‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 329 sur 375 · Richelieu à Chavigny, 22 sept. 1638 (Avenel, t. VI · texte numérisé non relu

Richelieu à Chavigny, 22 sept. 1638 (Avenel, t. VI

sept jours contre la tempête, le navire aborda enfin à Gravesend. Le 5 novembre, escortée de Charles I‘, Marie de Médicis fit son entrée dans la capitale de la Grande-Bretagne avec autant de solennité que si elle eût été encore sur le trône. Au palais de Saint-James elle fut accueillie par la reine sa fille avec une touchante effusion de tendresse. À ce moment notre ambassadeur à Londres avait déjà reçu les instructions les plus minutieuses sur la conduite à tenir à l'égard de l'illustre proscrite : il ne devait la visiter qu’une fois à son arrivée; ne jamais recevoir « ceux qui avaient part à ses affaires »; et, quand il la trouverait chez la reine d’Angleterre, il n'aurait qu’à agir « civilement avec elle et essayer de découvrir le plus de ses sentiments qu'il pourrait et en avertir le Roy! ».

M. de Bellièvre suivit de son mieux ces instructions ; mais un soir, le 21 décembre, dans une galerie du palais de White-Hall, le roi et la reine d'Angleterre le mirent face à face avec Marie de Médicis et les laissèrent seuls sans qu’il lui fût possible de s’esquiver. En vain il se défendit de l'écouter; la vieille reine était résolue de parler; elle le fit humblement et sans aigreur : « Elle avait, dit-elle, employé tous les moyens pour faire entendre au cardinal de Richelieu le désir qu’elle avait de rentrer en France: elle n'avait jamais obtenu d’autre réponse que la proposition de se retirer à Florence, ce à quoi elle ne pouvait consentir…: les sentiments qu'elle avait eus pendant qu'elle était dans le royaume étaient bien changés depuis qu’elle en était sortie ; elle conjurait le cardinal de la tirer de la misère où elle était réduite et de la nécessité de mendier son pain; son seul désir était de se trouver auprès du roi, ou du moins en France; elle ne se mélerait plus d’affaires et ne songerait qu'à se bien préparer à la mort. » Comme l’ambassadeur protestait qu'il ne pouvait transmettre ses paroles. — « J'ai régné, reprit-elle très à propos, et je sais que les ambassadeurs écrivent à leur cour même ce qu’ils paraissent ne pas écouter : le roi saura donc tout ce que je vous ai dit?. » Et, en effet, le récit de cet entretien partit quelques jours après pour Paris dans les dépêches de M. de Bellièvre. La réponse vint sans retard et toujours la même : on ne pouvait se fier aux promesses de la reine mère, à son caractère inquiet et changeant; une fois en France elle se mêlerait aux cabales comme par le

1. Le roi à M. de Bellièvre, 3 sept. 1638 (Ibidem, p. 212, note). 2. Lettre de Bellièvre au roi, 25 déc. 1638 (Bible nat., Cinq-cents Colbert, vol. 46, fol. 57).

2x PUR. PRE ACT D

Page 1