‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 221 sur 457 · VISITES DU P. MANARE; FONDATION DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

VISITES DU P. MANARE; FONDATION DE TOULOUSE

pourtant fort utile, même à ne considérer que l'avantage de l’Université. En effet, dès 1551, Les capitouls de Toulouse avaient dû se plamdre au roi « que dans ladite Université, qui estoit la plus florissante du royaume, particulièrement pour l'étude de la jurisprudence, il ne se trouvoit aucun collège fondé pour enseigner les langues hébraïque, grecque et latine, sans la connaissance desquelles on ne pouvoit parvenir à la perfection des sciences ! ». Sa Majesté fit droit à ces justes représentations par lettres patentes de juillet 1561 : sur le grand nombre des collèges établis à Toulouse pour les étudiants en droit civil et en droit canon, il en supprima huit?, « pour des deniers qui proviendroient de la vente des maisons et biens desdits collèges en estre fondés deux autres, en la manière que les capitouls aviseront avec l’archevesque et le procureur général du roi, dans lesquels lesdites langues hébraïque, grecque et latine seront enseignées *? ». La volonté du souverain fut exécutée, sauf que l’on conserva les bâtiments et les biens de l’un de ces huit collèges, celui de l’Esquille, en le destinant aux étudiants de la faculté des arts#. Les capitouls eurent ainsi un des deux collèges de lettres désirés; il leur restait à fonder l’autre.

En 1560, il fut question d'appeler les Jésuites ; mais l’état déplorable dans lequel se trouvait tout le Languedoc, ne permit point d'entamer les négociations”. La capitale de cette province était devenue l'objectif des huguenots, qui voulaient en faire le centre de leur propagande. Leur audace croissant avec le nombre, ils commirent toutes sortes d’atrocités dans Les campagnes environnantes, et la ville allait tomber entre leurs mains, quand le cardinal d'Armagnac, nommé lieutenant général du Haut-Languedoc, parvint avec le maréchal de Montluc à rétablir l’ordre et la tranquillité 6.

Une fois La paix assurée, la présence des Jésuites de Pamiers,

1. Rapport sur l’état de l’université de Toulouse, rédigé en 1668 par MM. Charles d’Anglure de Bourlemont, archevêque de Toulouse, et Claude Bazin, seigneur de Bezons, conseiller d'Etat (Jourdain, L'Université de Toulouse, p. 22, 24).

2. Ceux de Bolbone, de Saint-Girons, de Verdalle, de Montlezun, de Saint-Exupère, des Saïints-Innocents, du Temple et de l’Esquille.

3. Patentes de juillet 1561 (Archives de la Haute-Garonne, C, 2,290; B, 244, fol. nn sur l’état de l’Université de Toulouse déjà cité.

5. Lettre du P. Pelletier au P. Broet, 9 sept. 1560. Lettre du même au P, Général, 20 février et 4 août 1561 (Gall. Epist., t. I, fol. 210, 251, 260).

6. Lettre du P. Roger au P. Général, 29 mai 1562 (Gall. Epist., t. IT, fol. 1-3). Cf. Commentaires de Montluc, t. V. Relation de l’émeute arrivée à Toulouse en 1562

(Archiv. cur. de l’hist. de France, sér. 1, t. IV, p. 343). Bosquet, Hugon. haeretic. Tolosae profligatio (cet ouvrage fut publié par Bosquet en 1563),

réfugiés à la Daurade, parut au syndic de Toulouse une occasion très favorable pour la fondation d’un collège de la Compagnie, et il en prit l'initiative. Sur sa demande, le Parlement approuva, le. 5 mars 1562, la donation de la « mestairie dite Pujol » et autres biens immeubles que feu Maitre Jehan Bartholomeï, présidant des enquêtes en la cour, avait faite en faveur des Jésuites, «à la charge que les collégies d’icelluy collège seront tenus célébrer, ou faire célébrer, les messes ordonnées par ledit testament! ». La même année, les Jésuites « obtinrent des lettres patentes du roy Charles neuf pour demeurer [à Toulouse] sous le tiltre de collège, [et ils] s’établirent en 1563 dans le monastère des filles Augustines, qui leur fut donné par le cardinal d’Armaignac, archevesque de Toulouse ? ».

L'acte de cette donation, du 27 novembre 1562, est fort instructif. Il y est dit que « à tiltre de collège et société du nom de Jésus, et non d’aultre nouvelle religion, [les Pères] sont institués... dans cette ville. pour prescher, visiter les malades, consoler les povres personnes visitées de la main de Dieu, et pour donner instruction à la jeunesse de ceste ville, diocèse et province ». De plus, « pour ce que ledit couvent des Augustines a esté si longuement profané, ne servant que de scandaile », le cardinal d'Armagnac, afin de « remettre ledit lieu en régulière réformation », ordonne que les Jésuites « seront mys audit couvent, pour icelluy tenir, régir et administrer comme leur propre maison, le melliorer et réparer. et leur sera baillé ledit couvent et église, cloistres et jardin, avec tout ce qui en est despendant ».

Aux libéralités du cardinal s'ajoutèrent quelques dons partculiers, destinés à l'entretien d’un nombre convenable de prètres et de professeurs. L'un des premiers bienfaiteurs de la Compagnie fut le capitoul Durand, ou Duranti, qui devint plus tard président au Parlement.

Afin de répondre le mieux possible aux désirs et aux avances de la population, le P. Pelletier avait demandé à ses supérieurs de choisir les professeurs du nouveau collège parmi leurs meilleurs sujets. Au mois de février 1563, il réclamait un Recteur qui fût « à la fois théologien et prédicateur ». Toulouse, disait-il, « est la seconde ville de France et remplie de gens doctes et

1. Tolos., Fundat. collegior., t. III, n.17. De origine colleg. Tolosani (/bid., n. 2). CF. Epist. P. Nadal, t. 1, p. 729. Manare, De rebus S. J., p. 71.

Page 1