‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 78 sur 375 · De la même au même, 5 février 1639 (Zbidem · texte numérisé non relu

De la même au même, 5 février 1639 (Zbidem

16. Madame Royale se trouvait en effet dans une situation très critique. Ses beaux-frères, le cardinal Maurice et le prince Thomas, voulant s'emparer de la Régence, s'étaient concertés avec le marquis de Léganez, gouverneur espagnol de Milan, pour chasser les Français du Piémont. Malgré l’armée du cardinal de La Valette, ils s'emparèrent de plusieurs places et même de Turin. En vain la duchesse, qui s'était retirée à Suse, écrivaitelle lettre sur lettre à Louis XIIT pour lui demander des secours, Richelieu se contentait de la rassurer en lui disant que son frère ne l’abandonnerait pas; mais le cardinal exigeait qu’elle lui livrât les villes fortifiées du Piémont qui lui restaient encore. Pour vaincre ses hésitations il lui fit proposer une entrevue avec le roi. Dans la conférence de Grenoble il s’efforça de lui persuader qu’elle ne pouvait sortir d’une situation désespérée qu’en se jetant sans réserves dans les bras de la France. Il lui demanda même de lui remettre le château de Montmélian en dépôt et son filsen otage, sans quoi elle ne pourrait plus compter sur l'appui de Sa Majesté ‘. La duchesse, avec sa présence d'esprit naturelle, répondit que «le roi son frère était trop intéressé à ne pas laisser le Piémont passer aux mains des Espagnols, pour négliger de la défendre; trop généreux et trop juste pour, abandonner sa sœur et son neveu dans une guerre où lui seul les avait engagés; que le jeune duc malade à Montmélian était hors d'état d’en sortir ; quant à cette forteresse, dernier asile de sa famille, elle manquerait à tous ses devoirs si jamais elle venait à s’en dessaisir?. »

Richelieu, habitué à voir tout fléchir devant son impérieuse volonté, s’en pritau P. Monod de son humiliante défaite. On racon tait que Madame Royale avait eu, à Montmélian, une entrevue secrète avec son ancien conseiller et que celui-ci l'avait engagée à une résistance énergique ?. La régente s’empressa de démentir ce bruit; aussi bien elle avait tant de fois consulté le Père dans des circonstances analogues, qu’elle savait maintenant à quoi s’en tenir. Sur sa demande, le 30 mai 1639, il lui avait adressé un long mémoire dans lequel il exposait les dangers politiques que la maison de Savoie pouvait courir à cette époque et les moyens d’y remédier. « Rappelez-vous, lui disait-il,

1. Lettre de M: Scotti au cardinal Barberini, 3 octobre 1639 (Archiv. Vat., Nunz. di Francia, n. 86, f. 32-33). Cf. Griffet, op. cil., p. 215, 220.

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