‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 179 sur 457 · UF (RO · texte numérisé non relu

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d’un collège catholique s’étendrait de là dans tout le midi de la France. Cependant les troubles qui, depuis quelques années, agitaient le Béarn, n'étaient pas pour rendre l’entreprise aisée. Sous le règne de Francois [*, la religion équivoque de Marguerite de Valois, sa sœur, avait ouvert ce pays à la propagande des novateurs. Princesse bel esprit, curieuse et savante, alliant à un singulier mysticisme une extrême liberté de pensée et de langage, la reine de Navarre avait d'abord soutenu de son influence l’évêque de Meaux et ses théologiens!. Quand le petit cénacle hérétique de Guillaume Briconnet fut dissous, en 1593, elle accueillit dans ses états l’un des fügitifs, Gérard Roussel, dont elle fit son prédicateur et qu’elle pourvut plus tard de l'évêché d’Oloron?. Tandis qu’elle laissait représenter à sa cour des scènes bibliques où la vie monastique était tournée en dérision, Gérard Roussel, sans Jamais rompre avec l'Église, célébrait dans les caves du château de Pau une messe de son invention, adoptait Le calvinisme dans ses livres”, le répandait par son enseignement et ses œuvres. Comme il était éloquent, charitable et de mœurs austères#, il parvint à séduire sans alarmer les consciences : «Il à fait du fruit », avoue Théodore de Bèze? qui lui reproche pourtant sa froideur. Roussel mourut en 1549. Marguerite de Valois était morte, l’année précédente, dans le repentir et les sentiments de la piété la plus orthodoxe. Mais elle avait semé des germes d’hérésie que cette mort édifiante ne pouvait plus détruire et dont sa fille, formée à son image, allait favoriser l’éclosion. Au début, Jeanne d’Albret, calviniste d'éducation et au fond de l’âme, sembla retenir le zèle que son mari, Antoine de Bourbon, devenu roi de Navarre à la mort de Henri d’Albret, affichait pour la réforme avec l’ardeur passagère de son caractère léger. Elle,

1. Elle entretenait avec Briconnet une correspondance suivie. Ses lettres et celles de l’évêque conservées à la Bibl. nat. (mss. fr. 11, 495) sont, dit l'abbé Puyol, « du mysticisme le plus insensé » (Louis XIII et le Béarn, p. 14, note).

2. On peut voir à la Bibl. nat. (fonds Dupuy, t. LOIII) le curieux mémoire par lequel Henri de Navarre demande l'expédition en cour de Rome de l'évêché d'Oloron en faveur de Gérard Roussel.

3. Schmidt, Gérard Roussel, prédicateur de la reine de Navarre (Strasbourg, 1845, in-8). L'auteur, pasteur protestant et historien consciencieux, dit à propos d’un ouvrage de Roussel : « Comment se fait-il qu'un évéque ait pu écrire [ce] livre? ou plutôt comment se fait-il que celui qui l’a écrit ait pu conserver sa dignité de prélat de Rome? » (p. 153-154). Cité par Puyol (op. cit., p. 16, note).

4. Noir Lettres inédites de Marguerite de Navarre publiées par Génin, lettres 89 et 210 au connétable de Montmorency (t. I, p. 267, 299).

5. Bèze, Hist. des Egl. Réf., t. 1, p. 6. — Sur les débuts du calvinisme en Béarn, voir : Florimond de Rémond, De la naissance des Hérésies, |. VIN, c. 11. Sponde, Cont. ann. Baron. an. 1534-1549, — Henri de Sponde, évêque de Pamiers de 1626 à 1643, était né à Mauléon en 1568 ; élevé dans la religion protestante, il abjura en 1595,

plus politique, usait d’atermoiements, voulait éviter toute rupture avec Rome et le roi de France, et maintenir la paix entre ses sujets. Somme toute, l’un et l’autre n’en protégeaient pas moins efficacement les novateurs, et faisaient de leurs états une terre d'asile où les ministres bannis d’ailleurs prêchaient publiquement et élevaient des temples nombreux!. Le peuple, mal défendu par un clergé faible et ignorant? contre les idées nouvelles, les acceptait les yeux fermés, pendant que les hautes classes, jalouses de la faveur des souverains, subissaient lâchement l'influence de la reine et de son entourage. Ainsi le Béarn màrissait pour l’hérésie. Bientôt, la reine Jeanne donnera les dernières secousses qui l'y feront tomber. Révoltée par les intrigues de l'Espagne, l'animosité de la cour de France et les infidélités scandaleuses de son mari après un retour plus ou moins sincère à l'Église#, cette femme, fière et vindicative, propagera de toutes ses forces le calvinisme, et mettra son énergie sans scrupules à en imposer, sous les peines les plus sévères, la profession publique à tous ses sujets.

2. Telle était la situation religieuse du pays, lorsque Robert de Pellevé fut nommé, en 1556, à l'évêché de Pamiers. Il appartenait à une ancienne et noble famille de Normandie, et avait montré dès sa jeunesse un esprit sérieux, l'amour du travail et le goût de l'étude. Son élévation était due beaucoup plus à son mérite personnel qu’à la faveur de son frère Nicolas?, évêque d'Amiens, ou à la bienveillance du cardinal de Lorraine. Très soucieux des intérêts catholiques, il vit avec peine son diocèse

1. Bossuet, Hist. des variations (liv. V), a fait un tableau du Béarn à cette époque : « On méprisait les lois ecclésiastiques... »

2. Un digne émule de Roussel, dans un autre genre, Louis d’Albret, évêque de Lescar, « après avoir fait paraître aux yeux de son clergé une affreuse licence... concourut à la destruction du culle catholique et finil par se marier, exemple qui fut imité par des prêtres et des moines de son diocèse » (De Meaux, Les Luttes religieuses en France, p. 119, note). — « Beaucoup de prêtres en Béarn savaient à peine lire », dit l'abbé Poyedavant (Histoire des troubles survenus en Béarn, cité par le V'° de Meaux, tbid.).

3. Le roi d’Espagne, Ferdinand le Catholique, s’autorisant d'une bulle de Jules IH, avait dépouillé Jeanne d’Albret de la Navarre. Cf. Mémoires de Caste'nau, 1. IH, c. vi (Ed. Michand, p. 450-451). Poyedavant, op. cit., t. I, p. 82.

4. On avait fait croire à Antoine de Bourbon que s’il revenait au catholicisme, il pcurrait recouvrer la Navarre ou avoir le royaume de Sardaigne (Mém. de Castelnau, ibid.). Cf. De Meaux, op. cit., p. 120. :

5. Nicolas de Pellevé fut élevé aux plus hautes dignités de l'Église et de l’État. Il devint successivement nonce en Écosse, garde des sceaux, président du conseil royal pendant l'absence de Charles IX, collègue du cardinal de Lorraine au concile de Trente, archevêque de Sens, cardinal prêtre, ambassadeur à Rome et archevêque de Reims. :

dévasté par les hypocrites manœuvres des réformés. Pamiers, capitale du comté de Foix, en avait particulièrement souffert; car Jean de Barbançon, l’évêque précédent, qui à ce titre partageait la suzeraineté de la ville avec Jeanne d’Albret, loin de s'opposer à la marche du fléau, l'avait à ce point favorisé qu'il fut dénoncé à Rome comme suspect d'hérésie. Remédier à un mal déjà profond était une lourde tâche pour le nouveau pasteur. Il pensa qu’un des moyens les plus efficaces était l’instruction de la jeunesse, et encouragé par quelques magistrats restés catholiques, il résolut de fonder un collège de la Compagnie de Jésus.

Le 8 février 1557, il fit demander à la ville de vouloir bien contribuer aux dépenses du futur établissement; mais le conseil, composé en partie de protestants, refusa d’abord de se prèter à l'admission des Jésuites dans la cité « parce que, dit-il, elle à prou de moines et de nonnains, et qu’elle est remplie de telle sorte de gens oiseux qui seroient un jour pour se rendre maitres des habitans, si on permettoit cette fourmilière importune et fascheuse! ». Le chapitre, plus favorable, consentit à donner cent livres de rente aux régents proposés par l'évèque?. Celui-ci, d’ailleurs, persévérant à lutter pour le salut de son troupeau, poursuivit ses démarches et, le 31 janvier 1558, il obtint des lettres patentes du cardinal Trivulce, légat du Pape. Au mois de juin suivant, le roi Henri Il lui en accorda d’autres, lui permettant « de faire construire et réédifier un collège dans la dicte ville »: et l’on voit, par les termes de ces lettres royaux, que l’évèque avait du moins obtenu des consuls une rente de 300 livres pour l'entretien de régents quelconques, ce qui avec sa propre contribution, celle du chapitre et « encores autres cent livres que le dict évêque auroit promis faire fournir » par le roi et la reine de Navarre, portait à six cents livres le revenu total annuel *.

Le P. Broet, pendant son séjour à Rome, avait adopté en principe, d'accord avec le P. Lainez, la proposition faite par M°° de Pellevé, sauf à s'entendre après son retour sur les conditions qu'il ne connaissait pas encore. À son arrivée à Paris, maître Nicolas Bellefille lui en apprit quelque chose : « L'évèque, les chanoines

1. Délibérations mss. citées par Lahondès, Annales de Pamiers, {. I, p. c.

9. Délibérations capitu!. du 11 juin 1557 (Archives de l'Ariège, G, 83, fol. 220). - 8. Copie collationnée (Archiv. com. de Pamiers, 8, n° 1).

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