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mières filles qui vivaient dans cette ville en communauté. Elle y trouva une maison bien pauvre que les Pères de la Compagnie avaient secourue de leurs aumônes, « pourvue même d'aliments et de remèdes » pendant une épidémie de choléra!. Les postulantes étaient alors sous la direction spirituelle du P. Poiré. Un de ses confrères, le P. Joseph Gibalin, homme très influent? se montra d’abord très opposé aux projets de la fondatrice ; il se défiait des voies extraordinaires par où Dieu semblait la conduire : puis son antipathie augmenta encore quand une de ses nièces, âme d'élite, religieuse ursuline dirigée par Le P. du Crest, manifesta l'intention de quitter son Ordre pour s'attacher à la Mère de Matel. Grâce aux prières de celle-ci, Notre-Seigneur changea si bien le cœur de l'oncle jésuite, que non seulement il reconnut la vocation de Marguerite Gibalin, mais encore il se fit l'un des plus ardents promoteurs dé la nouvelle Société. Cependant ni lui ni les nombreux admirateurs que la fondatrice avait à Lyon, ne purent vaincre la résistance de l'archevêque Alphonse de Richelieu, qui jusqu’à sa mort {mars 1653) refusa son consentement. Cette défaveur éloigna bien des novices ; malgré cela, le 14 juin 1635, le P. Gibalin eut la consolation d’en admettre une vingtaine au vœu de chasteté perpétuelle et de persévérance dans la congrégation “.
En fait, ce sera la ville d'Avignon qui possédera le premier monastère du Verbe Incarné, et là encore se manifestera l’action des Jésuites. Le P. Guesnay, recteur, fit toutes les démarches pour obtenir les autorisations nécessaires à l'établissement des religieuses, Quand, par prudence, le procureur fiscal, M. de Salvador, essaya de le retarder, une assemblée extraordinaire se réunit au collège de la Compagnie. Elle comprenait les consuls, plusieurs docteurs en théologie, M. de Salvador, les PP. Guesnay et Donyol, et le grand-vicaire en l'absence de l'archevêque, Philonardi, chargé d’une légation en Pologne. Tous, après avoir examiné l'affaire, donnèrent un avis favorable et triomphèrent sans peine des scrupules du procureur fiscal. Le 15 décembre 1639, en
1. R% Mère Saint-Pierre de Jésus, Vie de la Mère Jeanne Chézard de Matel, P. 461-170.
2. Son frère, M. Gibalin du Villars, était gouverneur de la petite ville de Malzieu dans le Languedoc.
3. Sur « l'enthousiasme et la conviction passionnée » du P. Gibalin, voir Bremond, op. cût., t. VI, p. 273-282.
4. Vie de la Mère de Matel, p. :172 et suiv., 180 et suiv., 193 et suiv., 210 et suiv.
l'octave de l’'Immaculée Conception, dans une modeste demeure, mais devant de nombreux témoins, cinq religieuses reçurent l'habit des mains de M’ Cohon, évêque de Nimes. Le sermon fut prêché par le P. Le Jeune, jésuite, on remarquait la pré sence du P. Gibalin, dont la nièce, désormais Sœur Marguerite” de Jésus, se trouvait parmi les nouvelles professes!.
Il était bien revenu de ses préventions?, aussi le voyons-nous encourager de tout son pouvoir l'érection d’un second monastère à Grenoble ; lui-mème avait vivement pressé la Mère de Matel dese rendre dans cette ville, et quand là aussi se levèrent des contradicteurs, personne mieux que lui ne sut les persuader de l'esprit surnaturel de la fondatrice. IL écrivit en sa faveur un long plaidoyer, qui circula dans Grenoble et produisit le meilleur effet. Les amis de la servante de Dieu, parmi lesquels on voyait l'évêque Pierre Scarron, l'avocat général de Revel, la comtesse sa femme, bienfaitrice du futur monastère, et M. de Bouffin, prieur du Croixil, finirent par avoir le dessus. Le Parlement du Dauphiné, d’abord divisé, consentit à entériner les lettres patentes données par Anne d'Autriche, et, le 4 juin 1643, en la fête du Saint Sacrement, eut lieu la cérémonie de l'établissement canonique; le soir après vèpres, un jésuite, le P. Ignace Arnoux, fit une exhortation devant un auditoire nombreux et choisi.
Quelques années plus tôt, les Pères de la maison professe de Grenoble avaient favorisé une œuvre d’un autre genre, mais non moins utile. En 1634, sur leur initiative, de pieuses dames s’associèrent et adoptèrent un règlement pour la distribution régulière et permanente de secours temporels et spirituels aux indigents, aux malades et aux prisonniers. Ce fut l’origine des Dames de la Miséricorde, association grandement louée par le cardinal Pacca“.
A Aix-en-Provence, la même année, « par la bonne assistance