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Toutes ces pieuses cérémonies terminées, le Père songeait à se rendre au collège de Tournon dont il était toujours le Recteur en titre. Le maréchal de Vieilleville ne consentit à son départ qu à la condition qu'il reviendrait incessamment, ef, pour s'assurer de l'exécution de sa promesse, il le fit accompagner par l'official du diocèse!. Le P. Auger retourna en effet promptement à Lyon où les chanoines de Saint-Jean avait obtenu du P. Général qu'il prolongeñt son séjour*. Les ministres calvinistes, irrités. de voir l'ardent missionnaire poursuivre dans cette ville l’œuvre féconde de son apostolat, conçurent contre lui une rage sourde qui pouvait se changer d’un moment à l’autre en quelque attentat criminel. Aussi les magistrats avaient-ils pris la précaution de le faire accompagner d'une escorte, chaque fois qu'il se rendait à une église. Il y eut, au contraire, d'autres protestants, engagés dans l'erreur par simplicité plus que par mauvaise foi, qui vinrent le consulter dans leurs doutes. Sa condescendance gagnait le cœur de ceux qui étaient le plus prévenus contre lui. « A la Cène que les hérétiques célébrèrent à Lyon au mois d'août, écrit un confrère du P. Émond, vingt-cinq mille personnes s'étaient fait inscrire; à celle qui suivit, quinze mille seulement avaient donné leurs noms; à la dernière, qui eut lieu le dimanche après Noël, on n’en comptait plus que quatre mille : c'étaient presque tous des étrangers*. »
10. Les labeurs du P. Auger augmentant à proportion de ses succès apostoliques, il sentait la nécessité d’avoir auprès de lui un auxiliaire vaillant, mais il ne put en obtenir. Toutefois les circonstances lui ménagèrent bientôt un secours dans la personne du P. Possevin. Celui-ci, en effet, fut réclamé par les marchands italiens qui, retirés dans le Comtat pendant l'occupation de Lyon par les huguenots, étaient revenus dans cette ville après le rétablissement du culte catholique. Le P. Laïinez répondit à leurs vœux d'autant plus facilement que les intérêts de la religion couraient alors plus de dangers en France qu'en Italie“. Possevin était à Fossano, quand une lettre datée de Trente lui apprit cette décision : il quitta pour toujours sa commanderie de Saint-Antoine, qui venait d’être donnée à un homme de
{. Lettre du P. Faber.
9. Lettres des chanoines au P. Général, 23 juillet 1563 (Gall. Epist,, II, f. 133). 3. Lettre du P. Faber.
4, Lettre du P. Possevin au P. Lainez, 15 sept. 1563 (Acta a Possevino).
bien par les soins du P. Polanco et de l’abbé de Saint-Sauveur.
À son retour à Lyon, rien n’égala la joie de ses compatriotes si ce n’est la fureur des hérétiques, qui semèrent les embüûches sous ses pas. On le logea d’abord au couvent des Dominicains et il reprit ses prédications à Notre-Dame de Confort: mais les huguenots se mirent à lancer des pierres dans l’église. D’ailleurs, les italiens trouvèrent leur missionnaire mal gardé dans une maison où peu de religieux étaient rentrés: ils lui choisirent une autre demeure et Le firent prêcher à l’église Sainte-Croix. IL sy rendait chaque jour escorté, à son insu, de catholiques armés, tout prêts à le sauver des insultes ou des coups®?.
Le P. Possevin connaissait l'attachement des marchandsitaliens à l’Église romaine; mais il voyait le salut de leurs âmes très exposé par l'appât du gain qui les avait attirés dans une cité commerçante. Il résolut donc de les instruire des questions d'intérêt, où l'on peut se faire si facilement illusion. Il étudia soigneusement cette matière, les différents contrats et les principes sur lesquels ils étaient fondés. Il ne se contenta pas de lire les meilleurs ouvrages relatifs à ce sujet; il consulta encore les plus honnêtes négociants, le consul de la nation florentine et un de ses amis, très versé dans la science du droit. IL composa, sur les contrats usités dans le commerce, un petit traité où il s’attachait à éclaircir ce qu'ils ont de plus obscur’. En même temps, par de simples et solides instructions, il exposait la doctrine des théologiens et s’efforçait d'inspirer de l'horreur pour tous ces subterfuges sous lesquels se cachent l’usure et la cupidité#.
Ces occupations ne ralentirent point sa lutte contre les novateurs. II ne cessa de les combattre, avec leurs propres armes : eux, pervertissaient les esprits par les mauvaises lectures: lui, publia et répandit de toutes facons les bons livres, exhorta les ecclésiastiques à en distribuer au peuple, aux malades, aux prisonniers. Il écrivit, sur des matières de piété, plusieurs opuscules qu'il jetait comme une semence féconde dans la foule ignorante ou trompée. « Il ne sera pas dit, répétait-il souvent, que les hérétiques seront plus zélés pour étendre leurs superstitions que les catholiques pour conserver la religion de leurs pères. » Un