‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 315 sur 375 · AS · texte numérisé non relu

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la composition d’un grand ouvrage qu'il intitula De Hierarchia et hierarchis. Ce livre dédié au Pape Urbain VIII parut en 1641, revètu de l'approbation de quatre, docteurs, deux de la Faculté de Paris et deux de la Faculté d’Angers!. « Je divise, disaït l’auteur, la hiérarchie de l’Église universelle, prise dans sa plus stricte signification, en trois parties ou hiérarchies particulières, et à chacune d’elles j’assigne trois degrés. La première et la plus élevée est celle des Dons ou des grâces gratuites données pour le salut des autres: — la seconde est celle de l'Ordre: — la troisième, celle de la Juridiction. La sainteté caractérise la première; la consécration, la seconde; la mission, la troisième. La ‘première donne une autorité d’excellence: la seconde, une simple puissance ou office (comme parle saint Thomas); la troisième, la juridiction?. » Ces trois hiérarchies étaient soumises à l’évêque de Rome, comme au souverai hiérarque, et les religieux rentraient dans chacune d'elles ou directement, ou excellemment, ou par commission: Ainsi se trouvaient réfutés, mais bien trop subtilement, Pefrus Aurelius et le docteur Hallier, qui prétendaient que les religieux, par leur institution, ne font point partie de la hiérarchie ecclésiastique. Le livre de Cellot souleva, dès son apparition, une grosse tempête. Il ne pouvait plaire à l’assemblée du clergé : elle le fit examiner par ses commissaires et dans sa séance du 12 avril elle le condamna comme contenant une « doctrine nouvelle, téméraire, fausse, pernicieuse et séditieuse, tendant à diminuer l'autorité du Saint-Siège, à former schismes et divisions dans l'Église, soutenant les inférieurs contre les supérieurs, à confondre la hiérarchie et l’ordre que notre Sauveur Jésus-Christ à établi dans son Église ». Il fut résolu dans la même séance que les commissaires écriraient à notre Saint Père le Pape pour le remercier de la censure portée à Rome contre les livres du P. Bauny « et le supplier de condamner celui du P. Ceéllot* ». Mais ce dernier, non sans motifs, jugea quil fallait bien mal interpréter son texte pour y trouver une diminution de l’autorité du Saint-Siège et une révolte contre la juridiction épiscopale. Il résolut done de se défendre en expliquant le sens

1. Lettres du P. Général au P. Et. Natal, 15 février 1641; — au P. Jacques Dinet,

25 juin 1641 (Francia, Epist. Gen., t. VI).

: 9. Cellot, De hierarchia…., 1. HE, C. XV& P- 154. 3. Collection des Procès-verbaux, p. 101-103. — Annales des soi-disans Jésuites,

t. IE, p. 680.

NOUVELLES QUERFELLES RELIGIEUSES. 1489

qu'il attachait aux passages critiqués. Dès le 6 juin 1641 le nonce Grimaldi pouvait envoyer au cardinal Barberini un mémoire du jésuite qui se terminait par cette déclaration :

« Je suis bien éloigné de vouloir dans ma doctrine déprimer la dignité, le pouvoir et la sainteté de l'épiscopat, et je puis loyalement affirmer que j'ai toujours eu l'intention d’en faire connaitre et respecter la puissance et la grandeur, comme je les révère moi-même... Tout ce que J'ai dit à la louange des réguliers, n’a jamais été dans mon dessein au détriment du clergé séculier, sachant que ces deux états ont chacun leur mérite devant Dieu. C’est pourquoi, dans la préface et la conclusion de mon livre, j'ai prié le lecteur de ne pas lire cet. ouvrage avec un esprit de dispute et de jalousie, mais avec des sentiments charitables; et s'il se rencontre quelque expression trop dure, outrepassant ma pensée contre l'intention de mon cœur (défaut difficile à éviter dans une œuvre de polémique), que la charité qui ne songe pas à mal veuille bien les supporter en patience, jusqu'à ce que moi-même, s’il plait à Dieu, je les corrige et les atténue dans une seconde édition?. ,

Cellot appelé à Paris par le P. Provincial put se défendre de vive voix contre ses adversaires. Il était temps, car la Sorbonne se disposait à censurer son traité. Mais Richelieu intervint et ménagea une conférence où l’auteur, assisté de trois autres Jésuites’, comparut devant huit docteurs présidés par l’évêque de Rennes, La Mothe-Houdancourt. Le résultat de ces entretiens ne fut pas une rétractation, comme certains historiens se plaisent à le dire, mais une déclaration ou explication sur quinze articles dont la doctrine était mise au point et ramence par le contexte au sens catholique£. Lä-dessus, Richelieu ayant demandé qu'on s’en tint à cette correction privée, Cellot espérait qu’on. n'irait pas plus loin. Il s’apprétait à donner une seconde édition de son livre, quand il apprit qu’à Rome la Sacrée Congrégation l'avait mis à l’Index donec corrigatur. I1 en marqua sa surprise au cardinal secrétaire d’État, et se soumit5. Cependant, ' plus tard,

1. « Ludovicus Cellotius, e Societate Jesu, mentem suam declarat in quosdam locos operis sui de Hierarchia » (Archiv. Vat., Barberini, XXXIX, 54, fol. 106-110). — Le même mémoire se trouve à la Bibl. nat. (Papiers Cellot, ms. latin, 13138, p. 29-34).

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