DERNIERS JOURS DE LOUIS XII
ment de la victoire remportée quelques jours après, à Rocroi, par le duc d’'Enghien. Il avait fait ses prières comme à l'ordinaire, entendu dévotement la messe, et tenait ses yeux demi fermés quand M. le Prince entra dans sa chambre. L’ayant reconnu, il lui fit signe d'approcher et lui dit d’une voix mourante : « Monsieur, je scay bien que l’ennemy s’est avancé sur nostre frontière avec une grosse et puissante armée (qui estoit une nouvelle que personne encore ne pouvoit scavoir), mais vostre fils le va repousser . honteusement et le vaincre glorieusement. » M. le Prince répondit « qu'il y avoit beaucoup d'apparence que les deux armées se choqueroient et qu’il espéroit, Dieu aydant, que les Flamens perdroient la bataille ». Puis, se tournant vers le P. Dinet, il lui dit tout bas : «Prenez garde au Roy, car il baïsse fort et, si je ne me trompe, son cerveau se trouble. » Maïs après La victoire signalée de son fils, il aborda le Père, plein de joie, lui demandant ce qu'il pensait de la prophétie du roi !. Le soir du même jour, Louis XIITse fit lire quelques chapitres de la Vie de Jésus- Christ selon les quatre Évangélistes que le P. Bernardin de Montereul, jésuite, lui avait présentée quelques jours auparavant?.
Le 14 mai, après une nuit très agitée, le roi voulut savoir de ses médecins s’il avait encore longtemps à vivre. Séguin, ayant examiné son pouls, lui dit : « Sire, Votre Majesté peut encore vivre deux ou trois heures tout au plus. — Hé bien, mon Dieu, reprit le roi, j y consens; que votre volonté soit faite! » Bouvart,
- auquel il présenta ensuite son bras, lui dit : « Sire, si je ne me trompe, l’âme de Votre Majesté sera bientôt délivrée des liens du corps, car je ne lui trouve plus de pouls. — Mon Dieu, s'écria-t-il; je vous prie de me recevoir à miséricorde. » Louis XIII fit ses derniers adieux à la reine, qui fondait en larmes, et bénit une seconde fois ses enfants. Quant aux princes et princesses, prélats et seigneurs, il embrassa les uns, serra la main des autres ou leur donna la sienne à baiser. Puis s'adressant à l’évêque de : Meaux : « Voilà, lui dit-il, un de mes livres où les prières de l'agonie sont marquées : commençons-les à la bonne heure. » Le
1. Carayon, p. 100. On lit dans le Mémoire fidèle de Dubois, p. 436 : «Sur les six heures du soir, le Roi sommeillant s'éveille en sursaut, s'adresse à M. le Prince qui estoit dans la ruelle et lui dit : «Je révois que votre fils, le duc d’Enghien, estoit venu aux mains avec les ennemis, que le combat estoit fort rude et opiniâätre et que la victoire a longtemps balancé, maïs qu'après un rude combat elle est demeurée aux nôtres qui sont restés maîtres du champ de bataille. » — Le duc d'Aumale, dans son Histoire des princes de Condé(t.XIf, p. 480) a dramatisé et fondu en un seul récit celui de Dubois et celui du P. Dinet.