‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 190 sur 457 · EE ME · texte numérisé non relu

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or. HISTOIRE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS.

l'Église romaine. On passa bientôt des injures aux menaces, et des menaces aux actes de violence. Ce n'était toutefois que le prélude des excès sacrilèges qui devaient, peu après, provoquer dans la ville la suppression du culte catholique. Mais le P. Auger ne fut pas témoin de cette désolation. Sur l'ordre du P. Général, il quitta Pamiers, huit jours après Pâques, pour se rendre à l’Université de Tournon?.

7. Cette même année (1561), le P. Pelletier avait été appelé à Toulouse au moment du carême. L'état de la religion dans cette ville inspiraïit les plus vives inquiétudes, à cause de l’audace tou- Jours croissante des calvinistes. Afin d’opposer une digue au flot montant de l'erreur, le clergé avait résolu d'ouvrir une mission dans les quatre principales églises : Saint-Étienne, Saint-Sernin, la Dalbade et la Daurade. Ce ministère fut confié à des religieux de divers Ordres parmi lesquels se trouva le recteur du collège de Pamiers”. Le bien opéré par ces hommes de Dieu irrita les huguenots, qui essayèrent d'en détruire l'effet par des procédés scandaleux. Le dimanche au soir, un grand nombre d'étudiants assistèrent à un prêche tenu dans une rue, près de l’école de droit; le lendemain ils parcoururent en armes toute la ville, chantant à plein gosier Les psaumes de Marot. De telles manifestations n'ayant fait qu'exciter le zèle des prédicateurs, on eut alors recours à une odieuse machination. On les dénonça comme ayant parlé contre la reine-mère et le roi de Navarre. Le P. Pelletier se vit contraint de quitter subitement Toulouse. De retour à Pamiers, il y reprit ses prédications habituelles qu’il continua jusqu’à l’Ascension. Alors, épuisé par ce surcroit de travail, il tomba malade. Le lendemain de la fête, 16 mai, on vint de Toulouse s'emparer de sa personne. Sur l'ordre du licencié Bonniol, envoyé tout exprès, on le tira violemment de son lit malgré une fièvre ardente, et comme on craignait Les réclamations de l’évêque, dont on annonçait la prochaine venue, on le conduisit de suite à Siverdun, puis à Auterive, enfin à Verdun-sur-Garonne où il fut jeté en prison ‘. De là on le transporta à la conciergerie du Parlement à Toulouse, où se trouvaient déjà les autres prédica-

1. De Lahondès, Annales de Pamiers, t. II, p. 9, 10. — Sacchini, L. c.

2. Leltre du P. Pelletier au P. Général, 4 août 1561 (Gall. Epist., {. I, f. 262, 263).

3. Lettres du P. Auger et du P. Roger au P. Général, 7 mai et 8 juin 1561 (Galliae Epist., t. I, p. 283, 294).

4. Lettre du P. Roger au P. Général, 8 juin 1561. Leltre du P.du Pont au même, 18 juin (Galliae Epist., t. I, fol. 285, 294). Cf. Epist. P. Nadal, t. 1, p. 520.

teurs accusés comme lui du crime de lèse-ma'esté. Naturellement on ne se pressa point d’instruire une si mauvaise cause : « Nous n'avons pas encore été interrogés, écrivait le 18 juin le prisonnier au P. Général; d’ailleurs, je me réjouis de ce qui est arrivé parce que Notre-Seigneur, je l'espère, en sera plus honoré, la Compagnie mieux connue, et les hérétiques plus humiliés... Je me porte bien, grâce à Dieu; je surabonde d’allégresse dans les tribulations que je supporte pour l'amour de Jésus-Christ. Depuis que je suis ici, nos amis ne cessent de venir, du matin au soir, nous visiter et nous consoler. Louange et gloire à Dieu qui ne permet pas que nous soyons éprouvés au-dessus de nos forces!! » |

Peu après que le P. Pelletier eut été si odieusement arraché de Pamiers, l'évêque, Robert de Pellevé, y revint et s'empressa de faire d’actives démarches pour sa délivrance auprès du Parlement de Toulouse?. Dans cette ville, la perfide calomnie inventée par la haine des sectaires avait soulevé d’indignation les catholiques. Luc Urdez, avocat au Parlement, et Jacques de Sus, ex-capitoul, furent députés à la cour et chargés d’y soutenir la cause des accusés. Le conseil du roi renvoya le jugenient sur le fond de l'affaire aux commissaires nommés pour en connaitre. C'étaient les présidents Daffis et Dufour. Ils ne purent relever dans les prédications des religieux aucune parole contre la reinemère ou le roi de Navarre, et, après avoir triomphé, non sans peine, des oppositions suscitées par les capitouls Marnac et Dunos, ils déclarèrent les prisonniers innocents et leur rendirent la hberté*.

8. Le Père Pelletier vint reprendre son poste de combat à Pamiers. Longtemps, avec ses collaborateurs, il opposa un zèle patient aux injustices et aux violences des partisans de Jeanne d’Albret. Par la faute de ceux-ci, les affaires du collège en étaient toujours au même point. Au mois de juillet 1561, l’évêque avait prié les consuls de lui « exhiber » les comptes rendus des « conseils tenus pour Le faict des Jézoites ‘ ». Les magistrats refusèrent

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