‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 55 sur 375 · Mémoires de Richelieu, t. LL, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Richelieu, t. LL, p

il portait sur sa physionomie un mélange de candeur, de franchise et de vivacité qui lui gagnait vite la sympathie, Une fois qu’il accompagnait le P. Gontery à la cour de Henri IV, le roi le prit affectueusement par la main en disant au célèbre prédicateur : « Mon Père, vous avez là un compagnon qui me paroist devoir estre quelque jour une des grandes lumières de vostre Compagnie. » Sans atteindre si haut, Caussin soutint du moins l'honneur de sa vocation par sa science, sa ferveur, son zèle, ses talents de prédicateur et d'écrivain. Après une belle carrière de professorat il avait été attaché, en 1620, à la maison professe de Paris comme operarius et s'était depuis lors consacré avec succès aux travaux du ministère.

Avait-il toutes les qualités requises pour être confesseur du roi? Le P. Général le pensait, puisqu'il accueillit la nouvelle de sa nomination avec une satisfaction sans réserve?. Mais les supérieurs de Paris, ayant eu l’occasion de voir l’excellent religieux de plus près, étaient moins rassurés ; à leur avis il lui manquait cette prudence parfaite, insignem illam prudentiam®, que ne suppléent ni l'intelligence ni le bon vouloir ni la vertu. Ils en avertirent Richelieu, dès qu'ils connurent ses intentions, et ne furent point écoutés.

C'est le 11 mars, durant le carême de 1637, que Le P. Gordon avait dû se démettre de sa charge. Douze jours étaient à peine écoulés quand un billet fut apporté à la maison professe, à l'adresse du P. Caussin, par le jeune marquis de Cinq-Mars, alors en faveur. De sa propre main, le cardinal annonçait au jésuite que le roi désirait se confesser à lui le jour de l’Annonciation et le priait de se rendre à Rueil la veille de la fête. Fidèle au rendezvous le Père fut reçu par Richelieu qui ne lui ménagea point les bons conseils, si l’on peut appeler ainsi une lecon singulièrement déplacée. Son Éminence lui déclara donc « que le roi étoit sans vice, qu'il étoit important de le maintenir dans cette pureté de mœurs ; qu’à la vérité, depuis quelque temps il paroissoit attaché à une demoiselle de la Reine; qu'il n’y soupconnoit aucun mal:

1. Éloge du P. Caussin par le P. Labbe en tête d’une édition posthume de la Cour Sainte. Cf. Ménologe de l'Ass. de France, t. A, p. 4.

2. Il écrivait au P. Binet (10 mai 1637) : « Electionem Patris Ni Caussini ad munus confessarii regii magno meo gaudio accepi; gratulor vobis id oneris atque honoris fuisse virtuti non dispari commissum. » (Francia, Epist, Gen., t. V.)

3. Lettre du P. Général, Goswin Nickel, au P. Annat, au sujet de la succession du P. Jacques Dinet comme confesseur de Louis XIV, 2 février 1654 (Francia, Epist. Gen., t. VI).

4, Rapin, Hist. du Jansénisme, p. 371.

mais qu’une si grande affection entre des personnes de différents sexes étoit toujours dangereuse... Il conclut cependant qu'il ne falloit pas rompre cette liaison tout à coup, mais qu'il étoit à propos de la découdre”. »

Un empressement si extraordinaire à l’instruire des besoins de la conscience royale parut suspect au P. Caussin, et il se tint en garde contre des insinuations si délicates. « J’aperçus, dit-il, que ce grand génie ne se montroit à moi que par ce qu'il avoit de beau. On lui avoit dit que j’avois une simplicité toute religieuse; mais j'avois assez d'esprit pour voir venir de loin ses artifices et pour découvrir la jalousie qu'il vouloit colorer d’un faux zèle.

Le lendemain, 25 mars, le Père rejoignit Louis XIII à Saint- Germain et entendit sa confession; puis il revint à Rueil, où il apprit que le roi, très content de lui, le retenait comme son confesseur ordinaire. Il entra dans cette nouvelle charge, nous dit-il, « avec une grande résolution de servir à l'intérêt de Dieu et non pas à celui des hommes, étant bien déterminé de tomber plutôt par vertu que de s’affermir par lâcheté5 ». « Dans l'emploi que la Providence vient de me confier, écrivait-il au P. Général, je m'appliquerai à éviter toute faute... ; servir l'Église, la Compagnie et le bien public en m'acquittant avec grande fidélité de mes fonctions, tel sera mon unique souci; daigne Votre Paternité naider, me soutenir, me diriger par son autorité, ses conseils et ses prières£. » Le P. Vitelleschi, en répondant au P. Caussin, lui recommanda de se montrer, dans une position si redoutable, un digne enfant de la Compagnie de Jésus; en même temps il lui laissait toute liberté pour l'exercice de sa charge, voulant même que le Père considérât comme non avenues ses propres Tecommandations d'affaires quand il jugerait la chose peu agréable au roi où au cardinal”.

L. Quelques jours après la fête de l'Annonciation, le nouveau confesseur étant retourné à Saint-Germain vit avec surprise entrer dans sa chambre M. Sublet de Noyers, secrétaire d'État de la Guerre. Il venait l’avertir de la part du cardinal que la jeune fille dont on lui avait parlé était dans l'intention de quitter la

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