Mémoires du Levant, t. I, p
vement ce qu’on leur dict, montrant par leurs larmes et soupirs que Notre-Seigneur leur touche le cœur.
« Le grand contentement est en la doctrine chrestienne, voyant la ferveur de tous à s’y trouver et respondre ; les prestres y viennent, les diacres, les hommes et les femmes y respondent. Deux vieilles aagées environ de quatre-vingt-dixans, se présentèrent en un village pour apprendre à faire Le signe de la croix. Les vieillards y viennent dire leur chappelet, Pater noster, Ave Maria, Credo en grec; et les femmes qui ne les sçavoient encore se Les faisoient apprendre après la doctrine chrestienne.. En ces trois sepmaines que j'ay demeuré en mission, les enfantz ont appris une bonne partie de leur catéchisme en grec vulgaire, qu'ils récitoient puis après dans les églises dévant tout le monde, avec un grand contentement de leurs parents !... »
9. Ce furent les missions données par les Pères de Naxie à Paros qui préparèrent la fondation d’une résidence de la Compagnie dans cette île, célèbre par ses marbres au temps des Romains. Elle possédait au xvn° siècle une population de quinze à seize mille chrétiens, presque tous du rite grec”. Le P.. Jacques Danjou y fut envoyé le premier, il a raconté luimême à quel propos, dans une lettre à son provincial, le P. Dinet, « L'année passée, 1640, le vicaire général de Monseigneur l’archevêque de Naxie escrivit à la Sacrée Congrégation de propaganda fide la nécessité qu'il y auroit d'envoyer icy au plustost des ouvriers évangéliques, n’y ayant en toutte l’isle qu’un prestre latin dont la vie et les mœurs estoient tellement déplorables qu'il faisoit honte à toute la chrestienté qui est en ces lieux. Sur laquelle [information] il fut signifié à Monseigneur l’archevesque, de la part de la Sacrée Congrégation, de le tirer de ce lieu et de, mettre à sa place des Capucins ou des Jésuites, comme il luy agrééroit le plus.
« Les insulaires désiroient des Jésuites, et depuis fort longues années en avoient déclaré leur affection. Mais comme la nouvelle de cette ordonnance arriva à Monseigneur l’archevesque lorsqu'il estoit, à Messine, logé au couvent des PP. Capucins, où il s’estoit retiré à son retour de Rome, attendant l’occasion d’un vaisseau, il se sentit obligé de tesmoigner son affection à ces
1. Lettre du P. Hardy à un marchand de Rouen, 3 octobre 1641 (Legrand, Relation ms.…., p. 24 et suiv.).