Du Boulay, op, cit
2. Douarche, L'Université et les Jésuites, p. 67, 68. 3. Du Boulay, op. cit., p. 916.
croyances ou leurs principes. Le P. Lainez, alarmé de ces difficultés, supplia le Pape de délivrer les membres de la Compagnie et leurs élèves de pareïlles entraves. Pie IV, par le Bref Exponi nobis, confirma et étendit les privilèges déjà concédés par Jules IIT!, en accordant au Général le droit de conférer par luimême et par ses délégués les grades de bachelier, licencié, maitre ès arts et docleur?. Mais en France on n'avait point fait usage des privilèges conférés par ce Bref: les Jésuites de Paris consentaient même à prendre les degrés avant d'enseigner, et à présenter à l'examen de l’Université ceux d’entre eux qui auraient fait ailleurs leurs études.
Bien qu'ils fussent parfaitement en règle, le Recteur, Jean Prévost, n'était pas homme à négliger les avis et conclusions de l’Assemblée du 8 octobre. Le 20 du même mois, il intima l’ordre aux professeurs du collège de Clermont de cesser leurs cours € jusques à tant qu’ils auroient monstré leurs bulles et arrest du Parlements ». Ces deux pièces furent exhibées aussitôt, néanmoins le Recteur, qui aurait bien voulu ne pas les trouver en si bonne forme, se garda de retirer sa défense. Les Jésuites adressèrent alors une requête au Parlement, « afin de pouvoir persévérer en leurs lectures, nonobstant la prohibition de M. le Recteur, jusqu'à tant qu’autrement en fût ordonné # ». Sur le refus de Jean Prévost de comparaître au parquet des gens du roi, comme l'ordre lui en avait été signifié par le procureur général, la Cour autorisa les suppliants à continuer leurs classes.
6. Les Pères profitèrent de ce premier avantage pour solliciter de nouveau la faveur d’être immatriculés au corps de l’Université. À cet effet ils lui présentèrent, signée du P. Odon Pigenat, préfet des études, « une requête très bien faite, d’une bonne latinité, d’un style modeste et respectueux, demandant qu'elle consentit, comme une mère bienveillante, à les reconnaitre pour ses en-
1. Instil. Soc. Jesu, t. 1, p. 26. Cf. Epist. P. Nadal, t. II, p. 347.
2. Jules III avait accordé, sous certaines conditions, la faculté de conférer les grades en philosophie et en théologie aux scolastiques étudiant dans un collège de la Compagnie situé dans un centre universitaire. Pie IV étendit cette faculté aux élèves de ces mêmes collèges, étrangers à la Compagnie, pour le cas où les Recteurs de l’'Université refuseraient de les promouvoir, mais à condition de payer à l'Université les droits d'examens. Si les collèges ne se trouvaient pas dans un centre universitaire, la Compagnie pouvait conférer les grades à tous ceux qui avaient étudié sous sa discipline, :
3. Requête présentée au Parlement par les Jésuites, dans Prat : Maldonat, pièces justificatives, n° v.
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fants! ». Sur les conditions auxquelles ils désiraient être reçus, ils s’expliquaient de la manière la plus propre à lever tous les obstacles : « Nous déclarons, disaient-ils, que notre Institut ne nous permet point d’aspirer aux dignités ni aux autres bénéfices ecclésiastiques, ni de tirer de nos travaux aucun salaire, aucun profit purement temporel. Ainsi nous renoncons au droit de nominations et de grades, et à tous les privilèges qui regardent cet objet. Nous renonçons même, quoique notre Institut ne nous y oblige pas, à toutes les magistratures académiques, au rectorat, aux dignités de chancelier et de procureur de la Nation à laquelle chacun de nous se trouvera appartenir. Mais, si nous nous désistons de toute prétention à ces charges, notre dessein n'est pas de nous soustraire à l'autorité de ceux qui en sont revêtus. Nous promettons à M. le Recteur, et aux autres dignitaires, toute l’obéissance qui leur est due. Nous nous engageons aussi à observer, en choses licites et honnêtes, les statuts de l’Universilé et des Facultés dans lesquelles nous serons admis. En un mot, nous nous acquitterons, envers M. le Recteur et envers l'Université, de tous les devoirs et ue de soumission qui peuvent compatir avec notre Institut.
Non contents de ces protestations cénbles, les Jésuites entraient dans le détail de certaines lois académiques qu'ils promettaient d'observer fidèlement. Ainsi, outre ce qui regarde les grades, ils s’engageaient encore à ne point admettre à leurs leçons les écoliers des autres collèges, après le commencement des semestres de la Saint-Rémi et de Pâques, à moins d’une permission des anciens professeurs ; à aller aux processions de l'Université et à y envoyer quelques-uns de leurs élèves, selon l’usage des autres collèges. Enfin ils terminaient leur requête par ces paroles pressantes : « Nous conjurons votre sagesse de ne pas permettre que ceux qui se sont écartés de la foi catholique se réjouissent plus longtemps de nos disputes, et en tirent avantage ; mais au contraire de consentir, suivant le vœu de tous les gens de bien, qu’il nous soit permis de combattre, sous vos ordres, contre les attentats impies des ennemis de la religion que vous avez toujours défendue, et de nous enrôler pour cette guerre sainte, comme des soldats du dernier rang, qui désirent vous avoir pour capitaines et pour chefs?. »
1. Du Boulay, Histor. Univ. Paris., t. VI, p. 172. 2. Traduction de la Requête latine des Jésuites aux Recteur et officiers de la célèbre Académie de Paris. Voir Du Boulay, Op. cil., p. 584, 585. Û
7. Cette supplique, si « modeste et respectueuse » qu'elle fût; n’aplanit pas toutes les difficultés. « Nous nous acquitterons, avaient dit les Jésuites, de tous les devoirs et témoignages de soumission compatibles avec notre Institut. » Une réserve si légitime froissa l’Université, qui résolut de maintenir fermement ses premières décisions. Ce n’était là d’ailleurs qu'un prétexte; le vrai motif de sa résistance était dans le succès toujours plus grand du collège de Clermont.
« Nos classes sont florissantes, écrivait, au mois de mai 1565, le P. Edmond Hay, alors Recteur; le nombre des élèves qui les fréquentent s'accroît de jour en jour. Nous donnons les leçons qu’on donne ordinairement dans les autres collèges : une de logique, une autre de rhétorique. Nous avons en outre deux classes de grammaire, qui abondent aussi d’écoliers. Nous n'avons pu cette année-ci en ouvrir de nouvelles, soit parce que nous n’avions pas assez de professeurs, soit parce que le local nous manquait..... Le matin, à six heures!, nous donnons une leçon de grec à un grand nombre d’auditeurs ; à une heure après midi, on explique les Emblèmes à plus de soixante étudiants. Quant aux lecons de métaphysique, qui ont lieu à deux heures, elles attirent un concours immense.
« Pour rester fidèles au devoir principal de notre vocation, nous expliquons deux fois, tous les dimanches et jours de fête, le catéchisme du R. P. Canisius : le matin aux enfants, dans l'après-midi aux personnes plus avancées en âge. Vous ne pourriez vous figurer combien ces instructions sont fréquentées.
« Ces divers exercices sont aussi agréables aux gens de bien qu'ils sont odieux et formidables à ceux qui obéissent plus à la soif de l’or qu'au désir de la gloire de Dieu, et le nombre, hélas! en est très grand à Paris. Cette classe d'hommes s'oppose de tout son pouvoir à nos efforts, mais avec plus d’animosité que de succès. Nous espérons que l’Université nous admettra bientôt, bon gré mal gré, dans son sein; car elle commence à voir qu'elle a contre nous moins de pouvoir qu’elle ne l'avait d’abord supposé. Elle à recouru à tous les moyens, pour nous imposer si-
1. Celte heure matinale nous surprend, mais c’élait | usage alors dans l'Université de Paris, usage très incommode pour des professeurs qui étaient en même temps des religieux. C’est pourquoi le P. Laurent Maggio, visiteur du collège de Paris en 1587, défendit de commencer les cours avant neuf heures : « Magistri non doceant hora sexta cum tanto incommodo; sed hora nona docere aggredientes finem suis lectionibus imponant hora undecima et dimidiata, sicut vesperi hora quinta cum dimidia » (Registre du coll. de Clermont, Bibl. nat., mss. lat., 10,989, f. 56-76),