‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 222 sur 375 · Binet, 0p. cil., p · texte numérisé non relu

Binet, 0p. cil., p

3. Le Gaudier, op. cit., t. EE, p. V, sect. III, cap. v, p. 145, 146.

- $ £i << un a # « L3 = 2 Ms à PAT -

Cette sage prudence n'empêche nullement nosécrivivains ascétiques de cette époque de pousser fortement à la vie contemplative les âmes désireuses de la perfection. Dans son'traité, le P. Le Gaudier consacre trois chapitres à ce sujet!. Le P. de Saint-Jure exalte l’oraison affective ; il proclame avec sainte Thérèse qu’elle apprend mieux que la méditation à conduire les âmes et qu’elle est nécessaire à l’homme apostolique?. Cependant on leur reproche de nos jours leur trop grande réserve sur ces questions et on leur oppose ce qu’on appelle l'école du P. Lallemant.

L'ouvrage de celui-ci, à ne considérer que la date de sa publication posthume (169%) ne rentre pas dans notre cadre, mais la personne de l’auteur, décédé en 1635, appartient à l'époque qui nous concerne. Ce fut comme maître des novices etsurtoutcomme instructeur des Pères du froisième an, à Rouen, qu'il eut l’occasion de développer devant des Jésuites, ses principes de spiritualité. Plus tard, utilisant les notes prises à ses conférences par le P. Rigoleuc, l’un de ses auditeurs, le P. Champion publia le livre connu sous le titre de Doctrine Spirituelle du P. Louis Lallemant.

Or, les points culminants de cette doctrine sont, pour la plupart, des principes depuis longtemps formulés par tous les théologiens ascétiques ou mystiques et spécialement par ceux de la Compagnie de Jésus : primauté du spirituel, critique de l’action, importance du recueillement, de la pureté du cœur et de l’abnégation, docilité à la conduite de l’Esprit-Saint ; dans tout cela, rien denouveau pour qui connaît sérieusement nos auteurs spirituels’. Le P. Louis Lallemant, dans ce qu’ila de parfaitement sûr, n’est qu’un disciple de saint Ignace et des maîtres dont nous avons parlé plus haut.

Ce qui le distingue c'est l’importance, pour lui souveraine, qu'il attache à la contemplation passive, à laquelle il donne dans le travail de la perfection un rôle prépondérant. A l'entendre, quiconque tendant à la vie parfaite sort de la médiocrité, comme par une seconde conversion, peut aspirer aux états mystiques. On ne doit pas les craindre maïs au contraire les désirer, et se mettre

1. Le Gaudier, op. cit., t. 11, P. IT, sect. IL, cap. 1x, 1, v.

2. Saint-Jure, op. cûl., t. II, p. 27, 66 et suiv., 468 et suiv.

3. Voir par exemple : Le Gaudier, t. I, p. 346, 347, 402 à 412; t. Il, p. 151, 188, 189, 252, 342, 344 ; t. III, p. 166, 167. — Saint-Jure, t. II, p. 16 à 40, 53 et suiv. 92 et suiv. 459, et suiv.; LEE, p. 151, 157, 158. — Et. Binet, Pratique solide de l'amour de Dieu, tout le chap. xvir.

4. La meilleure édition de La Doctrine spirituelle est la dernière en-date, celle du P. Aloys Pottier (1924, Paris, Téqui). Non seulement le texte primitif a été révisé, mais de plus une excellente préface et de nombreuses notes aident le lecteur à tirer tout le parti possible de ce beau livre.

A POP M CA 0 er NES TRAVAUX LITTÉRAIRES ET SCIENTIFIQUES 287

par un complet détachement de soi-même dans les dispositions requises pour y entrer. Là, bien mieux que dans l'oraison ordi-

naire, on trouve pour soi-même la vraie sagesse et le pur amour

divin, mais encore le zèle et la lumière pour diriger les autres. On a relevé dans la Doctrine spirituelle des exagérations de langage, quelques rares propositions difficiles à bien inter-

préter ou qui peuvent induire en erreur les débutants!. Ce livre

en somme, malgré de très belles pages, ne convient qu'aux initiés, aux personnes capables de discernement dans les questions de spiritualité; car, il ne faut pas l'oublier, le P. Lallemant s’adressait à des religieux qui avaient déjà fourni les étapes de l’ascétisme; il n'avait donc pas à revenir, devant eux, sur les préceptes d’une formation graduelle et régulière. Ses avis et ses théories sont, avant tout, pour encourager l’âme à briser les derniers obstacles qui l’arrêteraient dans l'application rigoureuse du principe de saint Ignace : Qud plus ed melius, plus on se renonce à soi-même et plus intimement on vit de la vie même de Dieu. Mais ne nous attardons pas plus longtemps sur le terrain de la mystique ; revenons à l’histoire et achevons le recensement des principaux écrivains de la fin du règne de Louis XIHIL.

13. Le goût des létudes historiques n'était pas encore, à ce moment, très développé; on commençait cependant à s'occuper des traditions locales, à composer des monographies d’après les documents d’archives. Le P. Jean-Baptiste Guesnay soutint dans sa Magdalena Massiliensis advena (1643) la thèse de la venue en Provence de sainte Marie-Madeleine, de sainte Marthe et de saint Lazare*. Le P. Honoré Nicquet publia en 1642 une Histoire de l’ordre de Fontevrault contenant, avec la vie de Robert d’Arbrissel, l’histoire chronologique des abbesses”. Le P. Jean Baiole entreprit une Histoire sacrée d'Aquitaine dont il donna en 1644 la première partie#. Le P. Pierre Labhé, recteur du collège de Notre-Dame de Bon-Secours, forma le projet d'écrire en latin et en français l’histoire de Lyon en trois tomes, « l'un de la ville saincte, l’autre de l'antique et le troisième de la nouvelle ». - L'ouvrage devait être terminé en trois ans. Le 30 avril 1643 un contrat fut passé, par lequel Les consuls s’engagèrent à lui payer,

. Cf. P. Bouvier, S. J., Dictionnaire de Théologie catholique, art. Lallemant. . Hurter, Nomenclator, II, 182. — Sommervogel, Il, col. 1919, n. 1.

. Sommervogel, V, col. 1712, n. 3.

. Sommervogel, I, col. 785.

ES CO 2 a

quartier par quartier, « la somme de quinze cents livres par chacune des trois années! ». Le P. Labbé promit de son côté de « baïller au consulat cinquante exemplaires, desquels il y en aura douze... bien reliés en veau fauve à fil d’or, avec les armoiries de la ville et le nom de l’histoire sur le dos? ». Cet ouvrage commencé par plusieurs épiîtres De ortu et antiquo situ Lugdunt ne fut jamais achevé. | :

Les Relations annuelles de la nouvelle France, entreprises en 1632 par le P. Paul Le Jeune, et continuées à partir de 1640 par le P. Barthélemy Vimont, formèrent la base d’un monument historique de premier ordre pour les origines du Canada. « On y trouve, dit l’abbé Ferland, une partie de notre histoire qui, sans elles, serait restée à peu près ignorée; elles renferment aussi des détails qu'on chercherait inutilement ailleurs sur la langue, les mœurs, les croyances des tribus aborigènes?. »

Il serait infini d’énumérer les livres classiques, grammaires, dictionnaires, rhétoriques, ainsi que les ouvrages de littérature ou de science appliquée, publiés en 1631 à 1643 par les Jésuites. Il nous suffira de mentionner les plus connus : Les Commentaires du P. Abram sur les discours de Cicéron (4631); le Trésor de latinité du P. Viald (1636); le Dictionarium novum latino-gallicum du P. Pajot (1636); l’Inventaire des particules françaises, et l'Epitome des particules latines du P. Ogier (1637); les Règles des accents et des esprits grecs du P. Philippe Labbe (1641).

Les collèges avec leurs nombreux poètes latins semblaient autant de Parnasses dont les échos retentissaient par toute la France. Nommons parmi les principaux imitateurs de Virgile et d’Horace, les PP. Laurent Le Brun, Gabriel Cossart, Vital Théron, Gilbert Jonin, Antoine Millieu, Pierre Mambrun, François Vavasseur. Près d’eux chantait dans l’idiome national le P. Pierre Le Moyne, doué d’une grande facilité, d’une brillante imagination, mais auquel il manquait un goût sûr et un style épuré.

Les Jésuites de cette époque, quoi qu'on en ait pu dire, ne négligeaient point les sciences ni les travaux de vulgarisation scientifique. Quelques exemples le prouveront. Le P. Georges Fournier, professeur de mathématiques pendant sept ans puis aumônier de la marine, profita de ces dernières fonctions pour

1. Traité du P. Pierre Labbé avec le consulat, 30 avril 1643 (Archiv. comm. de Lyon, BB, 197, fol. 62).

Page 1