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de la Compagnie, qui jouera un rôle important dans la lutte pour la reconnaissance légale des Jésuites en France. Le P. Jacques Lainez, qui relevait à peine d'une grave maladie, fut nommé à l’unanimité.
C'était à lui maintenant de réunir la congrégation générale. Vu l'urgence des affaires à traiter, il crut bon d'avancer un peu le terme prescrit en pareil cas, et de la convoquer pour le mois de novembre 1556. Mais bientôt les profès d'Espagne et de Portugal firent savoir qu'ils ne pourraient arriver dans un si court délai : François de Borgia était retenu par la maladie; tous prévoyaient la longueur du voyage, à travers un pays que rendrait peu sûr le conflit survenu entre le pape Paul IV et le roi d’Espagne Philippe I !. Le 29 août?, Lainez donna avis aux profès que la congrégation s'ouvrirait, à Rome, seulement après les fêtes de Pâques de 1557. Entre ces deux dates la question fut agitée, à plusieurs reprises, de transporter le siège de l'assemblée dans une autre
: ville. On songea à Lorette et à Gênes *?. François de Borgia avait proposé Avignon ‘. Mais le Pape, informé de ces projets, fit dire au P. Vicaire par le cardinal de Carpi, protecteur de la Compagnie, que la Congrégation devait se tenir à Rome même. Devant cet ordre, il n’y avait plus d’hésitation possible.
9, Dès le mois de janvier 1557, le P. Broet se rendit de Paris en Auvergne pour y rejoindre le P. Viola, recteur du collège de Billom °. Tous deux, alors seuls profès de la Compagnie de Jésus en France, firent ensemble le voyage de Rome où ils arrivèrent à la fin du carême 6. Ils y trouvèrent déjà réunis plusieurs députés des différentes provinces. Ceux d’Espagne et de Portugal manquaient au rendez-vous. On attendait encore à Gênes Le bateau qui devait
val. Il vint ensuite à Rome, où il vécut dans la familiarité du Cardinal de Carpi, protecteur d’Ignace. C’est ainsi qu’il connut la Compagnie où il fut reçu en 1541. Homme universel, il possédait à fond les langues anciennes et plusieurs idiomes modernes ; orateur, poète et musicien, il excellait dans les mathématiques et le droit. C'est à lui que l’on doit la traduction latine des Exercices spirituels connue sous le nom de Vulgate. — Ponce Cogordan était nalif de Provence et ancien étudiant du collège des Lombards. 11 avait suivi en Portugal le P. Jacques Miron, son condisciple, nommé recteur du collège de Coïmbre. De là, appelé à Rome, il fut associé à la charge du P. Codace, puis le remplaça comme procureur général de la Compagnie de Jésus en 1549. Le cardinal de Sainte-Croix lui confia la délicate mission d'établir la réforme monastique dans une communauté de Bénédictines près de Brignoles. — (Cf. Chronicon, t. 1, p. 95, 120, 362; t. III, p. 166; t. V, p. 9, 354. Solwel, Bibl. scrip. S. J., p. 50. — 1. Epist. Nadal, U, p. 11. Polanco, Chronicon, VI, p. 50.
2. Regest. S. Ignat.,t. V, f. 57. — 3. Polanco, Chronicon, VI, 50.
4. Borgiae Epist., 28 octobre 1556. Citée par Astrain, t. II, p. 8. 5. Histor, primord, coll. Billomensis. Cf. Epistolae PP. Broeli…., p. 883 el note., 6. Sacchini, Hist, Soc. Jesu, P. I, 1. I, n. 67.
les amener. Quand il aborda, il ne portait que le P. Ribera !. Celui-ci, pris de fièvre, dut s'arrêter dans cette ville d'où il envoya au P. Vicaire une partie de la correspondance dont il était chargé ?. Dans ces lettres, les PP. de Borgia et Araoz apprenaient qu’au moment où Les profès Espagnols allaient se mettre en route, le roi Philippe Il, par un édit, avait défendu à tous ses sujets de quitter le royaume, et ordonné à ceux qui résidaient à Rome d’abandonner cette ville immédiatement, et cela sous les peines dues au crime de lèse-majesté. Cet édit sévère, sans parler des hostilités qui allaient reprendre plus vives, forçait les Pères à demeurer en Espagne; ils demandaient donc que la congrégatior se tint en ce pays et ils proposaient Barcelone’. À ces nouvelles, Les profès déjà groupés à Rome se trouvèrent dans une position très embarrassante. Il était nécessaire d’élire au plus tôt un Général; par ailleurs l'absence des profès d’Espagne qui étaient des plus anciens, et parmi lesquels on comptait des hommes de haute valeur, semblait très regrettable #. On examina de nouveau le pour et le contre. La majorité penchait pour rester à Rome. Nadal, un peu appuyé par Polanco, insistait pour l'Espagne *. Le difficile était de faire accepter ce transfert à un Pape en guerre avec les Espagnols, à un Pape qui avait manifesté son désir d'examiner de près les Constitutions et d'en modifier certains points f. Ne serait-il pas froissé de cet éloignement, qu'il regarderait comme un moyen de se soustraire à son influence ou à son eontrôle? Si fortes, cependant, parurent les raisons de quitter Rome, qu'il fut décidé qu'à la première occasion le P. Vicaire pressentirait encore Paul IV à ce sujet. Lainez osa cette démarche. Le Pape prit très mal la chose : « Allez, si vous y tenez, en Espagne, dit-il vivement. Mais, que ferez-vous en Espagne? Voulez-vous donc embrasser le schisme et l’hérésie du roi Philippe? — Nous ne le voulons pas, » reprit Lainez en souriant 7. Et il n’insista pas; il comprenait assez l'état d'âme du pontife, à cette « si dure allusion au prince le plus catholique du monde * ».
L'intervention de deux cardinaux n'avait pas réussi davantage ? à changer les dispositions de Paul IV, quand arriva de Gènes le P. Ribera apportant avec lui le reste des lettres qui lui avaient
1. Epist. Nadal. WW, p. 12, 54. — 2. Sacchini, op. cit., n. 68.
3. Epist. Nadal, L. c., cf. Epist. Borgiæ, 9 et 16 fév. et 4 mars 1557, citées par Astrain, op. cit., L. I, p. 9 note. — 4. Sacchini, Hist. Soc., P. I, 1. I, n. 44.