‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 86 sur 375 · FONDATION D'UN SECOND COLLÈGE À LYON · texte numérisé non relu

FONDATION D'UN SECOND COLLÈGE À LYON

Le 29 du même mois on acquit, au prix de vingt-neuf mille livres, la maison du sieur Loubat-Carle, située rue du Bœuf, sur l'emplacement de laquelle devait s'élever le nouveau collège. Le Chapitre de la primatiale donna toute permission, et désirant contribuer à l’entreprise, il fit plus tard l’abandon de lods qui lui étaient dus sur cette propriété et montaient à quatre mille neuf cents livres!. Il se réserva toutefois le paiement d’une rente de cent livres, exigea la pose de ses armoiries dans un lieu apparent du collège et demanda des prières pour le repos de l'âme de chaque chanoïne qui viendrait à décéder. En attendant que la maison Loubat ait été convenablement aménagée, les

Jésuites furent installés provisoirement dans un immeuble voisin

par le gouverneur de Lyon, le 12 juin 16312. Ils ne prirent possession de leur nouvelle demeure qu’au mois de novembre, et ce fut sans doute à cette époque que les classes furent ouvertes ; aucun document n'indique la date précise : « Cette année (1631), rapportent les manuscrits du P. Ménestrier, on donna commencement au collège de Notre-Dame, où l’on mit seulement les trois classes de grammaire, pour ôter aux jeunes enfants l'incommodité de traverser quatre fois la ville, qui est d’une longue étendue, et l’étroit pont du change si dangereux par l'encombrement qu’on y trouve toujours? » Nous savons par une lettre du P. Général que si les débuts furent modestes, on augurait bien de l'avenir. Cependant Vitelleschi n’accepta pas sans de longues hésitations le contrat fait avec la ville ; reculant devant des clauses qui entravalent la liberté de la Compagnieÿ, il ne le ratifia qu’en 1636 et exigea que le cardinal archevêque de Lyon et ses successeurs fussent seuls juges de l’exécution des conditions onéreuses6. Commencé avec des ressources tout à fait insuffisantes, le collège Notre-Dame-de-Bon-Secours devait compter sur la Providence et la charité publique. Les supérieurs de la Compagnie lui vinrent en aide, et, jusqu’en 1634, le collège de la Trinité pourvut

1. Consentement du chapitre, 12 nov. 1630 (Archives du Rhône, G. Actes capitulaires de Saint-Jean, reg. 79, fol. 245). — Remise du droit de Lods, 13 juillet 1632 (1bidem, reg. 80, fol. 131).

2. «De initiis et incrementis collegii Lugdunensis B. V. Auxiliatricis » (Lugdunun., Fund. Colleg., t. V, n. 52).

3. Cité par Perrin, La culture des lettres et les établissements d'instruction à Lyon, p. 124-125.

4. Lettre du P. Général au P. Barnaud, 8 mars 1632 (Lugdun., Epist. Gen., t. Il).

id du même au même, 17 avril 1632, 8 avril 1633, 4 nov. 1632 (Ibidem).

6. Acceptation du collège de Bon-Secours, 24 janvier 1636 (Patentes accept. colles. fol. 172).

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à l'entretien des régents!. Charles Camus, seigneur du Péron, leur donna une rente annuelle de quatre cents livres?, et son frère Maurice leur fit don de douze cents livres tournois pour la construction, dans l’église déjà bâtie, d'une chapelle dédiée à ‘saint Ignace et à saint Francois-Xavier?. En 1634, et pour une fois seulement, les chanoines comtes de Saint-Jean leur remirent la redevance de centlivres due au chapitre. C’étaient de faibles secours et la fondatrice, M®° de Chavrière, mourut avant d’avoir vu son œuvre assurée. Elle était tombée dangereusement malade en 1634. Le P. Général lui accorda, pour elle et les membres de sa famille, le privilège de la sépulture dans l’église du collège“. Elle y fut inhumée en 1635.

__ Durant plusieurs années encore, la situation resta précaire ; mais on ne cessait d'espérer des jours meilleurs. En 1642, Louis XIII accompagné de. Richelieu s'arrêtait à Lyon en se rendant en Catalogne. Le P. Labbé, recteur de Notre-Dame, présenta au cardinal un écrit intitulé Testamentumpoliticum. Le ministre en fut si charmé, dit une ancienne relation, « qu’il promit de proeurer un bienfait du roi au second collège. Il en parla en effet à M. De Noyers qui répondit qu’on pourroit assigner à cette maison deux mille livres chaque année sur le domaine du Forêt. M. le cardinal étant arrivé à Perpignan tint parole et envoïa audit P. Labbé brevet du Roy... » Malheureusement le domaine du Forêt était aliéné et Louis XIII mourut avant le règlement de l'affaire. Les Jésuites ne perdirent pas confiance ; ils supplièrent Louis XIV et la reine mère « de faire jouir le second collège du don qui lui avoit été accordé par Louis-le-juste. On eut égard à leur requête et, en conséquence, ils obtinrent un arrêt du conseil le 149 décembre 1643, revêtu de lettres patentes datées de mars 164%, adressées à la chambre des comptes, par lesquelles Sa Majesté, de l’avis de la reine régente, donna et accorda aux Jésuites dudit second collège quinze cents livres par an, à prendre sur les fermes du contrôle de Lyon°. »

1. Lettre du P. Général au P. Barnaud, 18 mars 1632, 10 mars 1634 (Lugdun. Epist. Gen., t. Il).

2. Acte de donation par Charles Camus du Péron (Archiv. du Rhône, D, 198, pièce 11).

3. Donation par Maurice Camus d’une somme de 1.200 livres (Ibidem, D, 203).

4. Lettres du P. Général au P. Barnand, 24 mars, 81 juillet 1634 (Lugdun. Epist.

$ Gen., t. Il). Cf. Perrin, op. cül., p. 124, note. Péricaud, Notes et documents pour

servir à l'histoire de Lyon sous Louis XIII, p. 240.

5. Historique du don d’une pension de quinze cents livres sur la généralité de Lyon (Archiv. commun. de Lyon, DD, inventaire Chappe, volume 20, pp. 279-285).

DREN PRET.

Lorsque Louis XIV autorisa en 1647 l'établissement des classes « d'humanités et de rhétorique à Notre-Dame-de-Bon-Secours!, le consulat consentit à déroger en ce point au contrat du 17 septembre 1630. IL vota même, pour l'entretien des régents, une pension de douze cents livres portée plus tard à deax mille, mais il eut soin de stipuler qu’on n’établirait point de philosophie ni de théologie, et qu'en sortant de rhétorique les élèves passeraient au collège de la Trinité?

3. Trois années durant, de 1631 à 163%, nous ne trouvons plus aucune fondation de collège dans PAssistance de France. En 1634, les Jésuites en acquirent quatre nouveaux, ceux de Nimes, dé Montauban, de Chalon-sur-Saône et de Clermont-Ferrand.

Quand ils furent introduits au collège des Arts à Nimes, les religieux de la Compagnie étaient depuis longtemps connus dans cette ville. Les registres capitulaires font mention des prédicateurs qui venaient l’évangéliser chaque année depuis la fin du xvr° siècle‘. Nous y relevons les noms des PP. Raymond des Étroits, Prévost, Jacquinot, Coton, Armand, Jacques Gaultier, (nitobhe Clémenson, Grangier, Michaëlis, Jacques George et Isnard. Nous avons signalé nous-mêème les cure à du P. Coton avec le ministre Chamier en 1600, l'établissement d’une résidence et un essai de collège en 1609, les menées des calvinistes contre le P. George qui fut obligé de quitter la ville en 1621 4

Les Jésuites reparurent en 1625, grâce à la protection de l’évèque Claude de Saint-Bonnet de Toiras, et contribuèrent avec les Récollets à Ia restauration du catholicisme dans le diocèse? Mais la résidence ne fut rouverte qu'en 1629 à la suite de l'Édit de Paix donné par Louis XIII. L'assoupissement des vieilles querelles allaït bientôt permettre à la Compagnie de se livrer officiellement à l'instruction de la jeunesse dans l’une des villes de France les plus imbues de protestantisme.

Nimes avait eu depuis le commencement du x siècle une école publique placée sous l'autorité du chapitre de la cathédrale. Cette école fut érigée en collège et confiée à la direction d’un

1. Patentes de Louis XIV pour l'établissement des humanités et de la rhétorique (Archiv. du Rhône, D, 198).

2. Délibération du consulat, 3 décembre 1647 Ékrckiv. comm., BB, 201, fol. 192). à Registres capitulaires (Archives du Gard, G, 592-647). - Voir tome IT, p. 551, 568-586; t. LIT, p.543. Cf. Ménard, Histoire de la ville de N “a, LEE 430.

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