‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 292 sur 375 · Richard, p · texte numérisé non relu

Richard, p

lumière du Ciel, qui me fit voir clairement que c’estoit le meilleur moyen de réformer peu à peu l'Église grecque et latine de ceste isle, et peut estre l’un des plus importans pour nous maintenir en ces païs estrangers.…. J'advoue qu’il y a de la peine de s’abbaisser jusques à apprendre des enfans à lire et à escrire, mais le mérite en est d'autant plus grand. O que nostre bon maistre Jésus s’est humilié bien plus bas, formam servi accipiens…

« Je n’eus au commencement que trente ou quarante escoliers, mais ce petit nombre ereut bientost, et plusieurs ne se contentans de venir les jours ouvriers, y venoient encore les festes, disans de bonne grâce en leur langage : que les festes ne sont pas pour les lettres, qu'il est en tout temps permis d’estudier. Ils ont leçons différentes selon la capacité d’un chacun. Les uns apprennent-à lire et à escrire, et la coustume du païs porte que celui qui est plus avancé doit enseigner ses compagnons; ce qui nous soulage fort. D’autres apprennent la grammaire latine pour estre ecclésiastiques; les autres l'italienne pour aller trafiquer à Venise; quelques-uns le grec littéral.…. pour se rendre capables de prescher: d’autres s’affectionnent à l’arithmétique.…., mais tous sont obligez deux fois la semaine d'apprendre la doctrine chrestienne, pour la réciter, tant grands que petits, avec solennité, les dimanches!. »

Outre le catéchisme qu’il expliquait tous les dimanches aprèsmidi dans le château de Scaro?, depuis le mois d'octobre jusqu'après la Fête-Dieu, le P. Fournier préchait le matin en l’église cathédrale tous les dimanches et fêtes principales de l’année. Il avait institué une congrégation de la Sainte Vierge afin d’entretenir la piété parmi le peuple. « Encore qu’il ne fust ny médecin ny chirurgien de profession, il s’efforçoit néantmoins de soulager les malades en tout ce qu’il pouvoit. Et il semble que Dieu concouroit souvent d’une facon extraordinaire à cette ardente charité qu’il exerçoit envers les malades, et luy communiquoit le don que saint Paul appelle gratiam sanitatum. » IL était accablé de confessions ; car, outre les séculiers, 1l entendait chaque semaine les religieuses d'un couvent de Saint-Dominique auxquelles il faisait aussi des exhortations. « Et qui plus est, comme si un seul

1. Lettre du P. Fournier au P. Martin (Richard, op. cût., p. 43-47).

2. « I y a [dans l'ile], dit le P. Richard, cinq principales villes ou chasteaux : le premier [Scaro], est le plus honorable de tous; les ducs et gouverneurs de l’isle, auparavant qu’elle fust subjette aux Turcs, y avoient leur demeure et palais ducal » (0p. it 127).

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