‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en France (volume 3)Chapitre 96 sur 375 · De ortu · texte numérisé non relu

De ortu

2. Accord entre le P. Recteur et les maîtres protestants, 20 août 1640 (Archives de Tarn-et-Garonne, D).

Les articles de l'accord ayantété approuvés par le P. Provincial, on procéda d’une façon très minutieuse au partage des bâtiments, le 8 février 1641. Par un acte du 2 avril suivant, les parties se promirent réciproquement « de ne se troubler point les uns les autres aux cartiers, classes et logemens qui leur sont demeurés par lesdites conventions, le tout sans préjudice de ce qui est demeuré commun entre eux ! ».

‘Signe et preuve d’un mutuel bon vouloir, cette transaction ne parvint pas cependant à empêcher les perpétuels conflits que provoquait le contact journalier, dans un même établissement scolaire, d'étudiants de confessions différentes. L’historien de Mautauban a raconté plusieurs incidents dont 1l fut témoin. Retenons celui-ci qui prouvera que les passions religieuses étaient loin d’être calmées. Suivant leurs usages, les Jésuites exercaient leurs élèves à la déclamation. Une fois, après entente entre consuls catholiques et réformés, ils décidèrent de donner une représentation dramatique et firent dresser un théâtre dans la cour commune du collège. « Mais il fut à peine en estat que les protestans, suscités par un ministre nommé Gaillard, le renversèrent prétendant que les consuls ne pouvoient donner cette permission. Plusieurs des jeunes acteurs qui répétoient leurs rolles furent blessez de coups d’espées et de bayonnettes; Les autres furent poursuivis jusque dans l'église où l’on faillit assommer à

coups de pierres le P. de Saint-Martin qui disoit la messe. On

ne se contenta pas de cela. On courut à la porte de l'escalier des Jésuites qui, voyant qu’on l’enfonçoit et qu'on y mettoit Le feu, se sauvèrent dans la tour et sonnèrent leur cloche pour appeler du secours. Les magistratss’y transportèrent ; mais ils furent imsultez d’une manière si outrageuse, que nostre prélat m'obligea d’y courir avec ce que je pus assembler de gens résolus. » Ces défenseurs improvisés de l’ordre et des Jésuites se saisirent d’un étudiant calviniste des plus forcenés, un nommé Gellius, et l’emprisonnèrent; mais ce ne fut pas pour longtemps : les factieux eurent vite fait de courir à la prison, d’en forcer les portes, de délivrer leur camarade et Les autres détenus « qu’ils menèrent en en triomphe par toute la ville, crians : Vive la sainte liberté de Montauban ? ». f

Des conflits du même genre, moins graves sans doute, se renouvelaient à toute occasion; ils ne cessèrent qu’en 1659

1. Acte du 2 avril 1641 (Archives de Tarn-et-Garonne, D). 2. Le Bret, Récit de ce qu'a élé et de ce qu'est présentement Montauban, p. 25.

lorsqu'un arrêt du Conseil eut transféré à Puylaurens l’Académie protestante et abandonné aux seuls Jésuites la direction du collège. Vers la même époque, Pierre de Lalain étant mort, les religieux entrèrent en jouissance de la fortune que son frère Nicolas leur avait léguée 1.

5. En acceptant à Montauban et à Nimes des établissements scolaires mi-partis, la Compagnie s'était pliée à des circonstances qui par bonheur se présentèrent rarement. Il lui fut possible, encore en 163%, d'ouvrir deux autres collèges dans les formes ordinaires. À Chalon-sur-Saône, longtemps désirée et appelée, puis ensuite combattue, on ne l’apprécia bien que quand on la vit à l’œuvre. Cette ville avait eu dès le xr° siècle une école épiscopale célèbre où saint Hugues, le futur abbé de Cluny, fit ses premières études sous la direction de son oncle, comte de Chalon,et évèque d’Auxerre?. Devenue municipale au siècle suivant tout en restant soumise à l'autorité ecclésiastique, l’école chalonnaise prit le nom de collège après l’ordonnance d'Orléans (1560), et dès lors le choix du précepteur passa de l’évêque au conseil de ville. D'abord florissante, l'institution ne comprenait à la fin du xvr° siècle qu’une cinquantaine d'élèves: sa décadence était due aux discordes civiles et aussi à la multiplicité de petites écoles rivales, si nombreuses qu'il fallut défendre aux mattresécrivains d'enseigner les lettres . Pour relever son collège, la municipalité de Chalon, comme tant d’autres dans la première moitié du xvu° siècle, ne vit rien de mieux que de faire appel aux Jésuites. Aussitôt après leur rétablissement par Henri IV, et malgré l'opposition des calvinistes de la ville, une assemblée générale des habitants (29 maï 1604) décida d'entamer des négociations avec la Compagnie; mais les supérieurs occupés alors à la reconstitution des anciens collèges et disposant d’un personnel restreint, ajournèrent Le projet à des temps meilleurs #.

En 1608 sur l'initiative du maire, le sieur Perrencq, nouvelle tentative appuyée par une partie notable de la magistrature et de la bourgeoisie, contrecarrée par les parlementaires et .les

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