‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 296 sur 375 · Sainte-Beuve, Port-Royal, t. I, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Port-Royal, t. I, p

Arnauld, susciter de redoutables défenseurs de sa cause. Mais en vain essaiera-t-il d’insinuer ses idées au cardinal de Bérulle, fondateur de l’Oratoire, et à saint Vincent de Paul, père dés Lazaristes ; tous les deux, séduits d’abord par son extérieur austère, finiront par se séparer de lui avec éclat. Craignant sans doute de trouver peu de prosélytes dans les congrégations d'hommes, il se tourna vers les instituts de femmes qu’il espérait amener plus facilement à ses projets d'innovations. Avait-il ‘ déjà la pensée arrêtée d’un schisme ou d’une hérésie? Ce n’est pas probable. Il ne songeait alors qu’à se poser en adversaire des doctrines de la Compagnie de Jésus : son orgueil et sa passion toujours croissante contre les disciples de saint Ignace lui feront dépasser de bien loin son but et ses prévisions.

Dans un vallon près de Chevreuse, à six lieues de Paris, se trouvait un monastère de filles, nommé Port-Royal, soumis à la règle de saint Benoît. Il était gouverné par la Mère Angélique Arnauld, fille d'Antoine Arnauld, le fameux avocat si ennemi des Jésuites mais si peu scrupuleux quand il s’agissait d'imposer une vocation à ses enfants ou de leur procurer quelque bon bénéfice. Angélique avait fait profession solennelle à neuf ans; elle n’en avait que onze quand un abbé de Citeaux offrit de la bénir abbesse, ce qui eut lieu le jour même de sa première communion. « Quand Jj'eus plus de quinze ans, lisons-nous dans ses Mémoires, feu mon père me fit un tour d'adresse qui me causa un extrême dépit. Il écrivit, comme je le jugeai par une ligne que j'en lus, une ratification de mes vœux, me la présenta sans m’en avoir parlé et me dit sur-le-champ : Ma fille, signez ce papier. Cela était assez mal écrit et je crois qu'il l'avait fait à dessein, afin que je n’eusse pas le temps ni le moyen de le lire; je n'osai lui demander ce que c'était, tant je lui portais de révérence. Je signai cet acte en crevant de dépit en moi-même... Lorsque j'eus dix-sept ans, qui est l’âge qu'on avait dit à Rome que j'avais pour obtenir mes bulles quoique je n'en eusse encore que neuf, mon père y renvoya pour dire la vérité en demandant pardon du mensonge, et obtint de nouvelles bulles ?. »

Après avoir souffert en secret de cette vocation forcée, la jeune abbesse de Port-Royal avait fini par se résigner à son sort. Elle entreprit même avec sa sœur Agnès la réforme de la communauté. Les Pères de la Compagnie de Jésus, principalement le

1. Cf. Bremond, op. cùt., p. 173, 154, 2. Mémoires de la Mère Angélique Arnauld, t. II, p. 259,

P. Julien Hayneufve, venaient de temps en temps ranimer les religieuses dans l'esprit de ferveur !, et le P. Suffren n’hésitait pas à se recommander à leurs prières. Bientôt la réputation d’une parfaite régularité attira dans l’abbaye un grand nombre de néophytes; pour leur procurer plus facilement des secours spirituels, la Mère Angélique abandonna en 1626 Port-Royal des Champs et fonda un nouveau Port-Royal dans le faubourg Saint- Jacques à Paris. ) |

Sébastien Zamet, évêque de Langres, devint l’oracle de la communauté et le directeur de l’abbesse?. Celle-ci, même depuis qu’elle s'était attaché de plein cœur à toutes Les pratiques de la vie religieuse, avait cependant toujours au fond de son âme désiré se démettre de sa charge et même abandonner l’ordre de Saint- Benoît. Elle éprouvait un vif attrait pour la Visitation et s’ouvrit de ses doutes au prélat. Zamet parvint à l’apaiser, la persuada de ne point quitter son abbaye et lui fit un devoir de renouveler ses vœux sans aucune réserve mentale. Puis, quand il eut ainsi calmé ses scrupules et gagné sa confiance, il lui parla du projet: qu’il avait de fonder un Institut particulier dont le but serait l’aaoration perpétuelle du Très Saint Sacrement. La Mère Angélique accueillit chaleureusement cette idée, et comme le général de Citeaux menaçait de ramener le monastère aux coutumes de J’Ordre, elle sollicita à Rome un changement de juridiction. En vertu d’un bref du pape Urbain VIII (1627), Port-Royal passa sous l'autorité de l’archevêque de Paris. Quant à la fondation du nouvel Institut, bien que approuvée par le Souverain Pontife, elle souffrit quelques difficultés; mais le roi le confirma par des lettres patentes en 1630, et la maison du Saint-Sacrement, située rue Coquillière dans le voisinage du Louvre, fut bénite solennellement au mois de mai 1633°.

À cette date avait éclaté déjà ce qu’en style janséniste on appela « la tempête du Chapelet du Saint-Sacrement ». Composé par la Mère Agnès et approuvé par l’évêque de Langres, le Chapelet secret du Saint-Sacrement était un écrit, de style alambiqué, sous forme de méditation, en seize points pour honorer les seize siècles écoulés depuis l'institution de la Sainte Eucharistie. Dans chaque point l’auteur expliquait à sa manière un des seize attributs qu’elle offrait à considérer en la personne de Notre-

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