‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 111 sur 457 · AU DS 7/7 LR NN NN, C2 0 2. ES · texte numérisé non relu

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ses mensonges gagna des cœurs à ceux dont 1l aurait voulu ruiner la réputation ». Peu de temps après, « dénoncé pour plusieurs propositions hérétiques qui lui étaient échappées dans un sermon, il fut arrêté et mis en prison. Ses amis obtinrent sa liberté, mais lui retirèrent leur confiance. Et lui, bientôt, jetant le masque, se réfugia à Francfort où il se déclara ouvertement luthérien ! ».

A une hostilité qui revêtait toutes les formes, le P. Viola et ses religieux n’opposèrent que la patience. Au milieu des épreuves leur vocation s’affermissait. D'ailleurs ils avaient autour d'eux des hommes de mérite, qui les connaïssaient mieux, et ne les abandonnèrent pas dans l’adversité. Le docteur Le Picart, entre autres, les soutint de ses conseils et de son influence avec un admirable dévouement?. Un autre docteur en théologie, directeur d’un collège, se trouvant un jour à la porte de son établissement pendant que l’économe recueillait, suivant l’usage, la rétribution scolaire, aperçut deux scolastiques qui s’approchaïent pour verser ce qu'ils devaient : « N’êtes-vous pas, leur dit-il, de la Compagnie de Jésus? » Sur leur réponse affirmative il les exempta de rien payer, les emmena dans sa chambre, les entre- ‘tint familièrement et leur promit son ferme appui. Quant à l’évêque de Clermont, qu'on avait essayé de circonvenir, si l'on parvint à refroidir? quelque temps son zèle, on ne put du moins jamais le détourner de l'œuvre charitable qu'il avait entreprise, ni détruire en lui cette affection dont nous le verrons plus tard donner aux Jésuites les preuves les plus convaincantes. Gomme le P. Supérieur, en qualité d’étranger, se trouvait parfois très embarrassé, craignant de froisser, malgré lui, bien des susceptibilités, le dévoué prélat venait à son secours et lui indiquait la marche à suivre pour sortir des pas difficiles. Afin de triompher des animosités qui se manifestaient jusque dans le sein du Par-

1. Polanco, Chronicon, Il, 87. — 2. Polanco, Chronicon, L 419;

3. C’est l'expression même employée par Polanco : « Episcopo etiam Claramontano frigidam adhibuerunt; ille tamen non potuit.. a sua deliberatione revocari, quamwvis aliquandiu tepidior fuerit » (Chronicon, I, 420). Le P. Viola lui-même, qui était en cause, ne parle pas autrement : « lentescit animus ejus » (Litt. quadr., I, 544). Nous n'avons pas à insister sur cette tiédeur passagère qui fut sans conséquence pour la suite des relations de M5 du Prat avec la Compagnie. Nous n’avons d’ailleurs à ce sujet que des données assez vagues. Le P. Viola se plaignit plusieurs fois à saint Ignace des lenteurs et des tergiversations de l'évêque à propos d'une maison qu’il avait promise (Voir lettre du 17 fév. 1552 dans Züét. quadr.., T, 541-545), Mais comme le font remarquer les éditeurs des Monumenta, d'après les lettres de saint Ignace, le P. Viola, nature maladive, avait le caractère un peu trop chagrin. De son côté M: du Prat « était jaloux de ses droits, indépendant et tenace même dans ses bonnes œuvres ». Enfin il avait à tenir compte de son chapitre, l'hôtel de Clermont étant bien d'Eglise; puis il devait souffrir comme tout le monde de la misère du temps.

lement, il conseilla de s'assurer à la cour de puissants protecteurs qui prendraient au besoin, près du roi, la défense de la Compagnie.

Déjà, dès 1549, Ignace de Loyola avait écrit au nonce apostolique et à l’évêque de Mâcon, pour solliciter leur bienveillance. Le nonce s'était toujours montré favorable aux Jésuites de Paris. Il prit en main leur cause, et tout faisait présager une heureuse issue de ses démarches auprès du roi, lorsque la mort du Souverain Pontife l’obligea de retourner en Italie. L’évêque de Mâcon, Pierre Duchâtel, agit d’une manière toute différente. Il protesta, devant plusieurs personnes de son entourage, que loin d’aider la Compagnie, il la desservirait plutôt, attendu, disait-il, que sous couleur de religion ces nouveaux venus mangeaïient le pain des pauvres : « Il vaudrait mieux, ajoutait-il, que ces religieux et beaucoup d’autres fussent occupés à bècher la terre. » D'ailleurs « il savait quel était le fondateur du nouvel Institut, un certain Ignace, un espagnol, un ennemi de la France ». Aux côtés de l’évêque se trouvait un homme très distingué, de science et de vertu, Pierre Danès, qui avait été ambassadeur du roi très chrétien au concile de Trente ?. Il se fit, devant M" Pierre Duchâtel, l’avocat des Jésuites, dont il espérait beaucoup pour le bien de la France. IL loua les mérites de Claude Le Jay, de Jacques Lainez et d’Alphonsé Salmeron, leur doctrine et leur sainteté ; il rappela leurs œuvres et leurs discours, Les maisons de leur Ordre qu'il avait visitées en Italie, les travaux de leurs confrères en Portugal et en Espagne. « Ce bon et très savant homme, rapporte le P. Polanco, parla avec tant de chaleur et d’à propos qu’on l’aurait cru un défenseur aux gages de la Compagnie. » Néanmoins tout ce qu’il put dire fut inutile, l’évêque de Mâcon, dont l'esprit avait été prévenu par de faux bruits, persista dans ses sentiments d'opposition *.

6. Au milieu de toutes ces épreuves, M‘ du Prat, dans ses fréquentes excursions à Paris, se sentait et se montrait de plus en plus affectionné à ses hôtes, avec lesquels il aimait à s’entretenir de tout ce qui concernait la Compagnie de Jésus. « IT était très ému de la lecture des lettres adressées à toutes les maisons de la Société, et dans lesquelles on racontait les choses édifiantes

1. Lit. quadr., T, 300. Chronicon, I, 418, 420. 2. Devenu évêque de Lavaur en 1557, il se démit de son évêché en 1576 et mourut l’année suivante à Paris. — 3. Polanco, C'hronicon, I, 421.

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arrivées en divers pays. Quant à celles qu’il recevait personnellement du P. Ignace, il les trouvait remplies d’un souffle divin et en était profondément touché. » IL songeait dès Lors à faire de la communauté de Paris la base des grands et généreux desseins qu’il avait conçus. Son intention bien arrêtée était de lui céder non seulement l’usage, mais la propriété de son hôtel. Il laissait même entrevoir qu'il comptait un jour affecter des revenus à l’entretien des étudiants. Plusieurs autres personnes avaient aussi manifesté le désir d'aider cette fondation de leurs deniers ; mais toutes ces bonnes volontés se heurtaient à des obstacles dont le temps seul et la patience devaient avoir raison '. Il fallait d'abord qu'un des Pères eût une procuration en règle, afin de pouvoir agir au nom du P. Général; il était ensuite nécessaire que ce procureur füt profès de la Compagnie; on exigeait enfin pour la communauté, sinon la qualité de français de chacun des membres, au moins un titre commun de naturalisation. Sans la réunion de ces trois conditions indispensables, rien ne pouvait être exécuté avec succès. La première avait été remplie dès le commencement de l’année 1550 : le 17 janvier, Le P. Viola avait reçu une procuration qui lui permettait d'acquérir et de recevoir, au nom du P. Général et de la Compagnie, une maison à l'usage des scolastiques, et de passer à cet effet tous les contrats nécessaires et opportuns?. Quelques mois après, en vue de réaliser la seconde condition, des lettres patentes furent envoyées de Rome par lesquelles le même Père Viola, admis comme coadjuteur spirituel en 1547, était autorisé à prononcer les vœux de profès entre les mains d’un prélat-de son choix. Le P. Ignace lui en adressait aussi la formule, et lui conseillait de les faire en présence de l’évêque de Clermont. Cette marque de déférence envers un si généreux bienfaiteur était bien de nature à l’affectionner davantage à la Compagnie. Le prélat aurait aimé à présider une cérémonie qui devait être, en France, la première de

1. Polanco, Chronicon, 11, 88. Epist. mixt., V, 691. Lettre d'Ignace à l’évêque de Clermont (Mon. 1gnat., s. 1, t. II, p. 666).

2. Instrumentum procuratorium (Mon. Ignat., S. 1, t. IL, p. 657).

3. Lettre d’Ignace au P. Viola pour lui annoncer son admission aux vœux de profès, 22 fév. 1550 (Decrela et Instructiones, 1540-1573, f. 22). Lettres d’Ignace et de Polanco au même touchant la cérémonie de sa profession (Mon. 1gnat., s. 1, t. IE, p. 655, 656, 672, 673, 683, 684). Le P. J.-B. Viola avait d’abord fait les vœux simples de coadjuteur spirituel. La-lettre d’Ignace l'admettant à ce degré est du 25 août 1547 (Decreta et Instr., fol. 19). À cette page des Decreta, on trouve les patentes d’Ignace (20 mov. 1547) au P. Paul d'Achille, au même sujet, et à la suite on lit : « Alise ejusdem exempli litterae oct. cal. 7 ?"* MD.LXVIT transmissae fuerunt ad magistrum Iohannem de Violeis. »

ce genre; mais, à son grand regret, le mauvais état de sa santé le priva de cette joie. Il pria l'abbé de Sainte-Geneviève de vouloir bien le remplacer. Le 16 août, qui était un samedi, le P. Viola, après la messe, lut à haute voix, en présence de toute sa communauté et d’un grand nombre d'amis, la formule de profession, écrite de sa main, et qu'il remit ensuite au célébrant. « Cette solennité fit comprendre, à ceux qui semblaient ne pas le croire, que la Compagnie de Jésus était un véritable Ordre religieux. Afin qu’il ne restât aucun doute à cet égard, on expédia de Rome, non seulement la première et la seconde bulle de confirmation de Paul III, mais aussi celle que Jules II venait de publier, le 21 juillet; Le tout en pièces authentiques, avec les lettres apostoliques confirmant les privilèges de la Société!

Il ne restait donc plus que la troisième condition : obtenir le droit de naturalisation, qui permettrait à la Compagnie d'acquérir des biens et de posséder des revenus; mais la chose devait souffrir beaucoup de difficultés, qu'on ne pouvait vaincre sans se ménager de loin les plus hautes protections. Le cardinal de Guise s'étant rendu à Rome pour l'élection du nouveau Pape, M°° du Prat demanda avec insistance que Le P. Général ne laissät pas échapper cette occasion de recommander les Jésuites de Paris à celui qui tenait la première place dans les conseils du roi?.

7. Charles de Guise, futur cardinal de Lorraine et protecteur de la Compagnie de Jésus en France, mérite une mention spéciale dans cette histoire. Né au château de Joinville, le 17 février 1525, il appartenait à la branche cadette de la maison de Lorraine qui, au xvi° siècle, pendant trois générations successives, eut le privilège de donner au pays les plus habiles politiques et les capitaines les plus vaillants. Élevé, jusqu’à l’âge de dix ans, sous la garde vigilante de sa pieuse mère, Antoinette de Bourbon, il avait ensuite étudié au collège de Navarre, où il révéla les brillantes qualités déployées plus tard dans la vie publique. Le chancelier Olivier, qui l'avait connu dès sa plus tendre enfance, l’appelait « un prodige de nature et d'esprit ». Nommé, à l’âge de quatorze ans, à l’archevèché de Reims, il fut présenté à la cour par le cardinal Jean de Lorraine, son oncle, et gagna bientôt, par des mérites incontestés, l'estime et

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