Rapin, op. cil., p
2. Cf. Prunel, Sébastien Zamet, sa vie, ses œuvres, p. 200 et s. 3. (bidem, p. 238. — Sainte-Beuve, op. cit., t. I, p. 330-335.
Seigneur présent au Sacrement de l'autel : sainteté, vérité, liberté, règne, suffisance, plénitude, ete... Le Chapelet n'était pas destiné au public; mais les religieuses le communiquèrent à leurs amies comme une merveille. Il fut bientôt connu et, dès son apparition, sévèrement critiqué par les uns, vivement défendu par les autres. L’archevèque de Sens, Octave de Bellegarde, y, trouva « une dévotion extravagante et pleine d'illusions! ». Un jésuite, probablement le P. Binet, y reconnut des propositions contraires à la véritable piété, « des paroles inintelligibles, obscures et fausses, le contre-sens du Pater on oraison domi-
nicale? ». Les docteurs de Sorbonne chargés de l’examiner le jugèrent « périlleux, digne d’être supprimé », parce qu’il contenait « plusieurs extravagances, impertinences, erreurs, blasphèmes et impiétés qui tendent à détourner les âmes devis pratique des vertus... à détruire la facon de prier instituée par Jésus-Christ ». Tout au contraire, Du Vergier de Hauranne, ami des subtilités, prit feu pour l’opuscüule de la Mère Agnès; il le fit admirer de Jansénius et de Fromond, docteurs de l’Université de Louvain, qui signèrent des approbations formelles où ils autorisaient ce langage d’une « âme enyvrée de l’amour de Dieu... qui sortant heureusement d’elle-mesme nage dans l’abysme de la Divinité # ». Puis, impatient de rompre une lance à son tour,
, > . » PS , l'abbé de Saint-Cyran écrivit une Apoloqie anonyme du Chapelet, en réponse aux Remarques également anonymes d’un Jésuite.
La censure de la Sorbonne n'avait donc servi qu'à faire connaitre une dévotion peu orthodoxe. Aussi le nonce Bichi, poussé par Bellegarde, demandait-il avec insistance à Barberini une condamnation du livre à Rome. « La doctrine en est dangereuse, répondit un jour le cardinal secrétaire d’État, et sujette à mauvaise interprétation; c’est pourquoi je pense qu'il est nécessaire de supprimer cet opuscule par les moyens les plus
1. « EÉclaircissement sur la querelle du Chapelet par la M. Angélique de Saint-Jean Arnauid (Bibl. nat., ms. fr., 13893, fol. 438). Cf. Relation sur l'establissement des Filles du Saint-Sacrement, p. 17-18.
2. Relation sur l’establissement…., p. 20-23. — Cf. D'Avrigny, op. cût.,t. II, p.30. — Henri Bremond qui reproche au P. Binet « une belle violence » (op. cü., p. 205, n. 1), avoue toutefois que « l’ensemble est fort mal venu et prête en vingt endroits à ces dangereux contre-sens que la Mère Agnès craignait elle-même » (fbid., p. 206). Après ce jugement on est un peu surpris de voir l’auteur conseiller le Ckapelet secret comme prière avant ou après la messe.
3. Censure de la Sorbonne (Rapin, op. cût., p. 277). Parmi les docteurs qui la signèrent on trouve François Hallier, Pierre Leclerc, André Duval, Jacques Charion, Nicolas Cornet, Claude Morel. — Cf. Relation..…., p. 18-19.
4. Jugement du docteur Libert Fromond, 16 juillet 1633, dans Relations sur l’esdablissement des Filles du Saint-Sacrement, p. 26-27.
ME 2: Ve à
rapides et les plus sûrs possible !. » À quoi le nonce répliquait : « On fait bien toute diligence pour supprimer le Chapelet secret, mais comme 1l est répandu un peu partout en province, on n'y réussit guère; d'autant moins que les détenteurs Le cachent, attendant de voir la tournure que prendront les choses à Rome, car les fauteurs de cette dévotion s’en vont répétant que c’est l’une de ces persécutions suscitées par le diable au début de toute bonne œuvre pour l’empêcher?. » Revenant à la charge, Bichi ajoutait une autre fois : « Je dis bien que j'ai ordre du pape d’enrayer pareille dévotion; mais, comme on ne voit venir aucune eondamnation, on croit qu'il est toujours permis d'écrire pour ou contre, et cette polémiquene sert qu’à propager l'erreur“. »
En fait la cour de Rome se contenta de supprimer le Chapelet sans aucune censure #, et peu à peu la querelle s’apaisa. Somme toute, elle n'aurait pas fait grand mal si elle n’avait ouvert à Saint-Cyran les portes de deux monastères de femmes. L’évêque de Langres, charmé de son enthousiasme et de son zèle pour: le livre dé la Mère Agnès que lui-même avait approuvé, voulut l'avoir comme coadjuteur. Sur le refus de Richelieu, il l’introduisit du moins, à titre de directeur spirituel, dans la communauté du Saint-Sacrement. Bientôt l’ami de Jansénius devint tout puissant sur l'esprit des religieuses, leur inspira ses idées, leur communiqua sous secret et leur fit accepter ses projets de rénovateur. Un travail profond s’opéra dans les âmes; un changement radical ne tarda pas à transparaître®; si bien que l’évêque de Langres « prit ombrage », se refroidit et commenca, un peu tard, « à voir d’un moins bon œil M. de Saint-Cyran6 ». Une rupture devait s’ensuivre:; elle survint en 1636. Au mois de janvier, la Mère Angélique trouva très habilement le moyen de « mettre la maison [de la rue Coquillière] entre les mains de M° de Paris? », puis, à l'insu de Zamet, de retourner à Port-Royal. Là aussi, après l'élection de la Mère Agnès comme abbesse, Saint-Cyran exerca toute l'influence au détriment de
1. Barberini à Bichi, 20 août 1633 (Bibl. Vat., Barberini latino, 8119).