir!, puis lui-même il convoqua pour le 7 décembre à la maison de Jacques Cœur, où il logeait, les principaux membres de l’Université. Le Recteur François Broé y amena le chancelier Perrot et l’assesseur Voillard :le P. Le Mairat se fit accompagner des PP. René Chassebras et Jean Alexandre, docteurs ès arts. On comptait en outre sept docteurs parmi lesquels Mérille, doyen de la Faculté de droit civil, et Pinson, doyen de la Faculté de droit pontifical. Tous reconnurent, par acte signé, que le serment des Pères Jésuites, déjà agrégés ou qui le seraient dans la suite, ne pouvait déroger aux lois et règles de la Compagnie de Jésus?. Ainsi semblait levé le principal obstacle opposé jusqu'alors à la réception des professeurs de théologie au grade de docteur : la seule présence du due d’Enghien avait suffi pour décider la victoire. Cependant tout n'était pas dit.

Les docteurs en médecine s'étaient abstenus de paraître à la réunion; ils n'osèrent protester contre une décision prise sous l’autorité du jeune prince, mais ils consignèrent leurs plaintes dans les registres de la Faculté, prétendant qu’on avait négligé toutes les règles prescrites pour les assemblées universitaires. « En effet, disaient-ils, ce n’est pas par l'autorité du Recteur, mais par celle de l’Illustrissime Prince que celle-ci a été convoquée,; ce n’est pas dans les salles ordinaires ou en l’hôtel de M. le Recteur qu'elle s’est tenue, mais dans le cabinet du Prince, afin que tous les docteurs surpris par la nouveauté de la chose comprissent qu’ils n'avaient pas été convoqués pour refuser leur voix, mais pour la donner sans hésitation. Enfin, ajoutaientils, comment souffrir que les Statuts d’une Université entière soient exposés à être enfreints par les Constitutions d’une espèce d'hommes qui tous les ans peuvent les changer *. »

Tandis que s’élevaient ces critiques, le P. Mathurin Régien, de son côté, continuait son opposition. On pouvait donc craindre

1. Lettre du duc d'Enghien à son père, dans Raynal, Histoire du Berry, t. IV, p. 298, note 58.

2. Acte passé le 7 décembre 1635, publié dans les Comptes rendus au Parlement, f. VE, p. 151.

Se Protestation de la Faculté de médecine (Zbidem). Nous avons vu plus haut que les usages de la Compagnie ne lésaient en rien les intérêts de l’Université,

quelques démonstrations hostiles au collège Sainte-Marie dans l’assemblée du 6 avril 1636, où les nouveaux professeurs devaient recevoir le bonnet. Heureusement M. le Prince était de retour.

Gouverneur du Berry et, à ce titre, conservateur des privilèges royaux de l’Université de Bourges, il résolut de présider lui-même la cérémonie. Afin de la rendre plus solennelle, il ordonna qu'outre les docteurs, ayocats et procureurs de ladite Université,

les maire et échevins de la ville et les gens du roi y seraient pareillement convoqués. À quatre heures de relevée on se réunit dans la chambre du P. Jacques Barbier, prieur des,Jacobins. Le doyen de la Faculté de théologie présenta au chancelier les PP. Le Mairat, recteur du collège, Jacques de Saint-Remy, préfet des hautes-études, Mathurin Moreau et Nicolas de Sainte-Geneviève, lecteurs de théologie scolastique, pour être reçus au docto-

rat, «leur capacité étant connue de tous ». Les Pères se mirent à genoux, et le chancelier, après une courte admonition, leur conféra le degré de docteur et leur donna le bonnet « en la forme et manière accoutumées ». Cela fait, le Recteur, à son tour,

dut présenter à l'assemblée les nouveaux docteurs, pour être

agrégés au corps de l’Université, « requérant un chacun d'en dire et baïller son sentiment ». Une contestation s'étant élevée

pour savoir si l’on opinerait individuellement ou par Faculté,

le président ordonna que les parties donneraient leur suffrage

en la forme qu’ils voudraient « sans tirer à conséquence » et sans

préjudice de leurs droits. Les docteurs en droit civil et canon

opinèrent en corps; les docteurs en médecine et les docteurs ès

arts chacun en particulier; mais tous consentirent à l’admission

pure et simple des Pères Jésuites en l’Université. Les nouveaux

agrégés prêtèrent alors le serment d'usage; puis on se rendit à

l’église des Jacobins pour y chanter le Te Deum pendant lequel

les Pères prièrent agenouillés devant le grand autel. « Et ce fait,

furent conduits par le bedeau de ladite Faculté en leurs rangs et

places, dans les hautes chaires du côté dudit sieur Recteur, lieu

destiné pour ladite Faculté de théologie !. »

Dès qu’il connut le dénouement, le P. Étienne Binet, provincial de France, s’empressa de remercier monsieur le Prince. « C'estoit un coup réservé à Votre Altesse et je croi que nul autre ne l’eût sceu faire ni si bien ni de si bon cœur. A la vérité tant de bienfaits les uns sur Les autres nous accablent, et je ne

1- Agrégation des PP. Jésuites en la Faculté de Théologie (Annales des soi-disans Jésuiles, t. TIT, p. 717-719, note 1).

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scai ce que nous pourrons faire pour n’estre point ingrats!. » Le P. Général, qui s'était toujours montré favorable à l’agrégation, adressa au-corps académique une lettre très respectueuse et pleine de reconnaissance, en ajoutant « qu'on avait choisi quatre sujets tels qu’il Les aurait présentés lui-même s’il en eût eu le pouvoir ? ».

4. Dans Les villes de province, sauf les tiraillements que nous venons de signaler, les Jésuites vivaient en bons termes avec les Universités : on éprouvait de part et d’autre que, loin de se nuire, on pouvait s’entr’aider utilement. Mais à Paris, ce fut le contraire : l’histoire du collège de Clermont est pleine des luttes qu'il eut à soutenir contre une injuste et puissante rivale, soit pour son existence, soit pour son développement.

Nous avons dit déjà comment en 1625 l'Université s'était opposée à l’achat du collège du Mans; le P. Filleau avait. été contraint de résilier le contrat passé avec M Charles de Beaumanoir. En 1631 le prélat entra une seconde fois en négociations avec les Jésuites. Le 11 octobre, par devant notaire, le désistement fut déclaré nul, l’acte de vente renouvelé 5, puis on obtint du roi des lettres patentes qui en ordonnaient l'exécution 4. Le secret avait été si bien gardé que l’Université ne se doutait de rien. Au mois de novembre un maître des requêtes, M. Mangot, seigneur de Villarceaux, se présenta au collège du Mans avec trois sergents et une escorte pour en prendre possession au nom de la Compagnie et somma le principal, le procureur et les boursiers de se retirer °. Aussitôt que le Recteur de l'Université eut connaissance de la chose, il s’'empressa de faire opposition. Il écrivit aux maire et échevins de la ville du Mans, aux chanoines et chapitre de l’église cathédrale5, pour les engager à se porter partie au procès, et, dans une supplique au roi, il demanda que la cause fût renvoyée au Parlement, juge naturel de l’Université. Mais on n'eut aucun égard à sa requête, et le

1. Lettre du P. Binet au prince de Condé, citée par Chérot, op. cil., p. 61.

2. Lettre du P: Vitelleschi à l’Université de Bourges, 5 juin 1636 (Archives de la prov. de France, papiers Rolland). Cf. Comptes rendus au Parlement, t. VIX, p. 152.

3. Renouvellement du contrat de vente du collège du Mans aux Jésuites. (Archives nat., MM, 388, fol. 258) publié dans les Annales des soi-disans Jésuites, t. III, p.38, 1 Ft d'octobre 1631 (Bibl. nat., fr. 15722, f. 43).

5. Cf. Emond, Histoire du collège Louis-le-Grand, p. 114. — Coudrette, Histoire générale de la naissance el des progrès de la Compagnie de Jésus, t. HI, p. 218.

6. Lettre du Recteur de l'Université aux échevins du Mans, 13 nov. 1631 (D’Argentré, Collect. Judic.,t.1f, P.11, p. 355); — aux chanoines, 13 décembre 1631 (1bidem).

Conseil, auquel les Jésuites avaient appelé resta chargé de l'affaire.

Cependant le contrat de vente avait été soumis aux docteurs en théologie et en droit canon, avec prière d’en donner leur avis. Après avoir consacré à cet examen plusieurs délibérations !, la Faculté de Théologie déclara, par sa conclusion du 1° septembre 1632, qu'elle jugeait le contrat « vitieux, illicite, illégitime, illusoire, infidèle, injuste, honteux, irréligieux et enfin simoniaque », et que par conséquent il ne pouvait transmetlre aux Jésuites aucune propriété ?. La Faculté des Décrets fut du même sentiment et proposa le 3 octobre que l’Université tout entière supplierait le Pape de n’accorder, ni à l’évêque du Mans ni aux Jésuites, aucune dispense de la « simonie » contenue dans l'acte de vente”. Peu de temps après, parut un mémoire adressé au roi sous ce titre : Défense de l’Université de Paris et du collège du Mans contre l’usurpation que les Jésuites veulent faire de ce collège et de la chapelle y fondée.

Le Conseil, appelé à se prononcer, reconnut le bon droit des’ Pères du collège de Clermont; mais ceux-ci, en présence de tant de difficultés, renoncèrent d'eux-mêmes à l'exécution du contrat passé avec Mf de Beaumanoir. Une trêve s’ensuivit, mais incertaine et que le moindre incident pouvait rompre.

5. La rupture se fit en 1638 quand l’évêque de Senlis, Nicolas Sanguin, et une partie des habitants offrirent à la Compagnie leur collège dont la fondation remontait au commencement du xvi° siècle‘. Au mois de mars Louis XIII accordait des lettres patentes que le bailliage de Senlis enregistra, en vertu d’un arrêt du conseil privé du 20 avril. L'Université prit peur de ce nouvel établissement des Jésuites à une faible distance de Paris; elle y vit une menace de concurrence pour ses collèges de la capitale, et formant opposition elle adressa une supplique cauteleuse à Richelieu (8 juin).

« Plaise à Son Éminence de vouloir considérer que le Roi peut, au grand bien de l'Église et de l’État et sans aucune dépense, rétablir et conserver ses Universités. les faisant jouir de quatre droits qui lui appartiennent... Le second est que les collèges

1. Délibérations des 2, 3, 12 et 17 août 1632 (1bidem, p. 365).

2. Conclusion de la Faculté de Théologie, 1* septembre 1632 (Jbidem, p. 366). 3. Ibidem, p. 367. Cf. Féret, La Faculté de Théologie de Paris, époque moderne,

£. IL, p. 124-196.

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