Mémoires de Richelieu, I
2. Lettre de Césy à Bouthillier, 27 juill. 1632 (Bib. nat., ms. fr., 16152, fol. 72-73).
3. Lettre du baïle Cappello au Sénat, 7 août 1632 (Venezia, Arch. di Stato, Dispac. di Const., n. 113, fol. 313-315).
4. Lettres de Cappello au Sénat, 16 nov. et 1° déc. 1632 (Venezia, Archiv. di Stato, n. 113, fol. 521, 569, 693).
». Lettre du P. Martin au P. Général, 10 février 1633 (Miss. Const., t. VIII, n. 89).
6. Lettres du baile Foscarini au Sénat, 16 oct. et 11 décemb. 1633 (Venezia, Archiv. di Stato, Disp. di Const., n. 114, fol. 420, 504).
Césy au P. Joseph le 16 octobre 1631, comme le patriarche Cirille avoit envoyé quérir les moys passés la plu part des métropolites grecs, pour fayre eslire son neveu en sa place, [mais celui-ci] s’estant fait cognoistre aussi hérétique que son oncle, les métropolites se sont résollus de leur propre mouvement d’eslire un autre patriarche, ce qu'il (sic) leur à réussi fort heureusement, sans que personne quelconque du rit latin y ait coopéré. En quoy Dieu fait voir qu'il a encore quelque soing de cette pauvre esglise orientale qui s’en alloit toute infectée d’hérésie!. »
3. Tranquillisés par cette accalmie, les Jésuites revinrent à Saint-Benoît et reprirent leurs ministères interrompus : les prédications en grec, en italien et en français, le catéchisme à bord des navires; ils rouvrirent aussi les classes où les élèves se présentèrent plus nombreux que jamais?. Cependant l’année 1633 ne devait pas s'achever paisiblement. La résidence de la Compagnie ressentirait le contre-coùp des nouveaux ennuis suscités par les Turcs à notre ambassadeur.
Un jour, son fils qu'il renvoyait au pays natal s’était embarqué sur un bâtiment français prêt à mettre à la voile. Au dernier moment on y découvrit un esclave qui, échappant à son maitre, s'y était réfugié. On feignit de croire le jeune de Marchevitle coupable de l'évasion, on l’arrêta et l’on confisqua le navire avec son chargement. Grâce aux démarches du chevalier Peter Wych, ambassadeur d'Angleterre, et de Pietro Foscarini, baile de Venise, les réclamations du comte de Marcheville furent entendues : son fils recouvra la liberté et le navire put lever l’ancre *.
Une autre fois, l'ambassadeur francais rencontrant des Janissaires sans armes, qui ne lui cédèrent point le pas assez vite à son gré, les chargea l'épée à la main à la tête de ses gens. Gelte incartade fut sévèrement réprimée : le sultan ordonna de désarmer tous les Francs, les gens de l’ambassade et M. de Marcheville lui-même: seul le comte de Césy conserva le privilège du port d’armesi, Le dédain que notre ambassadeur affichait pour les usages orientaux, devait lui attirer de continuelles injures et exposer à des représailles tous les Européens.
1. Lettre de M. de Césy au P. Joseph, 16 oct. 1933 (Bibl. nat., ms. fr., 16154, fol.
2. Litterae annuae 1633 (Miss. Const., t. VILE, n. 92). 3. Schefer, op. cil., p. 14. — De Saint-Priest, 0p. Cl De: 4. Mignot, op. cit., p. 856. — Lavallée, op. cit, p. 298.
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Au mois de novembre 1633 Le capitan-pacha, son ennemi personnel, revenu de Syrie où il était allé soumettre l'émir Fakhr- Eddin, prince de Saïda, fut nommé caïmacan, pour commander dans Constantinople en l’absence du grand vizir. Il avait ramené de son expédition plusieurs esclaves français parmi lesquels cinq Capucins. Conformément aux ordres du P, Joseph, M. de Marcheville mit fous ses soins à procurer leur délivrance. Le caïmacan inculpé par l'ambassadeur s’en prit à son drogman Baltazar Motto, arménien de nation. 11 le dénonça au Grand Seigneur, comme un intrigant dangereux, si bien que le Sultan le fit empaler et voulut même assister à son supplice !. Au moment de l'exécution, le bostandji-bachi, ou préfet des Jardins impériaux, et le cadileskier, ou juge suprême, parcoururent la ville, accompagnés de scribes et de soldats, fouillant et pillant les demeures des marchands européens et les couvents des religieux. À Saint-Benoît, ils firent comparaître devant eux les Pères qu'ils interrogèrent, puis ils se livrèrent à des perquisitions dans la maison, l’office, l’église et la sacristie : mais n'ayant rien trouvé de suspect, ils se retirèrent sans causer aucun dommage ?.
Peu de temps après, la restauration du palais de l’ambassade de France occasionna un autre incident, et des plus fâcheux. « M. de Marcheville, lisons-nous dans les Mémoires de Richelieu, avoit estimé la maison, en laquelle les ambassadeurs avoient accoutumé de loger, indigne de lui, et en avoit fait bâtir une nouvelle; et pour marque de sa piété » il y ajoute deux chapelles, l’une publique, l’autre intérieure. « Les nouvelles églises en Turquie étant odieuses, le Pacha prend sujet de là de lui faire un affront ?. » Le 24 janvier 1634, il mande à l’arsenal les ambassadeurs de France, d'Angleterre, de Venise et le résident de Hollande, et pendant la conférence il envoie démolir la chapelle publique sous prétexte qu’elle avait vue sur le sérail. M. de Marcheville, àverti de ce qui se passait au moment où il sortait de la conférence, rentra chez le caïmacan et se plaignit vivement de la violation-de son domicile. Le ministre ture nia effrontément ÿ avoir pris aucune part et fit accompagner l’ambassadeur par un officier de l’arsenal pour arrêter la démolition. On profita de la nuit pour démeubler la chapelle intérieure, et ce fut très à
1. De Hammer, op. cit, IL, 472. — Lavallée, op. cif., p.298. On ne sera pas surpris de cette cruauté de la part d'un prince qui terminait ses commandements par cette formule : « Fais comme je dis ou je te coupe la tête. »
2. Lettre du P. d’Aultry au P. Général, 4 avril 1634 (Miss. Const., t. VII, p. 95). 3. Mémoires de Richelieu, t. IX, p. 575.
propos; car, dès le lendemain, le Grand Seigneur envoya reconnaitre si elle existait encore !. ;
Le même jour, 25 janvier, toutes les églises latines furent mises sous scellés. Vers deux heures de l'après-midi, un notaire public se présenta à la résidence de Saint-Benoit, au moment où les Pères récitaient les litanies. Il en attendit la fin; puis il plaça les scellés non seulement sur les portes de l’église, mais aussi sur un atelier où travaillait un menuisier. Celui-ci fat arrêté, conduit en prison et menacé de la pendaison, s’il ne produisait pas le tirman autorisant la bâtisse d’une certaine galerie. Ce document ayant été exhibé, il fut délivré ?. Les Pères étaient parvenus à retirer de l’église, en secret, le Saint Sacrement qu’ils déposèrent dans la sacristie où chaque matin ils célébrèrent le saint sacrifice, tant que dura cette persécution. Le 27 janvier, nouvelles perquisitions dans les maisons des Européens, sans excepter les palais des ambassadeurs. Toutes les armes qui s’y trouvaient furent saisies et transportées au sérail comme autant de trophées pris sur les ennemis. En outre on exigea des marchands francs une avanie ou contribution de quarante mille écus, et trois d’entre eux saisis comme otages durent répondre du paiement au péril de leur vie *.
Cependant les églises restaient fermées, et l'on ne pouvait alors compter sur le crédit des ambassadeurs pour les faire rouyrir. Les habitants de Galata résolurent donc d’agir directement auprès de la Porte. Ils réclamèrent, en faisant valoir les privilèges accordés à leurs ancêtres lorsque ceux-ci rendirent le faubourg au sultan Mahomet Il. Leur démarche, accompagnée d’un présent de quatre mille piastres, calma la persécution et l'on permit la réouverture des églises. Ce résultat avait été obtenu grâce au désintéressement du drogman de Venise, Jean-Baptiste Salvayo. Il était chargé, comme prieur, de la régie de toutes les églises de Galata. Afin de payer la somme exigée, il mit en gage tous les bijoux de sa femme, et la République de Venise consentit à donner deux mille piastres. Cela ne suffisant pas encore, la communauté de Galata vendit toute l’argenterie des églises et plusieurs immeubles dont le revenu servait à leur entretien. Ces
1. Lettre. du baile Foscarini au Sénat, 10 février 1634 (Venezia, Archiv. di Stato di Const., n. 115, fol. 34-38).