Comptes rendus au Parlement, t. VIE, 2° partie, p
fondés pour les élèves et frères séculiers, leur soient conservés, sans qu'aucune autre société, se disant régulière, les puisse usurper, ni en bâtir de nouveau à leur préjudice, ainsi que prétendent encore à présent les frères Jésuites en la ville de Troie et en celle de Senlis, qui n’est plus guère éloigné de Paris que Pontoise dont ils ont été exclus par arrêt !. »
Richelieu répondit par de vagues assurances, sans cacher qu'il serait difficile de ramener le roi prévenu en faveur de la Compagnie de Jésus *. L'affaire demeura en suspens jusqu'à la fin de 1639 où un arrêt du conseil, du 13 décembre, donna gain de - cause aux Jésuites. Aussitôt nouvelle requête de l’Université au cardinal ministre; mais, cette fois, c’est une véritable diatribe.
« L'Université de Paris supplie très humblement V. E. de vouloir considérer : 1° que la Faculté de Théologie assemblée en Sorbonne... a prédict dès l'an 1554 ce qui se voit aujourd’huy par les événements et actions, sçavoir et entre autres choses, que la Société de Jésus alloït au préjudice de l’ordre hiérarchique et des Universités, d’où s'ensuit la ruine de la cléricature séculière qui subsiste par icelles. À ceste fin ceux de ceste Société, depuis qu’elle est formée, ont faict toutes sortes d'efforts pour ériger universités contre universités; ainsi appellent-ils leurs collèges universités par leurs constitutions secrètes... 2° que leur but est de s’acquérir par ce moien l'empire des esprits et dominer sur chacun d’iceux, se donnant mesme ce pouvoir, en enseignant la jeunesse par tous les lieux où ils peuvent s’establir, de choisir pour leurs écoies les meilleurs esprits, et n’enseigner bien aux lettres et sciences que ceux qu'ils estiment pouvoir attirer en leur société. Et ainsy, ostant au roy et au public les meilleurs hommes et plus capables de les servir, et les soubsmettant à leur supérieur général, qui jusques à présent n’a point esté François ains tousjours en des terres étrangères et subjectes à l'Espagne : lequel supérieur général les envoie et emploie à quoy bon luy semble et bien souvent au service des estrangers et ennemis des Francois. A ceste fin, depuis quelques années, en s’establissant et faisant collège en toutte sorte de villes. ils ont ruiné et rendu déserts tous les collèges des clercs séculiers fondés ès universités, témoins Bourges et Poitiers, Orléans et Angers, et mesmes fils ont] obligé les villes, entre autres celles de Sens et d'Angoulême [à décider]
. 1. Requête de l’Université à Richelieu, 8 His 1638 (Archives du Minist. des Affaires Etrangères, France, f. 88, fol. 280).
D Jourdain. Hist. de l'Université de Parts, t.1, p.187.
qu’il n'y auroit point de collège de l’ordre séculier, et ne seroit permis à aucuns que de leur société d’y enseigner et faire leçons.
« Pour parvenir à l’accomplissement de leur désir et vœu qui est principalement de ruiner l’Université de Paris, ils ont, abusant du temps, faict en sorte qu’ils ont esté restitués au collège de Clermont, fondé en icelle Université et par eux usurpé, et encore non contents d'y estre et enseigner la jeunesse et avoir soubs eux une grande partie des enfans des meilleures familles, qu'ils obtiennent par leurs brigues et menées, allant de maison en maison les mandier et médire des clercs séculiers, ils ont depuis quelques années tenté de doubler leurs classes, sçavoir est deux sixièmes, deux cinquièmes et ainsi aux autres classes, non pour autre subject que pour oster Les escholiers des autres collèges.… et par ce moien les rendre déserts. Et ayant vu que ceste invention ne leur réussissoit pas, mesme qu’elle estoit condamnée par les juges ordinaires, ils ont entrepris de pratiquer un autre moïen tendant à mesme fin, qui est la ruine de l’Université de Paris et ensuite celle de la cléricature séculière et ordre hiérarchique. Ils ont emploié leurs fauteurs et adhérents pour faire et establir des collèges de leur Société en villes voisines de Paris et ont commencé par Pontoise... Depuis ils ont manifesté leur dessein sur Senlis, et par surprise, sans évoquer l'instance pendante en Parlement et sans advertir l’Université, sans mesme qu'elle ait produict plusieurs pièces justificatives de la fausseté des pièces sur lesquelles ils se fondent, ils ont obtenu arrest le 13 décembre 1639 !. »
Après l'exposé de ces griefs, on suppliait Le cardinal de faire casser le susdit arrêt, l’assurant que cela obligerait de plus en plus toute l’Université et la ville de Paris à prier Dieu pour la précieuse santé de Son Éminence. La contestation dura quelque temps encore, puis les Jésuites finirent par renoncer d'eux-mêmes à Senlis. L'Université restait maîtresse du terrain*.
6. À son tour elle eut le dessous dans un nouveau différend survenu en 1641. Cette année-là les Jésuites voulurent acquérir le collège de Marmoutiers contigu au leur, comme celui du Mans; ils en avaient besoin pour s’agrandir et bâtir leur église. Ce collège, fondé en 1329, avait été donné aux moines de Marmoutiers
1. Requête de l’Université à Richelieu, fin 1639 ou début de 1640, publiée par Jourdain, op. cit., pièces just. n., XCI.