‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 54 sur 375 · Ibidem, note 5. — Cf. Oroux, op. cil., p · texte numérisé non relu

Ibidem, note 5. — Cf. Oroux, op. cil., p

7. Vitelleschi à Louis XIII, 4 décembre 1635 (Gallia, Epist. ad diversos, t. Il).

sans sortir de son rôle !. Quelques mois plus tard (12 mars 1636) il lui recommandait de porter son royal pénitent à donner enfin à ses peuples les bienfaits d’une paix honorable; toutefois, ajoutait-il, « ayez bien soin de ne tenter aucune démarche avant d’avoir montré ma léttre à l'Éminentissime cardinal-duc, à l'insu ou sans l'approbation duquel vous ne devez dire aucune parole ni faire le moindre pas dans cette affaire 2 5),

2. À cette époque une partie de l’Europe passait par de dures épreuves. Depuis que la France avait déclaré la guerre à l’Autriche, les succès militaires et diplomatiques étaient trop mêlés de revers pour faire oublier aux populations les maux dont elles avaient à souffrir. Elles supportaient en murmurant les sacrifices exigés de leur patriotisme, et la lassitude gagnait jusqu'aux sou-

-verains. Princes très catholiques et remplis du sentiment de leurs

devoirs Louis XIII et Ferdinand II n'étaient pas insensibles à la plainte grandissante de leurs sujets. La paix générale, vœu des peuples et des gouvernements, était aussi celui du père commun des fidèles. « Les cris et les gémissements de toute la chrestienté soupirante pour tant de misères, ruines et désolations… et resp1rante une bonne paix qui fût la fin de tant de maux, avoient vivement touché le cœur du Pape Urbain VIII qui, porté d’un désir et d'une affection paternelle de moyenner quelque repos de durée par quelque amiable traicté entre les princes chrestiens, sé résolut d’embrasser cette affaire à bon escient *. »

Le roi de France et l’empereur ayant bien accueilli la médiation du Pape #, le cardinal Ginetty fut envoyé comme légat de Sa Sainteté à Cologne où devait s'ouvrir le Congrès des plénipotentiaires catholiques. Dans la pensée d’Urbain VII, les nations protestantes devaient en être exclues; dans celle de Louis XIH, au contraire, le traité ne se pouvait conclure que conjointement avec la couronne de Suède et tous ses alliés; il se fit donc représenter par le marquis de Saint-Chamond à l’assemblée des protestants, réunis à Hambourg”. On n'était point encore arrivé à l'heure des concessions. À Hambourg comme à Cologne, on se contenta de discuter des questions préliminaires, sans aboutir ni à la paix ni mème à une trêve. Aussi bien, tandis que les ambas- . Vitelleschi à J. Gordon, 5 décembre 1635 (Francia, Epist. Gen., t. V).

. Du même au même, 12 mars 1635 (1bidem).

. Le Mercure françois, t. XXI, an 1636, p. 191, 192.

. Lettre du P. Général au P. Gordon, 12 mars, déjà citée. . Le Mercure françois, t. XXI, p. 192-194, 208.

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DEUX JÉSUITES VICTIMES DU CARDINAL. 83 ï

sadeurs de Louis XIII prenaient part aux négociations, son ministre, pour se rendre de plus en plus nécessaire, pressait avec activité les préparatifs d’une campagne prochaine !.

Disons-le, cette politique de Richelieu, dont les générations futures devaient recueillir les fruits, répondait mal alors aux aspirations d’un grand nombre de Français et de catholiques. « On avait peine à comprendre qu’il fût nécessaire à la splendeur dela monarchie de prolonger indéfiniment ces guerres ruineuses, qui, en abaissant la maison d'Autriche assuraient la prépondérance en Europe aux puissances protestantes?. » En même temps, de graves accusations s’élevaient contre le tout-puissant cardinal. N’était-ce pas lui, disait-on, qui ravissait l'affection du roi à sa mère condamnée aux humiliations d’un long exil, à son irère, plus inconséquent que coupable, à la reine dont l’union inféconde trompait depuis plus de vingt ans l’attente du peuple français ?

3. Tels étaient les principaux griefs articulés contre Richelieu quand le P, Gordon, frappé d’apoplexie, fut contraint de cesser les fonctions de confesseur qu’il exercait depuis dix-huit mois. Durant tout ce temps, il avait été fidèle à la recommandation du P. Général de ne traiter aucune affaire politique sans en avoir conféré d’abord avec le premier ministre. Se connaissant beaucoup d’adversaires, le cardinal avait toujours veillé à ne mettre auprès du roi que des personnes sûres et incapables de conirarier ses propres volontés. Or, à cette date (mars 1637), le choix du nouveau confesseur était d'autant plus important que Louis XIII subissait l'influence d’une femme remarquable par sa vertu, sa beauté et les charmes de son esprit, Marie-Louise de La Fayette, fille d'honneur d'Anne d'Autriche. Il ne la voyait que chez la reine, mais il se plaisait en sa compagnie, il avait avec elle de fréquents entretiens, et, la jugeant douée d’un grand bon sens et très discrète, il lui confiait ses pensées les plus intimes. Leurs longues conversations donnèrent de l’ombrage au cardinal; il devina qu'il en était parfois le sujet et qu'on ne parlait pas toujours à son avantage 4. 11 savait en effet M'° de

1. Cf. Bazin, Hist. de France sous Louis XLII, t. WI, p. 421.

2. Daniel, Une vocation et une disgräce à la cour de Louis XIIL, p. 9.

3. Louise Motier de La Fayette était fille de Jean de La Fayette seigneur de Hautefeuille et de Marguerite de Bourbon-Busset.

4. Grillet, Hist. du règne de Louis XIII, t. II, p. 6. Cet auteur, en plus des documents que nous citerons ici, avait sous les veux un récit très circonstancié

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La Fayette très attachée à la reine qui se plaignait de lui souvent, le redoutait et lui attribuait tous ses chagrins. Il prit done soin tout d’abord d’éloigner de la cour tous ceux qu'il supposait le desservir auprès de la jeune fille : le P. Ignace Armand, son directeur, l’évêque de Limoges, son oncle paternel, Me de Senecey, sa parente plus éloignée. Par ordre du ministre, le Père dut se retirer quelque temps à Lyon et M de La Fayette regagner son diocèse; la première dame d'honneur de la reine ne put garder son emploi que par la volonté de Louis XII. En même temps, Richelieu essayait de s’insinuer dans les bonnes grâces de la favorite, mais il y perdit sa peine. Louise de La Fayette n’aspirant déjà qu'à la vie religieuse, restait froide à ses avances et, sans craindre son pouvoir, elle découvrait librement au roi son despotisme et ses défauts. Quand il vit croître le crédit de la jeune fille et l'espoir que ses ennemis plaçaient en elle pour renverser sa fortune, le cardinal ne pensa plus qu’à faire rompre sans éclat une liaison si préjudiciable à ses intérêts. Pour Y parvenir, il lui fallait donner comme successeur au P. Gordon un homme simple et docile’ qu’il pût facilement dominer. Consulté à ce sujet, le chanoïine Des Claux, son confesseur, lui indiqua trois jésuites qui semblaient très éloignés par caractère des intrigues de cour et nullement portés à s’ingérer dans Îles affaires de l’État?. C'était le P. Louis de La Salle, supérieur de la maison professe, le P. Étienne Binet, provincial de France, et le P. Nicolas Caussin que le prince de Condé venait de placer auprès de son fils. Richelieu opta pour le dernier. Dans ses Mémoires, il avoue l'avoir conseillé à Sa Majesté, « sur la réputation de piété que l’on croyait être en lui à cause de son livre De la Cour Sainte qui avoit eu quelque vigueur parmi les personnes dévotes” ». Né à Troyes dans une, honorable famille, Nicolas Caussin fut formé de bonne heure à une robuste vertu. Son père, parfait homme de bien, surnommé le médecin charitable, et sa mère, chrétienne fervente, lui apprirent à craindre Dieu et à s'abstenir de tout péché. Le 23 septembre 1607, à l’âge de 24 ans, ilentrait au novicat de la Compagnie de Jésus. Jeune religieux,

M. de Lezeau, doyen du Conseil d'État et ami du P. Caussin. Le mémoire de M. de Lezeau n'a pu être retrouvé:

1. Lettre du nonce au card. Barberini, 17 juin 1636 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 83, f. 141, 142).

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