LA
de parcourir les villages de l’île avec l'approbation du métropolite des Grecs. « Nos occupations hors le château, lisons-nous dans les Mémoires du Levant, sont auprès des Grecs du bourg et des campagnes. Nous allons les prêcher dans leurs églises, Ils nous reçoivent et nous écoutent avec de grandes marques de respect. Tous les dimanches et à chaque grande fête ceux de nous qui peuvent s’absenter du château se partagent dans les villages, une ou deux lieues à la ronde. La méthode que nous suivons est de nous trouver à leur messe avant l’évangile. Quand le célébrant en a fait la lecture, le Père prend le livre de ses mains, le baise, le porte sur sa tête à la manière des Orientaux, et l’explique mot à mot en langue vulgaire; ensuite il remet le livre aux prêtres avec les mêmes cérémonies et va s'asseoir sur un lieu élevé, d’où il dit ce que Dieu lui inspire. La messe finie, il assemble les enfans sur le parvis de l’église et leur explique la doctrine chrétienne. Les personnes âgées ne manquent jamais de s'arrêter en foule à l'écouter. Comme les Grecs sont fort vifs et fort naturels, les pères et mères qui voyent quelquefois leurs enfans embarrassés à répondre, prennent souvent la parole et répondent pour eux, et il arrive souvent qu'ils ne se tirent pas mieux d'affaire. D’autres surviennent et veulent mieux dire, et par là les vérités de la religion s’impriment dans les esprits. Souvent il se fait là plus de fruit qu’au sermon même!. »
Le P. Mathieu Hardy, écrivant à un marchand de Rouen pour le remercier d’un envoi d'objets de piété, raconte une mission de plusieurs semaines qu’il donna en 1641 dans la fertile vallée de Dremalia où se trouvaient quatre gros bourgs et plusieurs petits villages habités par des chrétiens du rite grec et du rite latin. « Je partys Le 4° d’aoust pour aller en cette mission, et dez le premier jour sur le chemin je confessay cinq personnes... ; et m'en allay loger en un bourg où nous avons une petite maison et un jardin, tout auprès d’une église de notre rite dans laquelle nous avons permission d'exercer toutes nos fonctions spirituelles. Le principal fruict de cette mission a esté en l'instruction de ces pauvres villageois fort ignorants, tant grands que petits. Il ne s’est passé jour que je n’aye presché ou catéchisé, et, en particulier, deux ou trois fois les festes et dimanches. Quand il y avoit quelque assemblée qui se faisoit à la feste de quelque bourg, on m'invitoit à prescher..; et ce pauvre peuple escoute fort attenti-