‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 79 sur 375 · Dufour et Rabut, p · texte numérisé non relu

Dufour et Rabut, p

3. Lettre de l'ambassadeur de Savoie, comte Moretta, 6 janvier 1640 (Torino, archiv. di Stato, Francia, Lettere ministri, mazzo 41). Cf. Dufour et Rabut, p. 106.

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Pignerol pris sans raison par la France et gardé par elle sans aucun droit. Les Français n’ont-ils pas toujours prétendu que le Piémont leur appartenait à meilleur titre qu’à la Savoie? Faire peur aux Espagnols par les Français et aux Français par les Espagnols fut la politique constante du due Charles-Emmanuel ; telle doit être celle de ses successeurs". » Richelieu connut-il l'existence et la teneur de ce mémoire? De toutes façons, il n’ignorait point les sentiments patriotiques de l’auteur. M. de La Cour, successeur de d’'Hémery dont la régente avait obtenu le rappel, reçut donc l’ordre de demander au nom de Son Éminence,

l'expulsion du P. Monod de Montmélian, ne croyant pas, disait-il,

la place en sûreté tant que le jésuite y demeurerait. En même temps le cardinal menaça Madame Royale de l’abandonner complètement si elle ne prenait une prompte décision, conforme à ses désirs. Déjà il avait entamé des négociations avec le cardinal Maurice et le prince Thomas et essayé de les gagner par l’espoir d’un partage entre eux et la duchesse. Il leur offrit Le Piémont, en laissant à la régente la Savoie, et il leur garantit l'héritage entier de la maison de Savoie au cas où Le jeune Charles- Emmanuel viendrait à mourir. « H ne faut pas, écrivit-il au comte d’'Harcourt, que Madame puisse descouvrir le fonds de ce traité.… ; il faudra la repaistre de la continuation des négociations générales sans luy dire rien du fonds ?. »

La duchesse ne pouvait plus reculer; le P. Monod dut être sacrifié à la raison d’État; on décida qu'il quitterait le château de Montmélian et serait interné dans celui de Miolans. En annoncant à son ambassadeur, le comte Moretta, la résolution qu’elle avait prise « de donner tout contentement au roi et à Monseigneur le cardinal », Madame Royale ajoutait : « On lèvera par ce moyen la pierre d’achoppement qui arrestoit le cours de nos intérêts et qui nous empeschoit les effets que nous devions espérer de la bonté et justice de Sa Majesté 3. »

Le changement de domicile ne pouvait se faire sans l’auto-

risation du Pape“; on la recut le 48 mai 1640, et le même jour

le P. Monod fut conduit à Miolans, prison d'État qui n'était

1. Mémorandum de Monod, 30 mai 1639 (Dufour et Rabut, p. 109-120).

2. Lettre de Richelieu au comte d'Harcourt, s. 'd., fin d'octobre 1639 (Bibl. nat., f. Dupuy, t. 767). Cf. Avenel, op. cil., t. VI, p. 391.

3. Lettre de la duchesse au comte Moretta, 10 mars 1640 (Torino, Archiv. di Stato, Francia, Lettere ministri, mazzo 37). :

4. Lettre du cardinal Barberini à M5 .Scotti, 20 décembre 1640 (Torino, Archiv. di Stato, Materie ecclesiastice, n. 6, mazzo 1, cat. 31).

destinée qu'aux criminels et dont le seul nom était en Savoie un véritable épouvantail, comme celui de la Bastille en France. Afin d’adoucir autant que possible Les rigueurs d’un tel séjour, on lui permit d’avoir un compagnon jésuite et un domestique!.

A la mort de Richelieu (# décembre 1642) le P. Monod ne vit pas, comme tant d’autres victimes du vindicatif cardinal, s'ouvrir les portes de sa prison. Les ministres de France ne négligeaient aucune occasion de le réclamer à la régente, et celle-ci n’osait prendre aucune détermination en sa faveur, persuadée qu'il était, sous sa garde, à l'abri des tentatives qu’on pourrait faire pour se saisir de sa personne. En vain le P. Général écrivit-il à Mazarin et au prince de Savoie; ses démarches n’eurent aucun succès?. L’isolement auquel il était condamné devint extrèmement pénible au prisonnier. Au mois de mars 1644, il tomba gravement malade et manifesta le désir

d’avoir auprès de lui un prêtre de son Ordre pour l’assister,

Le P. de Beausse, recteur du collège de Chambéry, se rendit à Miolans et le soutint dans ses derniers combats.

Pierre Monod mourut le 31 mars, en protestant de son dévouement à Son Altesse Royale. Il chargea même le P. de Beausse de lui exprimer sa reconnaissance pour les soins et les bienfaits dont elle n'avait cessé de le combler, et de l’assurer qu'au paradis il ne manqueraït pas de prier pour elle et toute sa maisons.

1. Lettre du P. Général au P. Monod, 4 octobre 1642 (Lugdun. Epist. Gen., t. IT).

2. Lettre du P. Général à Mazarin, 26 septembre 1643 (Epist. Gen. extra Italiam, t. II). Lettres du même au prince Thomas, 25 juillet; au prince Mauricé, 26 septembre 1643 (Mediol. Epist. Gen., t. 1641-1647).

3. Cf. Dufour et Rabut, op. cit., p. 130. — Dufour et Rabut, Miolans, prison d'État, p. 87-92.

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