Annales des soi-disans Jésuites, t. LE, p. 443, note
auteurs, encore inconnus d'eux, qui avaient écrit contre les censures. « Nous soussignez.. déclarons que les livres intitulez : Nicolaus Smithaeus, Danielis of Jesu Apoloqia, Hermanni Loëmelii Spongia, Querimonia Ecclesiae Anglicanae et Appendix ad Illustrissimum Episcopum Parisiensem, n'ont pas été composez par aucun religieux de notre Compagnie, ce qui fait que nous les désavouons pour tels. Et à raison des dissensions qui en sont arrivés, voudrions de bon cœur que les auteurs desdits livres n’eussent jamais pensé à proposer telles questions. Fait à Paris, le 23 mars 1633. Louis de La Salle, Julien Hayneufve, Estienne Binet, Charles Maïllan!. »
Après ce formel désaveu des livres et de leurs auteurs, l'assemblée du clergé consentit à prendre la défense des Jésuites français dans une circulaire adressée à tous les prélats du royaume. « Cette franchise, disaient les signataires, nous a obligés de chercher les moyens de donner contentement ausdits Pères Jésuites sur les plaintes qu'ils faisoient de la facon d'escrire de Petrus Aurelius contr’eux, lequel en respondant à la mauvaise doctrine desdits livres et aux injures qu'ils vomissent tant contre les Prélats de ce royaume que contre le célèbre corps de Sorbonne, s’est laissé aller à quelques invectives contre leur Compagnie que la vérité ne nous permet pas d'approuver, pour ce qu'elles n’ont esté mises en avant que sur les présuppositions que les autheurs desdits livres estoient de leur communauté, ce qu'ils reconnoissent n’estre pas, comme d’ailleurs nous l’avions bien creu, estant une Compagnie pleine de recommandation. » Toutefois les rédacteurs de la circulaire, s'ils blâmaient les écarts de langage, approuvaient pleinement la doctrine d’Aurelius. « Il ne nous reste, ajoutaient-ils, qu’à vous tesmoigner qu’en retranchant les invectives qui se sont trouvés dans cet autheur, par la raison susdite, nous nous sentons obligés d'en louer le zèle et approuver le soin qu'il a eu de deffendre une doctrine orthodoxe et la hiérarchie de l’Église?. »
La cour de Rome de son côté crut bon de recourir à une mesure radicale. Par un décret du 19 mars, la Congrégation de l’Index supprime « tous les écrits qui regardent cette controverse directement ou indirectement »; et afin que les adversaires ne
1. « Désadveu des Pères Jésuites », 23 mars 1633, autographe (dans la collection de M. Lacaille, 1911, Clergé XVII® siècle, au mot Binet).
2. Circulaire des Agents généraux du Clergé en 1633, que nous avons déjà signalée à propos de la renonciation des réguliers à quelques-uns de leurs privilèges (Bib. Sainte-Geneviève, mss. 366, fol. 250 v).
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prennent occasion de ce décret pour se faire de mutuels reproches, elle déclare expressément « qu’elle n'a point l’intention pour le moment de rien juger sur le mérite de la cause, ni de flétrir ou noter aucun auteur ni aucun ouvrage, et qu'elle veut que le jugement en soit réservé au Saint-Siège apostolique; faisant défenses aux deux partis de taxer par écrit ou de vive voix les livres, les traités ou les auteurs du parti contraire, d’hérésie ou de mauvaise doctrine, jusqu'à ce que le Saint-Siège ait porté son jugement! ».
Dans la clause générale « tous les écrits concernant la controverse », étaient évidemment renfermés et la censure des évêques et celle de la Faculté de théologie. On le comprit ainsi en France, car, dans une lettre adressée aux Cardinaux de la Congrégation de l’Index, quelques, docteurs leur représentèrent « que l’on ne pouvoit croire qu’un tel décret fût véritablement d'eux; ou que s'il en étoit, il falloit que les adversaires de l’évêque de Chalcédoine eussent surpris leur bonne foi ». La défense d'écrire sur ces contestations étant générale, « il s’en suivra, disaient-ils, qu'on ne pourra plus soutenir quantité de vérités indubitables sans encourir l’excommunication ». Ce fut le P. Floyd qui para les coups ainsi portés à la Congrégation de l’Index; toujours sous le pseudonyme d’Herman Loëmelius, il publia la Défense du décret et il eut par cet écrit le dernier mot dans la querelle?.
Une autre suivit immédiatement, mais toute particulière, entre Petrus Aurelius et le P. Jacques Sirmond. L'auteur de l’Éponge s'était servi du second canon du premier concile d'Orange pour montrer que l’onction épiscopale du Saint-Chrême n'était pas absolument nécessaire. Aurelius répondit avec aigreur à cette assertion en disant qu'il ne savait pas pourquoi l'éditeur des Conciles de France n'avait pas suivi l’édition de Cologne où ne se trouvait point la particule négative. Sirmond froissé dans sa probité littéraire, écrivit à son contradicteur, se plaignit qu'on l’accusat d’avoir falsifié le texte du Concile d'Orange, et défendit sa lecture du canon par l’autorité de plusieurs manuscrits. Puis, comme Petrus Aurelius persistait à s’en référer à l'édition de Cologne, il lui opposa un écrit plein de science, mais un peu vif, qu'il appela Antirrheticus. Saint-Cyran le réfuta par un livre intitulé, Aneroeticus, contre les erreurs et les hérésies dont le P. Sirmond
1. Decret de l’Index du 19 mars 1633 (cité par Dupin, p. 478-479). 2. Cf. Dupin, p. 480, 481.
a chargé le concile d'Orange!. Louis XIII prit alors la défense du religieux dont la réputation universelle était comme une gloire nationale. Le 30 décembre 1633, un arrêt du Conseil ordonna que tous les exemplaires de l’Aneroeticus, « livret æempli d'injures et diffamations atroces, non seulement contre une personne de vertu et de suffisance fort recommandable, mais encore contre tout l'Ordre et Compagnie des Pères Jésuites », seraient saisis et apportés au greffe du Conseil?. Cependant par ordre du Chancelier, les deux livres avaient été-soumis à l'examen de docteurs choisis par la Faculté de théologie, ce qui ne pouvait qu'envenimer la dispute”. Elle n’aurait pas eu de fin, si le roi n’était intervenu en faisant signifier à la Faculté, le 2 janvier 163%, l’ordre de ne plus s'occuper de cette affaire,
10. Pendant deux ans les contestations entre réguliers et séculiers parurent assoupies; l'assemblée décennale du clergé en 1635° devait les ranimer. Elle s’ouvrit à la fin de mai et choisit Richelieu pour président; mais comme il n'avait pas le loisir d'assister à toutes les séances, on élut pour le suppléer trois prélats de ses amis : Henri de Sourdis, archevêque de Bordeaux, Jean Jaubert de Barrau, archevêque d'Arles, et Victor Bouthillier, coadjuteur de Tours.
À la cour on espérait tirer de cette assemblée deux avantages : une décision contre la validité du mariage de Monsieur, el un secours d'argent pour subvenir aux dépenses de la guerre’. Les évêques, eux, comptaient bien, après avoir réglé les taxes ordinaires, s’occuper encore de la question des réguliers si bruyamment débattue, mais sans conclusion, dans l’assemblée de 1625$. Aussi la cour romaine veillait-elle. Dès le
5 juin, le cardinal secrétaire d’État recommandait au nonce
(recommandation plusieurs fois renouvelée) de mettre tout en œuvre pour empêcher la reprise des discussions irritantes”?.
. Dupin, 481, 482. Voir sur cette controverse Petri Aurelii Opera. : Arrêt du Conseil, 30 décembre 1633 (Bibl. nat., fonds Dupuy, vol. 473, f. 139). « Vera et sincera narratio eorum quae circa Antirrheticum gesta sunt » (Franciae historia, t. IV, n. 29).