‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 225 sur 375 · Tomé IV, chap. x1, p · texte numérisé non relu

Tomé IV, chap. x1, p

deux années se passèrent avant que cet-ordre fût exécuté. Aussi bien les esprits étaient divisés, à la cour de France, sur le rétablissement de notre colonie. « Qu’avait-on à gagner, disaient les opposants, dans ce pays glacial qui peut à peine nourrir sa propre population ? Quel profit en tirera-t-on, même après d'énormes sacrifices !? » Heureusement Richelieu ne partageait pas ces vues étroites. Mettant au-dessus de tout le triomphe des armes du roi et l'expansion de la foi catholique, il voulut rendre à la France les territoires justen ent acquis sur le Saint-Laurent. Dès que la paix de Cherasco? eut mis fin à la guerre de la succession de Man toue (16 avril 1631), il fit armer dix vaisseaux et chargea le commandeur de Razilly de les conduire à Québec. Informé de cette décision, le cabinet de Londres s’empressa de signer le traité de Saint-Germain-en-Laye, par lequel le roi d'Angleterre s'engageait à rendre tous les lieux usurpés par ses sujets en Acadie et au Canada *?.

L'honneur de reprendre possession de la Nouvelle France aurait dû revenir à Champlain, son vaillant défenseur; mais la Compagnie des Cent-Associés, à demi ruinée, n'avait plus ni vaisseaux, ni fonds pour s’en procurer. Richelieu confia donc l'affaire à Guillaume de Caen afin de lui fournir l’occasion de réparer les pertes qu'il avait éprouvées par la prise de Québec“. Louis XIII Jui accorda, avec le commandement de la flotte et de toute la colonie, la jouissance des revenus du pays pendant toute une année, après laquelle Champlain le remplacerait comme gouverneur et lieutenant du roi. Pour compenser ses tendances calvinistes, on lui donna comme second le sieur Du Plessis-Bochard catholique fervent.

Il fallait aussi songer aux intérêts religieux de la Nouvelle France. Les Jésuites désiraient vivement y reprendre le cours de leur apostolat. Chaque jour, depuis leur expulsion, une messe était célébrée dans la province de Paris à cette intention, et les supérieurs se tenaient prêts à répondre au premier appel. Ce ne fut pas cependant aux Pères de la Compagnie {que Richelieu s’adressa tout d’abord, mais aux fils de Saint François. Les Capucins répondirent « qu'il n’élait pas juste de priver les premiers

1. Cf. Chrestien Le Clercq, Premier establissement de la Foy dans-la Nouvelle France, t. 1,.p. #17. — De Charlevoix, Histoire de la Nouvelle France, i. A, p. 175. . 2. De Flassan, Hisloire.…. de la diplomatie française, t, 1, p. 392. 3. Le Mercure françois, t. XVIII, ann. 1632, p. 52. 4. Calendar of State papers, Colonial, 1571-1660, p. 134. : à. Ferland, Cours d'histoire du Canada, t. I, p. 252.

ouvriers du fruit de leurs travaux! », et le retour des Jésuites fut décidé. Plus tard on les aceusa d’avoir eux-mêmes exclu les Bécollets. L'abbé Faillon, dans son Histoire de la colonie Francaise, a montré combien cette accusation était gratuite, « Les Jésuites, dit-il, déjà établis au Canada avant la prise du pays, avaient sans doute le droit d'y reprendre l'exercice de leurs missions, et l’on ne voit pas qu’ils aient mérité quelque blâme en usant, comme ils Le firent en 1652, de l'autorisation que leur donna le cardinal de Richelieu et de l'invitation que leur fit la Compagnie des Associés. S'ils y allèrent seuls, c’est que les Récollets ne se présentèrent pas pour l'embarquement?. » Ceuxci d’ailleurs ne se plaignirent jamais qu'on leur eût refusé le passage en 1632. « À peine les PP. Jésuites, eurent-ils quelque liberté de retourner au Canada, dit le P. Sixte Le Tac, que se souvenant de leur ancienne amitié avec les PP. Récollets, üs leur mandèrent le désordre du pays et le désir qu’ils avoient de les revoir. » Cependant en 1635, comme l'année précédente, les religieux de Saint François ne profitèrent point du départ des vaisseaux: « prévenus trop tard », avouent-ils dans leurs mémoires, ils n'avaient pas eu le temps de faire « les préparatifs nécessaires“ », et, quand les années suivantes ils poursuivirent leur retour, M. de Lauson, président de la Compagnie des Cent- Associés, s'y opposa, alléguant que le pays n'avait pas assez de ressources pour soutenir un ordre mendiant. Ce ne fut qu'en 1670 que les Récollets reparurent dans la Nouvelle France :.

Dès le mois de mars 1632 cinq Jésuites avaient été désignés par le P. Provincial de Paris pour travailler au rétablissement de la mission. Le 18 avril, à Honfleur, ils s'embarquèrent sur les vaisseaux d'Emery de Caen, frère de Guillaume $. C'étaientles Pères Paul Le Jeune, Anne de Nouë, Ambroise Davost et le Frère coadjuteur Gilbert Burel?. Le 5 juillet la flotte française arriva en vue de Québec. Thomas Kertk qui s'y trouvait encore et y commandait, remit le fort et l'habitation entre les mains d'Emery de Caen et du sieur Du Plessis-Bochart$. Le P. Le Jeune, supérieur de la

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