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lon, se flattant qu’elle embrasserait les intérêts de leur parti, parvinrent à calmer les esprits. On laissa l'autorité à la reinemère sous la condition illusoire de prendre, sur toutes les affaires importantes, l'avis du premier prince du sang, Antoine de Bourbon, roi de Navarre, devenu lieutenant général du royaume. Le prince de Condé, condamné pour crime de rébellion, fut déclaré innocent par un arrêt du conseil privé. Le connétable de Montmorency, naguère disgracié, reçut un message qui lui annonçait son rappel. Les Guise conservèrent à la cour leurs dignités; le duc fut confirmé dans sa charge de grand-maitre de la maison du roi. Le cardinal de Lorraine continua à faire partie du conseil avec les cardinaux de Bourbon et de Tournon?. Dans ces mesures, résultats de concessions réciproques, on reconnaissait la politique de L’Hôpital, successeur du chancelier Olivier”, et l'on pouvait compter sur la modération des conseillers de la couronne.
Le nouveau règne ne modifia en rien la situation des Jésuites ni la bienveillance de la cour à leur égard : Catherine de Médicis saisit la première occasion pour exercer en faveur de la Compagnie les prérogatives du pouvoir souverain. Le 23 décembre 1560, elle octroya, au nom de Charles IX, des lettres patentes qui confirmaient celles de Henri IT et de François II #. « Le P. Ponce, écrivait le P. Broet au P. Général, s’est rendu de nouveau à la cour; il a obtenu d’autres lettres patentes pour le Parlement. Le roi a même chargé un gentilhomme de les porter aux magistrats, et de leur exprimer son ardent désir et son expresse volonté que la Compagnie fût reconnue *. » Le sieur de Saint-Jean, choisi pour remplir cette mission, avait en effet reçu du roi et de la reine-mère des instructions précises à ce sujet. Dans une lettre privée, du 20 février 1561, Charles IX déclara en outre aux conseillers de son Parlement « qu'il vouloit et entendoit qu'ils eussent, incontinent et sans délai, à faire droit sur les lettres patentes contenant la réception de la Compagnie de Jésus, ayant Sa Majesté connu la grande fascherie desdits religieux et trouvé que ladite Société ne peut que porter un grand profit à la religion et utilité
1. Lettre de Vincent Laureo au P. Général, 12 janvier 1561 (Lugd. Hist., n. 18). Cf. Mémoires de Castelnau, liv. IE, c. xu.
2. Lettre du P. Liotard au P. Général (Gall. Epist., t. I, fol. 214).
3. Du Chesne, Histoire des chanceliers et gardes des sceaux de France, p. 635.
4. Histoire de l'établissement des Jésuites, fol. 18 (Archiv. Prov. de France). — Epist. P. Nadal, t. I, p. 441. É
5. Lettre du P. Broet au P. Général (Epist. PP. Broeli, elc., p. 158, 163). Lettre du P. Cogordan au P. Général, 2 mars 1561 (Gall. Epist., t. [, fol. 220).
à la chrestienté et au bien de son royaume ». Il ajoutait même en finissant : « Au cas que vous continuiez en vos difficultés en cest endroict, nous vous mandons que, sans procéder là-dessus à aucun arrest ou jugement, vous nous mandiez l’occasion d'icelles difficultés, pour estre sur ce par nous pourveu !. »
2. Les membres du Parlement ne rendirent aucun arrêt contre la Compagnie, et continuèrent de s'opposer sournoisement aux déclarations de la volonté royale. « Trois ou quatre fois déjà, écrit le P. Broet, ils ont eu sur ce sujet des délibérations orageuses : les uns veulent qu’on renvoie notre affaire aux Etats Généraux, qui doivent se réunir encore après Pâques?; mais ce n’est qu’une ruse, un prétexte pour ménager des ajournements sans fin. Les autres soutiennent qu'il faut absolument rejeter nos demandes, pour cette raison, admise par eux comme un principe, qu’il ya bien assez d'Ordres religieux sans en admettre de nouveaux. Quant à nous personnellement, nous sommes des gens de bien aux yeux des uns, des hommes suspects et dangereux au dire des autres®. »
Ainsi, mème après la sixième lettre de jussion, les résistances du Parlement étaient loin d’être vaincues : il cherchait de nouveaux subterfuges pour éluder le commandement formel du souverain. Mais à qui désormais pourrait-il recourir? Où trouveraitil des complices complaisants? Les Gens du roi ne s’opposaient plus à l’enregistrement des lettres patentes, et l'évêque de Paris lui-même, tout en l’accompagnant de nombreuses restrictions, avait fini par donner son consentement. Pour appuyer leur détermination sur des considérants sérieux, les magistrats « revinrent de nouveau à la censure de la Faculté de théologie, dans l'espoir d’y trouver des causes de refus plausibles, et mandèrent auprès d'eux quelques docteurs qui, sans doute, défendirent l'œuvre de leur école 4 ». Le P. Cogordan, de son côté, demanda à être entendu. Admis à comparaître devant la cour, on l’interrogea d’abord sur divers points qui ne touchaient guère au débat : « Voyons, lui dit-on, apprenez-nous, hommes nouveaux que vous êtes, sur quelles ressources vous pouvez compter pour vivre dans ces temps calamiteux, où la charité d’un grand nombre s’est refroidie? — Oui, d’un grand nombre, reprit le Père,