DERNIERS JOURS DE TROIS PUISSANTS PROTECTEURS
Sommaire : 1. Le P. Suffren accompagne Marie de Médicis en Hollande et en Angleterre. — 2. Mort du P. Suffren et de la reine mère. — 3. Mort de Richelieu. — 4. Le cœur de Marie de Médicis est porté au collège de La Flèche. — 9. Dernière maladie de Louis XIII. —— 6. Il meurt, assisté par le P. Jacques Dinet. — 7. Son cœur est déposé dans l’église de la maison professe de Paris.
Sources manuscrites : Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Gallia Epistolae Generalium ad externos; — b) Francia, Epistolae Generalium ; — €) Franciae fundationes.
IT. Archives de la province de France, Recueil de Rybeyrète.
III. Paris, Archives du ministère des Affaires étrangères, Angleterre, vol. 48; — Rome, vol. 78.
IV. Paris, Bibliothèque nationale, Cinq-cents Colbert, 46. — Fonds Dupuy, 192.
Sources imprimées : Le Mercure françois. — La Gazette de France. — Avenel, Lettre du cardinal de Richelieu. — Lettres de saint Vincent de Paul — Grotii Epistolae. —
Dinet, L'idée d'une belle mort. dans le récit de la fin heureuse de Louis XIII (Carayon, Documents inédits, XXII). — Mémoire fidèle de ce qui s’est passé à la mort de Louis XIII, par Dubois l’un des valets de chambre dé Sa Majesté (Archives curieuses de l'histoire de France, 2° série, t. V). — D’Arconville, Vie de Marie de Médicis. — Henrard, Marie de
Médicis dans les Pays-Bas. — Griffet, S. J., Histoire du règne de Louis XIII. — Duc d’Aumale, Histoire des princes de Condé. — Fouqueray, Le P. Suffren à la cour de Marie de Médicis et de Louis XIII. — De Rochemonteix, Le collège Henri-IV de La Flèche. — Griselle, Louis XIII et Richelieu, — Batiffol, La duchesse de Chevreuse.
4. Nous avons laissé Marie de Médicis à Anvers en 1635, malade et abandonnée de son fils. Depuis lors, toujours accompagnée du P. Suffren, elle était revenue à Bruxelles où ses affaires s'étaient encore aggravées de lourds embarras pécuniaires. Dépouillée de tous ses biens en France et ne recevant pas régulièrement la pension annuelle que lui avait promise son gendre le roi d’Espagne, elle n'avait pas même de quoi répondre par un léger secours aux infortunes qui lui tendaient la main. Le P. Général ayant sollicité d'elle, par l'entremise de son confesseur, quelque
+ RE FPE MC A
Li —<-
aumône pour la duchesse de Sforza, le P. Suffren se trouva dans la nécessité d'exposer à Vitelleschi le dénüment de sa royale pénitente. « Sa Majesté la reine mère compatit affectueusement à la triste situation de la duchesse; elle a grand désir de lui porter secours et l’aurait déjà fait, si les personnes chargées de lui payer la pension qu'elle reçoit du roi d'Espagne le faisaient avec exactitude; mais, depuis quatre mois, elle attend vainement, au grand détriment de ses finances et au vif désagrément de ses serviteurs qui n’ont pas autre chose pour vivre... Je n'ai jamais vu reine soumise à une plus dure pauvreté. On lui doit sur les années 1636 et 1637 plus de six mille écusf.
S'imaginant que l’insuccès de ses démarches auprès de son fils en vue d’un accommodement, était dû à son séjour dans les États du roi d'Espagne alors en guerre avec la France, elle résolut, au mois d'août 1638, de quitter les Pays-Bas espagnols et se rendit à l'improviste en Hollande avec l'intention de passer en Angleterre, s’il le fallait. Le prince d'Orange pris au dépourvu, ignorant si elle venait avec ou sans le gré de Louis XIII et de Richelieu, lui rendit, à tout hasard, les honneurs dus à une souveraine : n’était-elle pas l'épouse du grand roi qui avait aidé les Provinces-Unies à se constituer, la régente qui avait favorisé leur développement, la mère du monarque qui es protégeait contre l'Espagne? À Berg-op-Zoom, à Dordrecht, à Rotterdam, à La Haye, les réjouissances se succédèrent, he Mais dans cette dernière ville un incident survint qui refroidit beaucoup, sinon l’enthousiasme du peuple, au moins le zèle officiel du prince. L'ambassadeur de France, M. d'Estampes, s’y trouvait alors. Marie de Médicis lui envoya le P. Suffren; mais le représentant de Louis XIII refusa de le recevoir: et quand le Père lui eut écrit le misérable état de la reine pour qu’il voulût bien en faire part à la cour de France, il s’en excusa disant qu'il ne pouvait négocier avec personne de son entourage*. ;
C'était donc un parti-pris chez Richelieu d'empêcher toute plainte de la reine mère de parvenir à son fils. Du reste il ne tarda pas à marquer son mécontentement au prince d'Orange et lui demanda de hâter le départ de l’exilée pour l'Angleterre. Il eut lieu à la fin d'octobre 1638 à La Haye. Après une lutte de
1. Lettre du P. Suffren au P. Général, 16 janvier 1638 (Francia, Epist. ad Gen., t. 1, n. 112).
2. Lettre de l'abbé Scaglia à Olivarès, 12 sept. 1638, citée par Henrard, Marie de Médicis dans les Pays-Bas, p. 624.