VISITES DU P. MANARE; FONDATION DE TOULOUSE
bons. La Compagnie y trouvera plus de profit et d’accroissement qu'en aucun autre lieu du royaume ! ». Quelques mois après, se fit l'ouverture des classes. Il n'existe pas de document qui permette de déterminer d’une façon précise à quelle époque elle eut lieu; nous savons seulement que, dès le mois de juillet, on enseignait déjà les humanités et la philosophie?. Les cours, au début, pour plusieurs raisons, ne furent pas aussi fréquentés qu’on aurait pu l'espérer dans une si grande ville. L'ancien monastère des Augustines, situé dans un quartier retiré et insalubre, était une habitation incommode et insuffisante ?.
5. Les Pères, qui avaient hâte de changer des conditions si désavantageuses, attendaient avec une certaine impatience la visite du P. Commissaire général. Celui-ci n'avait pas encore pu se mettre en route quand le P. Supérieur de Toulouse tomba malade et mourut. Plusieurs auteurs ont prétendu que le P. Pelletier succomba aux effets d’un poison lent, que lui auraient donné les huguenots quand il était en prison avec plusieurs autres prédicateurs catholiques‘. Il mourut épuisé surtout par les rudes travaux qu'il avait entrepris pour la gloire de Dieu’. Depuis son arrivée en France, c’est-à-dire depuis quatorze ans, il n'avait cessé de se dépenser au salut des âmes dans les diocèses de Toulouse, de Pamiers, de Rodez et de Cahors. Le clergé et les habitants de cette dernière ville, ayant perdu leur évêque, avaient
mis tout en œuvre pour que le P. Pelletier le remplacât6 : mais
l’humble religieux, fidèle à sa vocation, refusa ce poste d’honneur. Après les prédications au peuple et l’instruction de la jeunesse, il donna le meilleur de son temps et de son zèle à la réforme des prêtres oublieux de la sainteté de leur état. Il regarda toujours la dévotion à la sainte Vierge comme son principal moyen d'action sur les âmes. Persuadé que la meilleure tactique était de remettre en honneur le culte, à peu près disparu, de la très sainte Mère de Dieu, il s’efforça de relever partout ses autels détruits, ses statues renversées, ses confréries, ses fêtes, ses pèlerinages. Il en vint à bout avec tant de succès que, dans tout le Languedoc, on ne le désignait plus que sous le beau nom de docteur et d’apôtre de Notre-Dame. Après sa mort, rien ne fit mieux l'éloge de
1. Lettre du 5 février 1563 (Gall. Epist., t. I, fol. 319, 321). 2. Epist. P. Nadal, t. I, p. 345. — 3. Manare, De rebus S. J., p. 72. . . 4, Noir liv. IL, c. vu, n. 7. — 5. Manare, De rebus S. Jesu, p. 82. 6. Ce fait ne nous est fourni que par le P. Sacchini, Hist, Soc, Jesu, P. I, lib. VII,
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son influence et de sa vertu que les regrets unanimes des catholiques de Toulouse : ils célébrèrent, avec une pompe inaccoutumée, les funérailles de celui qu'ils pleuraient comme un père
« Jamais, s’écriaient-ils, nous ne trouverons personne qui puisse remplacer notre bon P. Pelletier !. »
Cette sympathie de la population pour le vaillant défenseur de la foi s’étendait, d'ailleurs, à tous ses frères de la Compagnie; aussi, dès son arrivée à Toulouse, le P. Commissaire trouva-t-il le cardinal et Les capitouls tout disposés à faire droit aux demandes qu'il allait bientôt formuler dans l'intérêt de leur collège. Il montra d'abord la nécessité de le transférer dans un lieu plus favorable. Ce projet n'ayant rencontré aucune opposition, il se préparait à l’exécuter lui-même, quand des motifs graves le rappelèrent à Paris. Il comprit alors que, seul, un homme d’action et d'autorité terminerait heureusement cette affaire : il songea au P. Auger alors à Lyon, et avant son départ il promit de l'envoyer comme prédicateur. Mais il avait compté sans la résistance des catholiques de Lyon, qui ne voulurent point céder leur apôtre ?. A la place du P. Émond, le P. Annibal du Coudret prit, en qualité de Recteur, la direction du collège de Toulouse.
Vers cette époque, plusieurs donations soulagèrent la maison en détresse. Le 1° mai 1564, les chanoines de l’Église métropolitaine proposèrent l'union de la prébende préceptoriale, d’un revenu de 300 livres, union effectuée le 1% juillet 1565°. Au mois de novembre de la même année, Le cardinal d’Armagnac, sur le point de partir pour Avignon, assigna une rente annuelle de 120 livresi. Malgré cela, tout restait à faire pour l’installation, et beaucoup encore pour la dotation. Un peu plus tard seulement, les circonstances permirent de transporter les classes dans un autre local et de donner au collège tout son développement”.
6. En se rendant à Paris, le Père Commissaire général passa par Billom, où l’on signale sa présence au transfert, dans l’église
1. Voir l'éloge du P. Pelletier dans Nadasi : Annus dier. memor. Soc. Jesu, 1* januar., p. {. Sacchini, Histor. Soc. J., P. I, 1. VIL, n. 70. Patrignani, Menologio, 1 gennaio, P. 6.
2. Lettre des catholiques de Lyon au P. Lainez, 22 avril 1561 (Gall., Epist. ad gen., IT, ɰ212).
3. Registres capitulaires de Saint-Etienne (AtEArES de la H'‘-Garonne, f. Saint- Etienne, n. 144).
4. Ordonnance du cardinal d'Armagnac (Archives commun. de Toulouse, AA, 20 : 121, fol. 335-337).
5. L'achèvement de cette fondation sera raconté au livre IE, ch. vir.
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du collège, des restes de Guillaume du Prat! déposés jusqu'alors dans la chapelle des Minimes de Beauregard. La cérémonie eut lieu les 22 et 23 mai 156%. Elle avait été réclamée par deux des exécuteurs testamentaires de l’évêque fondateur, les sieurs de Terssat et Mauguin, qui rappelèrent au conseil de ville sa dernière volonté d’être enterré dans l’église du collège, construite à ses frais, quand elle serait terminée et consacrée. Puisque les deux conditions étaient maintenant remplies, disaient ces messieurs, « 1l ne restoit aultre chose si n’est que à exécuter ledict testament et deslibérer de la forme et manière dudict enterrement? ».
Les consuls s'y prêtèrent aussitôt : « À esté deslibéré et conclud que les funérailles se feront Les lundy et mardy de Panthecoste; assavoir que le lundy, envyron l'heure de midy, on prendra le corps du lieu de Beauregard et l’apportera-on sur ungs brancardz ou létyère, et sera accompaigné par certain nombre de relligieulx, comme Cordelliers, Jacobins et Carmes, ensemble lesdicts Mynimes et Jésuistes, et aultres prestres séculliers le plus qu'on porra, et sera mis ledict corps dans une chapelle hors de la ville dudict Bilhom, où il reposera toute la nuyt du lundy... et le lendemain mardy, sera apporté dans la chappelle du colliège de Bilhom, et sera accompaigné de messieurs les eschevins, administrateurs, aultres habitans de la dicte ville, et y aura certain nombre de torches et lumynaire.. et fera-on ung service audict collège de Bilhom à l'enterrement, qui servira de bout de l’an, et le mercredy sera dict plusieurs messes... Sera fait le service par Monsieur l’évesque de Sarlat, s’il luy plait de prendre la peyne, lequel de ce fère sera prié‘. »
Le P. Sacchini nous rapporte que les Pères du collège tinrent à honneur de recevoir, avec la plus grande solennité et les plus beaux témoignages de gratitude, la dépouille mortelle de leur premier bienfaiteur en France. Au service fait à Billom, le P. Olivier Manare prononcça son oraison funèbre. Ensuite, dans une séance littéraire, les élèves du collège célébrèrent de nouveau ses louanges « par trois discours et en trois langues : latin, hébreu et grec; puis, à la faveur d’une fiction poétique, l’on vit
1. « In illud [templum] corpus Gulielmi fundatoris honorifice delatum est. Interfuit Oliverius ab Tolosa reversus » (Sacchini, Hist. Soc., P. Il, 1. VIII, n. 88).
2. Délibération, sans date, placée entre celles du 23 avril et du 30 mai 1564 (Archiv. hospit. de Clermont-Ferrand., I. E., 1, fol. 192).