Fagniez, p
ses dépenses, afin que le bâtiment appartint aux Pères Capucins à titre de pure donation royale. Les clauses de cette donation portaient que les Pères Capucins de la maison seraient tous Français, que le consul et sa famille y logeraient et que les Pères prieraient Dieu pour la conservation et le bonheur de Sa Majesté. Le P. Jean Suffren eut beau intervenir auprès de Richelieu en faveur des missionnaires de Smyrne, on ne tint nul compte des origines de leur établissement dans cette ville : ce n'étaient pas eux qui avaient payé les nouvelles constructions et le consul était bien libre de choisir lui-même ses chapelainsf.
Un arrêt du conseil, où l’on reconnaît l'influence du P. Joseph, sanctionna tous les arrangements favorables à la famille de saint Francois. « Sa Majesté a ordonné et ordonne que la chapelle construite comme dict est par lesdits consul et vice-consul de Smyrne sera pour l’avenir employée et destinée pour la dévotion de ses subjects et autres trafiquans sous la bannière de France, au titre et qualité de chapelle consulaire, pour estre tenue et administrée par lesdits Pères Capucins en qualité de chapellains, et que ledit logis joignant sera destiné pour l'habitation desdits Pères, sans qu'ores et à l'avenir lesdits chapelle et logis puissent estre tenus par autres que par lesdits Pères Capucins pour quelque cause et occasion que ce soit; voulant et entendant néanmoins que les Pères Jésuites qui sont à présent audit lieu de Smyrne puissent
-et leur soit loysible de célébrer la messe en ladite chapelle et habiter en tel lieu qui sera jugé convenable... sans que cela puisse leur acquérir tiltre au préjudice de l’establissement desdits Pères Capucins que Sa Majesté ne veult estre troublés en quelque sorte et manière que ce soit?. »
Cet arrêt fut communiqué au P. Riondet par M. de Marcheville qu'il était venu saluer à Chio. Durant l’entrevue le nouvel ambassadeur ne cacha pas au missionnaire qu’à son avis les Jésuites feraient mieux de quitter Smyrne et de céder aux Capucins l'office de vicaire général. Le Père répondit qu'il ne pouvait renoncer à cette charge sans l'autorisation de ses supérieurs. Quant à la mission, il se déclara prêt à l’abandonner
1. Lettre du P. Suffren au P. Général, 11 janvier 1631 (Francia, Epist. ad Gen., t. I, n. 54). Lettre du P. Général au P.Suffren,30 avril 1631 (Francia, Epist. Gen., de M}: 9. Arrèt du conseil, 12 mai 1631 (Miss. Const., t. III, n. 17). Ce qui nous fait croire à l'influence du P. Joseph dans ces décisions est ce mot du P. Suffren, écrivant au P. Général au sujet de son entrevue avec Richelieu : « Nihil certi statui potuit, donec plenius, P. Joseph praesente (qui tunc aberat), de re tota delibera-
retur. »
si Son Excellence le lui commandait comme représentant de Sa Majesté. L’ambassadeur s’y refusa « disant avoir ordre contraire du Roy »; mais il insista pour l'abandon du vicariat « alléguant que par ce moyen nostre Compagnie fairoit un signalé plaisir à M. le Cardinal et qu'au reste si nous ne nous defesions par amytié on nous contraindroit de le quitter à nostre vergogne ». Le P. Riondet répliqua qu'il ne pouvait faire autre chose que de laisser cet office à la disposition de l’archevêque de Smyrne à qui seul il appartenait de le lui continuer ou de le conférer à un autre!. M# Marchi, sollicité à son tour par M. de Marcheville, résista d’abord à son désir, puis bercé de l’espoir d'obtenir par l'entremise de l'ambassadeur l’autorisation de résider à Smyrne, il promit enfin d’en passer par ce qu'on voulait. Au mois d'avril 1632 il délivra au supérieur des Capucins les patentes de vicaire général ?.
L. Le P. Riondet avait demandé à M. de Marcheville qu'il fût permis aux Pères de la Compagnie d’avoir un confessionnal, de prêcher et de faire le catéchisme dans la nouvelle chapelle consulaire, « ce que Son Excellence trouva fort raisonnable ». Mais les Capucins s’opposèrent à cette requête, sous prétexte que ces exercices pourraient avec le temps conférer aux Jésuites quelque droit sur l'édifice. Se rangeant aussitôt à leur avis, l'ambassadeur déclara « qu’il estoit impossible que jamais nostre Compagnie fit aultre chose en la nouvelle chapelle que dire la messe », et comme il était peu probable, ajoutait-il, « que jamais nous restassions en paix avec les Cappucins, il seroit mieux que nous quittassions place? ». En même temps, M. de Marcheville écrivit au P. du Fons, resté à Smyrne : « Mon Père, vous scaurez du P. Arthaud [Riondet] la vollonté du Roy et ce dont nous sommes restés d'accord touchant vostre conduite à l'advenir, tantenversles RR. PP. Cappucins qu’enversM. Dupuy, à quoy je me promets que vous aurez bien aggréable de vous conformer. Le tout consiste à vous contenter de dire la messe à la chapelle consulaire, et ne faire aucune action de vicaire et à ne tenir ny dresser aucun autel en vostre maison #. »
Les Jésuites, dépouillés de tout, furent réduits à prendre la