Mémoires de Richelieu, t. IE, p
3. Schefer, op. cit., p. 13.— Cf. De Hammer, Histoire de l'Empire Ottoman, t. IT, p. 271-272.
&. Lettre de Cappello au Sénat, 6 janvier 1631 (Venezio, Archiv. di Stato, Dispacci di Const., n. 111, fol. 217).
aux mousses les éléments de la doctrine chrétienne. L’ambassadeur anglais se plaisait à rendre aux Jésuites ce témoignage « que personne ne se plaignait de leur zèle et que tous en faisaient le plus bel éloge! ». Le baiïle de Venise lui-même était contraint d’avouer que, « pour leur doctrine et leur vie exemplaire, ils l'emportaient sur tous les autres religieux? ».
M. de Marcheville, fidèle aux instructions du roi, avait, comme ses prédécesseurs, pris les Jésuites sous sa protection; aussi le P. Général, par une lettre du 20 avril 1632, s’empressa-t-il de le remercier de ses bons offices en lui recommandant de nouveau toutes les maisons de la Compagnie dans le Levant. Cette recommandation n’était pas inutile car l’orage s’amoncelait à l'horizon. Dès le mois de janvier 1632, Cornelius Aghes, ambassadeur des États de Hollande, écrivant à son collègue à Paris, lui avait dénoncé la conduite du comte de Marcheville à l'égard du patriarche Cyrille, accusé non sans raison de troubler par ses doctrines calvinistes la paix des Églises d’Orient£. Il attribuait principalement aux Jésuites, ces odieux satellites du Pontife romain, les conseils dont s’inspirait notre ambassadeur. Il annonçait comme prorhain l'exil non seulement des Jésuites, mais des Capucins, des prêtres catholiques et des moines de tous ordres, dont l'intolérance, disait-il, avait soulevé le ressentiment du patriarche et des autres prélats de l'Église Grecqueÿ.
La situation était grave, en effet; d'autant plus que le baïle de Venise avait recu l’ordre de la Sérénissime République de protéger Cyrille contre l'ambassadeur français et de s'opposer à l'influence des Jésuitesé. Appuyé par lui, le patriarche grec obtint du grand vizir la promesse de chasser un jour ou l’autre les religieux de la Compagnie. En ces conjonctures il ne restait aux Pères que la protection du comte de Marcheville. Or, que serait-elle? Le zèle à défendre le catholicisme et nos nationaux ne lui manquait pas, mais, par son caractère brusque et hautain,
1. Lettre du P. d'Aultry au P. Général, 30 avril 1631 (Miss. Const., {. I, n. 149).
9. Lettre de Cappello au Sénat, 14 août 1630 (Venezia, Archiv. di Stato, Disp. di Const., n. 110, fol. 478).
3. Lettre du P. Général à M. de Marcheville, 20 avril 1632 (Gall. Epist. Gen. ad Externos, t. 1613-1672).
4. Voir une copie de la profession de foi de Cyrille dans une dépêche du Baïle (Venezia, Archiv. di Stato, Dispac. di Const., n. 115, fol. 148-156).
5. Copie de la lettre de Cornélius Aghes à l'ambassadeur de Hollande à Paris, {7 janvier 1632 (Miss. Const., t. I, n. 160):
6. Délibération du Sénat de Venise, 28 février 1631 (Venezia, Archiv. di Stato, Senato delib., Constantinopoli, Reg. XX, fol. 136).
il avait indisposé contre lui non seulement les vizirs qui soutenaient le capitan-pacha, mais encore tous les autres ambassadeurs «et n’y en avait pas unavec qui iln’eût à démèler quelque chose! ».
« Le grand visir, écrivait M. de Césy à M. Le Bouthillier, ne veult point veoir mondit sieur de Marcheville bien qu'il luy aye fait demander audiance plus de dix fois; et depuis trois jours deux interprettes y estant allés de sa part pour le presser de la luy donner, le visir leur respondit qu'il ne la donneroit point... mais qu'il luy mandoit que s’il ne faisoit partir les Pères Jésuystes sur les vaisseaux françois qui sont icy, qu'il les envoyeroit prendre et leur feroit faire un mauvais traitement. Je ne sçais quel sera le succès [de cette mauvaise affaire] car outre que la partie est forte, nous voyons mondit sieur de Marcheville en si mauvais prédicament, que pour le fascher il est à craindre que ces gens-cy ne fassent plus de mal aux Jésuystes qu'ils n’ont faict cy-devant, à peine de s’en excuser et de les restablyr avec le temps, selon que le Roy montrera Le désirer. Mais peult estre que ledit sieur de Marcheville les deffendra plus heureusement qu'on ne croit ?. » Ce fut en effet ce qui arriva.
Les Jésuites, s’attendant d’un moment à l’autre à une visite domiciliaire suivie d'emprisonnement, avaient par prudence quitté leur maison de ‘Galata et s'étaient réfugiés chez l’ambassadeur de France à Péra #.
À partir de ce moment, le comte de Marcheville menaça si bien de partir avec les religieux, ses hôtes, si l’on osait les chasser, que, malgré les sourdes menées du baïle et de ses amis, jamais on ne put obtenir du Grand Seigneur un firman de bannissement #. Le jour de l'Épiphanie, le grand vizir fit savoir à notre ambassadeur qu'il avait changé d'opinion, après avoir reconnu fausses et calomnieuses Les accusations portées contre les Pères de la Compagnie.
Mieux encore; le patriarche Cyrille, l’un des principaux instigateurs de la persécution, fut déposé et remplacé par Athanase, archevêque de Carafféria 6, « Je viens d'apprendre, écrivait M. de