OUVRAGES DE SPIRITUALITÉ
embrasse, comme celle de son Fo toutes les matières de l’ascétisme.
Binet, Le Gaudier, Saint-Jure et Hu leurs émules dela même , époque, étant disciples de saint Ignace, sont animés de son esprit et imbus de ses principes. Dans les Exercices spirituels saint Ignace ne dit pas un mot des états mystiques, et cependant ses préceptes appliqués en rigueur, avec toute générosité, mettent infailliblement l'âme dans la disposition nécessaire pour y parvenir. De même nos auteurs ascétiques du xvn°, quand ils enseignent l'amour de Dieu par le dépouillement total de soi-même, l’imitation de Jésus-Christ et la pratique des vertus, préparent l’âme à recevoir, s’il plaît à Dieu, les plus sublimes faveurs de la contemplation passive ou infuse. De ces faveurs ils parlent en excellents termes dans leurs traités!, autant du moins qu'il est possible de Les exprimer en empruntant le langage des mystiques autorisés. Toutefois, s'ils laissent entrevoir que, par l’abnégation et l’oraison, l’âme parviendra graduellement à la contemplation acquise, ils se gardent de promettre plus ni de pousser à la recherche directe des grâces extraordinaires. À leur avis, sauf des cas très rares, sauf l'intervention de l’Esprit-Saint qui souffle où 1l veut, on ne peut atteindre l’union divine que par degrés. «Par l’amour crucifiant, écrit le P. Binet, on arrive au crucifié et par le mortifiant au parfait et rayonnant qui contente parfaitement le cœur humain. Autrement, qui va de plain saut au second sans passer par le premier, brüle ses ailes et tombe à terre; il est sujet à de grandes illusions?. » Et le P, Le Gaudier : « L’oraison extraordinaire ne s’enseigne pas par préceptes; elle dépend de Dieu qui, s’il a coutume d’y élever ceux qui se sont beaucoup exercés dans la mortification et la pratique de la vertu, peut aussi d’un seul bond ravir à ces hauteurs ceux qui jusque-là gisaient à terre... Mais les éléments de cette oraison sont obscurs, pour ne pas dire
inconnus, la manière de les exprimer tellement insolite que bien rares sont les gens qui la peuvent comprendre. C'est pourquoi les auteurs qui traitent de pareils sujets doivent être prohibés, ou lus avec beaucoup de précaution, carilsne peuvent élever personne à ce genre d'oraison sublime et ils en trompent beaucoup”. »
1. Cf. Binet, Pratique solide de l'amour de Dieu (Mézières, 1842), Chap. x1, xmM XVII, XIX. Saint. Jure, De laconnaissanceet de l'amour de N.-S.J.-C. (Paris, Vivès, 1876), LE LIVE chap. v; t. IL, div. AIT, chap. 1, m1, m, vi, sect. V. — Le Gaudier, De per fectione vitae spir itualis (1855), t. 1, chap. v, p. 144- 146.