II. Archives communales de Lyon, série BB
III, Recueils de documents conservés dans la Compagnie : a) Epistolae Episcoporum; — b) Gallia, Epistolae Generalium; — c) Galliae Epistolae; — d) Possevinus : Annalium decas {*; Acta in Gallia.
Sources imprimées : Archives curieuses de l'histoire de France. — Paris (Louis), Négociations, lettres etc. relatives au règne de François II. — Péricaud, Notes et documents pour servir à l’histoire de Lyon sous Charles IX. — Pièces fugitives pour servir à l'histoire de France : Prise de Lyon et de Montbrison par les protestants. — De Rubys, Histoire véritable de la ville de Lyon. — MONUMENTA HISTORICA S. J. Epislolae mixtae. Epistolae P. Nadal. à
1. Les Jésuites, dès les premières années de leur séjour en France, s'étaient livrés avec ardeur au ministère de la prédication si recommandé par saint Ignace comme un des principaux moyens d'atteindre la fin de l’Institut. Le P. Robert Claysson et le P. Le Bas dans le Soissonnais et en Auvergne, le P. Pelletier à Pamiers et à Toulouse, le P. Auger dans le comté de Foix et le Dauphiné, avaient remporté, pour le bien des âmes, de réels succès apostoliques. Après eux, et à mesure que croissait le nombre de ses sujets, la Compagnie multiplia ses missionnaires, qui parcoururent, non sans fruits de salut, presque toutes Les provinces du royaume. Nous ne signalerons pour le moment que les PP. Louis du Coudret et Antoine Possevin, dont les prédica-
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tions précédèrent ou accompagnèrent les glorieux travaux du P. Auger à Lyon et dans le sud de la France.
Le P. Louis du Coudret, originaire de Sallanches en Savoie, y avait été chanoine de l’église collégiale de Saint-Jacques, avant de se présenter à la Compagnie de Jésus. Quoique moins illustre que son frère cadet, Annibal, reçu avant lui parmi les disciples d’'Ignace, il remplit néanmoins dans son Ordre des fonctions importantes, avec un éclat qui lui a valu un rang distingué dans l'histoire religieuse du seizième siècle. IL avait déjà présidé à l'établissement des collèges de Florence et de Monte Pulciano, quand l’évêque de Genève, retiré à Rome pendant la domination de Calvin et qui connaissait tout son mérite, obtint par l'intermédiaire du pape Paul IV que le P. Lainez l’envoyât en Savoie, sa patrie, pour aider le clergé à défendre ce pays contre l’invasion de la réforme.
Le P. Louis du Coudret se rendit d’abord à Annecy, dont il fit le centre de son apostolat!. De là, il rayonnait dans tout le diocèse, exerçant le ministère de la prédication jusqu'aux portes de Genève. Il lui était impossible de songer à soustraire cette malheureuse ville au joug despotique de Calvin; mais il apprenait avec joie Les échecs du réformateur, qui ne parvenait pas toujours à raffermir son autorité chancelante. Il a raconté, à ce propos, un fait que les historiens de la secte ont eu bien soin de laisser dans l'oubli. Un jour, voulant se faire passer pour thaumaturge, Calvin persuade à l’un de ses amis, réduit à la misère, de feindre le malade puis le mort, comptant s’attribuer la gloire facile de le ressusciter. À la femme du futur miraculé, complice de la comédie, il promet une forte somme pour prix de son silence. Tout se passe comme il était convenu; l’ami complaisant est enseveli et conduit au lieu de la sépulture. Calvin s’y rend, accompagné d'une foule considérable qui devait servir de témoin à cette parodie de résurrection : « Au nom du Dieu vivant, dit-il, mort, lève-toi. » Mais le mort ne fait aucun mouvement. Deux fois, trois fois, Calvin renouvelle son commandement : « Au nom du Dieu vivant, mort, lève-toi! » Et le mort persiste à ne pas bouger. Calvin s'approche alors du cercueil, entr'ouvre le linceul, palpe le corps : ce n'était plus qu'un cadavre. Le Dieu vivant n'avait pas voulu qu'une ruse sacrilège servit à tromper une foule trop crédule. L'âme du malheureux était déjà dans son
d fe du P, du Coudret au P. Lainez, 23 nov. 1558 (Galliae Epistolae, t. I, fol, 41-43), é
éternité. Sa pauvre femme, à cette vue, éclate en sanglots, s’écriant que Calvin est la seule cause de cette mort; mais on parvient à étouifer ses cris, et la foule se disperse silencieuse par crainte du terrible réformateur. « Ce fait, écrivait le P. du Coudret au P. Général, m'a été affirmé par plusieurs habitants de Genève, au nombre desquels se trouvaient des hérétiques qui en ont été témoins!. »
Dans ses courses apostoliques, le jésuite missionnaire prêchait deux et trois fois par jour, quelquefois sur les places publiques à cause de la foule des auditeurs qui se pressaient avides de l’entendre. On accourait de toutes parts, même des lieux occupés par les calvinistes, mais en secret, par crainte des magistrats. « Ces pauvres gens, dit-il, quoique catholiques de cœur, sont obligés de vivre comme ceux qui les entourent. Ils ne peuvent jamais entendre la messe le dimanche, par contre ils s’abstiennent de faire gras le vendredi. » Le Père ne bornait pas son apostolat à enseigner au peuple la doctrine chrétienne ; il s’occupait aussi du clergé auquel il expliquait les épitres de saint Paul. Il acquit bientôt, par sa science et son zèle, une telle influence dans le diocèse que le vicaire général et les chanoines songèrent à faire de lui un suffragant de l’'évèque de Genève. Quand on lui parla de ce projet 11 n'y voulut jamais consentir, préférant, selon l'esprit de saint Ignace, sa pleine liberté pour les travaux de son ministère; il écrivit même au P. Général de s'opposer, autant qu'il le pourrait, aux démarches qui seraient tentées à ce sujet auprès du Pape*. Une autre proposition lui fut faite qu'il dut encore refuser : la ville d'Annecy possédait un beau collège *; on lui en offrit la direction. Comme cette charge était incompatible avec les fonctions du missionnaire, on songea dès lors à confier tout l'établissement à la Compagnie de Jésus, qui y enverrait quatre ou cinq professeurs. Le duc de Savoie lui-même appuya ce projet; mais on ne put s'entendre sur les conditions, et l’affaire fut pour quelque temps abandonnée *.
2. Les besoins spirituels des populations ne permettaient pas au P. du Coudret de séjourner longtemps dans un même endroit. Bientôt, laissant à Annecy le P. Fuzelier qu'on lui avait adjoint
1. 1bid. — Sacchini (P. IH, 1. III, n. 74) dit que ce fait était de notoriété publique,
2. Lettres au P. Lainez, 23 nov. 1558 et 24 janv. 1559 (Gall. Epist., t. I, fol. 43, 86).
3. Lettre du P. L. du Coudret au P. Général, 1°" déc. 1559 (Gall. Epist., t. T, f. 107).
4, Lettre du P, Général au P. L. du Coudret, 21 déc. 1559. * Du même aux conseillers d'Annecy, 21 déc, 1559 (Epist. Gen., 1559-1561).
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comme auxiliaire, il se rendit auprès de M£ Bernard d'Elbène, évèque de Lodève, qui avait obtenu du P. Général le secours de son ministère. Ayant franchi les Alpes, il parcourut les principales villes de la province de Narbonne, où le calvinisme commençait à recruter de nombreux prosélytes, visita plusieurs fois Marseille, Aix, Cavaillon, Carpentras et Lyon; et partout, sa parole pleine de feu créait d'admirables mouvements de retour à l’Église. Comme il se préparait à regagner la Savoie, le vice-légat d’Avignon le retint près de lui pour y prècher Le carême de 15601. Malgré le déplorable état des mœurs, la foi était vive encore dans cette ville aux institutions si catholiques; pourtant les nouvelles doctrines, favorisées par un primicier de l'Université, se glissaient parmi la jeunesse, et bien des esprits sentaient leurs croyances ébranlées. L'autorité temporelle du Pape sur le Comtat commençait aussi à être discutée. Dans une réunion de protestants, dont quelques-uns doutaient qu’on püt s’armer contre le souverain du pays, il avait été reconnu « que le Pape ne saurait être regardé comme leur souverain légitime? ». En de telles circonstances, le P. du Coudret sentit redoubler l’ardeur de son zèle. Sans négliger les questions de morale, il aborda de front les problèmes soulevés par Calvin, et dévoilant les ruses des novateurs 1l parvint à ramener dans la voie de la vérité un grand nombre de ceux que la curiosité ou l’ignorance en avait écartés. Outre ses prédications quotidiennes à l’église Saint-Pierre, il parlait jusqu’à trois fois les dimanches et les jours de fête : le matin, à la célèbre confrérie des Flagellants; pendant la grand'messe, à Saint-Pierre, et l’après-midi, dans la chapelle de l’archevèché. Son éloquence et sa doctrine furent si goûtées qu'il dut recommencer, après les fêtes de Pâques, une nouvelle série d’instructions dans l’église des Cordeliers, dont la nef, plus grande que celle des autres églises, se prêtait mieux aux exigences d’un nombreux auditoire. Apôtre infatigable, le P. du Coudret, au milieu de tant de travaux, trouvait encore le Loisir de donner à quelques âmes d'élite les Exercices spirituels de saint Ignace. D’Avignon, il retourna à Annecy où le rappelait l'évêque de Genève, parce qu'il était de nouveau question de confier à la Compagnie de Jésus le collège de la ville. L’évèque et le duc de
1. Lettre du P. L. du Coudret au P. Lainez, 6 janvier 1560 (Gall. Epist., {. 1, fol. 189, 190).