VISITES DU P. MANARE; FONDATION DE MAURIAC
française, déterminèrent le P. Général à le désigner comme successeur du P. Broet. Il Le fit appeler à Trente, afin de s’entretenir avec lui des besoins de la Province qu'il voulait lui confier, puis il l’envoya en France avec le titre de Commissaire et muni des instructions nécessaires à sa mission. Il y avait alors, dans la Compagnie, deux autres Pèresrevêtus de ce titre et dont l'autorité
s étendait à plusieurs Provinces : le P. François de Borgäa pour:
l'Espagne et le Portugal, et le P. Nadal pour la Germanie supérieure et la Germanie inférieure.
Le P. Manare en sortant du Tyrol traversa la Bavière, suivit les bords du Rhin depuis Mayence jusqu’à Cologne, visita Louvain et Tournai en Belgique, et passa par Cambrai pour se rendre à Paris, où il arriva le 30 octobre 1563, accompagné de trois autres Pères destinés au futur collège de la capitale. Le P. Michel Venegas el deux autres, partis de Trente peu de temps après le P. Commissaire, avaient pris un autre chemin et ne le rejoignirent que le jour de l’octave de Tous les Saints. À ce moment, on annonçait aussi la prochaine arrivée du P. Jean Maldonat, qui devait être le plus célèbre de ces hommes d'élite, capables par leurs talents de faire honneur à l’enseignement de la Compagnie au sein de la première Université du monde. Toutefois, rien alors n'était encore prêt pour l'ouverture d’un collège à Paris, bien que les exécuteurs testamentaires de M® du Prat et le Parlement lui-même le demandassent avec insistance?. C'est pourquoi le P. Manare résolut de faire tout de suite la visite de la Province en commençant par le collège de Billomi.
2. Il profita de son séjour en Auvergne pour satisfaire’ aux dernières volontés de l’évêque de Clermont relativement à la ville de Mauriac. Nous avons dit déjà que, longtemps avant sa mort, M du Prat avait manifesté l'intention de fonder, dans la partie haute de son diocèse, un collège qui devint pour. cette contrée ce-qu'était celui de Billom pour la partie basse. En 1560, il ne restait plus qu’à trouver un emplacement convenable.
1. On lit dans les Constitut., P. IX, c. 3, $ 7 : « Et praepositi Provinciales .aut locales, et Rectores, et alii ejus commissarit eam partem hujus facultatis habebunt quam ipsis Generalis communicaverit ». Les commissaires ordinaires furent supprimés par le décret 11° de la 2° Congrégation générale qui conserva les commissaires extraordinaires ou visiteurs.
2. Voir ce que nous avons raconté à ce sujet, 1. I, €. ut, n. 9, ad calcem.
3. Manare, De rebus S.J., p. 80. Lettre du P. Manare au P. F. de Borgia, 9 nov. 1563 (Gall. Epist., t. II, p. 31). Lettre du même au P. Nadal, même date (Æpist. Nadal, t. 1, p. 450). Lettre du P. Pradène au P. Lainez, même date (Gall. Epist., t. II, fol. 37).
ANS VE DR A\ ORN — PS MT EE - eme. D
si | Al au
HA pi ñ | E
Ho. HISTOIRE DE LA COMPAGNIE DE JÉSUS.
A cette époque, sur l'invitation de l'évêque, le P. Viola et le P. Le Bas se rendirent à Mauriac, distante de Billom d'environ vingtdeux lieues. L'agréable situation de cette petite ville, ceinte de murailles, plat tout d'abord aux deux voyageurs; le bienveillant accueil que leur firent le clergé, les religieux et les habitants, leur donna l'espérance d'y récolter une moisson abondante :
« Nôtre venue, raconte le P. Viola, avait été annoncée. Nous fûmes reçus par les magistrats et les notables, qui vinrent à cheval à notre rencontre. Ils nous conduisirent à une maison toute décorée de tapisseries, comme si nous avions été de grands personnages. Une foule nombreuse nous attendait à la porte de la ville. Nous nous rendimes à l’église où le P. Le Bas célébra la messe, et, de là, à la maison des consuls où l'on avait préparé un repas. J'exposai le motif de notre voyage, en disant que Monseigneur nous avait envoyés pour choisir l'emplacement du collège et des classes!. Les consuls, auxquels s'étaient joints dix-huit ou vingt des plus notables habitants, nous conduisirent par toute la ville, nous montrant tantôt un endroit, tantôt un autre. Nous choisimes, près d’une porte de la ville, celui qui nous sembla le plus convenable. IL était occupé par un bâtiment de cinq corps de logis, à côté des murailles, avec une belle place au-devant. Là tout se prêtera bien à la construction d’un collège et d’une église. On promit de nous donner ce terrain et une partie de la place. Comme la cité est très resserrée et qu'il n'y a pas de jardins à l’intérieur, les notables s'engagèrent à acheter un jardin, près de la porte de ville, de l’autre côté des murailles. Non loin de l'endroit où doit se bâtir le collège, se trouvent trois ou quatre maisons en ruine : les consuls les acquerront et feront construire les classes à leurs fraïs. On estime que pour toutes ces acquisitions et constructions les dépenses de la ville s'élèveront à trois mille cinq cents francs*. »
Ceci se passait un samedi. Le lendemain, dimanche, « après une procession à laquelle assistèrent le lieutenant du roi, les juges civils et ecclésiastiques, les consuls en robes rouge et noir qui avaient placé les Pères au milieu d'eux », on tint une assemblée générale où furent convoqués les dignitaires du clergé et le Prieur du monastère des Bénédictins. Tous furent d'avis d'accepter le collège aux conditions déterminées. Le lundi matin, les
1. Cf. Délibération de la commuauté de ville, 8 avril.1560 (Archives du Cantal, fonds du collège).
2. Lettre du P. Viola au P. Lainez, 28 avril 1560 (Gall. Epist., t, I, fol. 177).