‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 57 sur 375 · TS DD · texte numérisé non relu

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l'en avait informé, et lui dit qu'il aurait dû s’en tenir à ce que lui avait mandé de sa part M. de Noyers; qu'il était inutile d'attendre le consentement de la famille puisqu'on avait celui du roi, « et qu'enfin il ne falloit pas laisser languir une affaire qui ne pouvoit ètre traitée trop promptement* ». Le Père fut sur le point de répliquer que « le Saint-Esprit ne se prend point à coups de canon », mais 1l se contint, et fit observer non sans malice que, tout le monde sachant qu'il avait été « donné au roi » par Son Éminence, il avait craint de la compromettre et de se rendre lui-même suspect en faisant des efforts « trop visibles », pour la servir en cette affaire. Richelieu convint qu’il avait raison, et le pria de ne plus s’en mêler”.

Aussi bien, après avoir attendu quelque temps l'autorisation paternelle, Louise de La Fayette prit d’elle-mème son parti et demanda à être recue au monastère Sainte-Marie de la rue Saint- Antoine. Ce fut le P. Caussin qui en avertit le roi. Louis XIIT, après quelques hésitations, donna son consentement. « Allez, Lui dit-il quand elle vint prendre congé de luï, allez où Dieu vous appelle. Il n'appartient pas à un homme de s'opposer à sa volonté. Je pourrais de mon autorité royale vous retenir à ma cour et défendre à tous les monastères de mon royaume de vous recevoir: mais je connais cette sorte de vie si excellente que Je ne veux pas avoir à me reprocher un jour de vous avoir détournée d’un si grand bien. »

Le roi continua de voir de temps en temps la jeune novice au parloir de la Visitation“. Le cardinal s’en plaignit au P. Caussin etle pressa de représenter à Sa Majesté qu'il ne convenait pas à un grand voi d'occuper son esprit de cette petite fille’, Mais un autre souci, on le devine, agitait Richelieu; il se défait des longs entretiens de son maitre avec la visitandine, ne doutant pas qu'on ne travaillât à l’indisposer contre lui. Il feignit même de croire qu’on tramait sa perte et dit au Père « que plusieurs s'étoient venus offrir de mourir avec lui, jugeant qu'il y avoit quelque grand dessein caché là-dessous. — Eh quoi! Monseigneur, repartit Caussin, qu'y auroit-il à craindre? M" de La Fayette est une enfant. — Vous n'êtes pas méchant, lui dit le car-

. Griffet, p. 70. — Cf. Mémoires de M" de Molteville, p. 32-34.

. Lettre à M2° de La Fayette (Daniel, p. 44-50).

. Griffet, p. 12. Louise de La Fayette entra à la Visitation le 19 mai 1637.

. Il en sortait toujours meilleur, nous dit le P. Caussin.

. Sur les relations de LouisXIIL avec la jeune Visitandine, voir De Rochementeix, Nicolas Caussin et le cardinal de Richelieu, p. 133-135.

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dinal en lui serrant la main. Il faut que je vous apprenne la malice du monde. Songez que cette enfant a pensé tout gâter!. »

Comme le confesseur du roi dirigeait aussi l’âme de la novice, Richelieu témoigna le désir de se lier étroitement avec lui, « sans toutefois que le roi s’en aperçut »; tous les précédents confesseurs, lui dit-il, en avaient usé de la sorte?. « Il lui offrit en même temps toutes les grâces qu'il pouvoit désirer pour lui, pour son Ordre et pour ses parents, s’il vouloit l’appuyer auprès de Sa Majesté. Non content de lui offrir des grâces, il le pressoit de lui en demander, et lorsque le Père en sollicitoit quelqu’une, ce qui arrivoit très rarement, Richelieu paroissoit plus content de pouvoir la lui accorder que l’autre ne l’étoit de l'avoir obtenue?. » Le confesseur recevait avec beaucoup de respect toutes les avances du cardinal dont il se déclarait « le très fidèle serviteur », mais sans se lier par aucun engagement. Il évitait, autant que possible, d’avoir quelque obligation à un homme .dont il n’approuvait pas la conduite et contre lequel il avait même résolu de faire de vives remontrances à Louis XIIE.

5. Quand le P. Caussin avait été choisi comme successeur du P. Gordon, celui-ci lui avait remis une lettre anonyme qu'il venait de recevoir et l'avait engagé à en faire usage pour éclairer la conscience de son pénitent. Dans cette lettre on menaçait des jugements de Dieu le confesseur du roi s’il n’avertissait pas Sa Majesté de l'obligation où elle était « de remédier à la misère du peuple, à l'oppression de tous les ordres de l’État, à l’exil de la reine mère et aux divisions de la famille royale ». Imbu déjà des mêmes idées, Caussin se promit bien d’être fidèle à ce devoir, dût-il lui en coûter la vie.

Quelque temps après, il reçut, un autre avis encore plus digne d'attention. Quand, le 26 juillet, Louise de La Fayette prit l’habit, la reine lui donna le voile et Le P. Caussin prêcha. La cérémonie terminée, Anne d'Autriche le fit appeler pour un entretien confidentiel. « Elle lui dit qu’il étoit obligé en conscience de représenter au roi que son peuple étoit surchargé de tailles et d’impôts pour subvenir aux frais d’une guerre qui n'étoit excitée et

1. Lettre à M'!° de La Fayette (Daniel, p. 76-77). 2. Ibidem.

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