‹ Histoire de la Compagnie de J©♭sus en FranceChapitre 259 sur 457 · AI #: D 71) MEN "272 D · texte numérisé non relu

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lence de son autorité propre, mais en vain. Le Parlement ayant” évoqué cette cause à son tribunal nous a non seulement permis, mais même ordonné, d'enseigner. Celui qui était en ce moment Recteur et qui, comme théologien, avait mieux connu l'équité de notre cause, se repentit alors de son opposition et tenta de nous recevoir; mais il s’y prit trop tard; son trimestre allait expirer. Cependant, avant de sortir de charge, il présenta de notre part notre supplique aux Facultés réunies, et recommanda notre cause aux principaux membres de ce corps; enfin, il obtint par ses démarches que l'Université confierait l'examen de toute cette affaire à une commission spéciale, qui serait chargée d’aviser aux moyens d'établir nos rapports avec elle, et soumettrait ensuite son avis au conseil de l'Université. Dans l’intervalle, le temps de la charge du Recteur théologien vint à expirer; il fut remplacé par un certain médecin, que son art et son anlipathie éloignaient autant de nous que l'autre s’en rapprochait par sa profession et par ses sentiments. La commission fit à ce nouveau Recteur, sur l’objet de sa délibération, un rapport qui concluait à nous incorporer, à recevoir nos frères aux différents degrés, gratis, à titre de pauvreté, ou à moins de frais. Mais le Recteur, à l’instigation des membres de sa Faculté, qui nous sont généralement peu favorables, rejeta notre supplique. Du reste, cette injustice lui mérita autant de blâme qu’elle nous attira de considération.

« Pour nous, luttant avec courage contre tant de mauvais vouloir, nous commençâmes alors à organiser les classes ordinaires; et beaucoup d'élèves, malgré tout ce que firent les Principaux pour les éloigner de nous, accoururent des autres collèges à nos leçons. L'Université réunit aussitôt ses comices contre nous, et là, animée à notre égard des sentiments qu’avaient autrefois les Pharisiens pour Jésus-Christ, elle s'écria comme eux : « Vous Le voyez, nous « avons beau faire, tout le monde les suit. » Il fut donc convenu, dans cette assemblée, qu’on nous intenterait un procès et qu’on nous traduirait devant le Parlement. Cependant comme ils ne savent quel grief invoquer, ils ont différé jusqu’à présent de formuler une accusation. En attendant, ils mettent tout en œuvre pour attirer sur nous le mépris public. Leurs écoliers s’exercent à la sa'ire, en français et en latin, à nos dépens; nous servons de thème aux déclamations qu’on leur donne à composer. Dans deux collèges, on préparait contre nous des comédies et des tragédies; on allait même les jouer, lorsque le procureur da roi

manda les Principaux de ces deux collèges; il leur reprocha sévèrement d'oublier la charité chrétienne et de poursuivre avec tant d’inconvenance et d’animosité, au risque d’exciter des troubles, des hommes qui non seulement sont innocents mais qui encore méritent bien du pays. Il ajouta que par une telle conduite, ils montraient bien qu’ils se souciaient peu de conserver la discipline dans l’Université, comme ïls s’en vantaient, mais qu'ils avaient pour persécuter les Jésuites des motifs beaucoup moins honnêtes : « Allez donc, dit-il en finissant, détruisez vos prépa- « ratifs et vos théâtres, autrement, moi qui suis chargé de veiller « à ce que dans l’État les méchants n’entreprennent rien contre « les braves gens, je saurai bien vous y forcer. » Ils obéirent à contre-cœur.

« Au reste, quoique nous ayons eu souvent occasion de parler au procureur du roi, nous ne lui avons jamais dit un mot de cette affaire; d'autant moins que l’acharnement de nos adversaires, outre qu'il exerce notre patience, nous attire encore de la part des bons beaucoup de considération et de faveur. Et ainsi, grâce à Dieu, qui tourne tout à notre avantage, nos ennemis font estimer notre Institut en s’efforcant de couvrir notre nom d'ignominie... Écrit à la hâte, de Paris le 13 février 1564/51. »

Cette lettre du P. Hay, annonçant une victoire presque certaine, était bien faite pour blesser la susceptibilité des adversaires di collège de Clermont : elle contenait des révélations et des vérités qui ne pouvaient leur plaire. Le P. Prat, dans son ouvrage sur Maldonat, prétend qu’elle fut interceptée, et que sa lecture redoubla l’acharnement de l'offensive ?.{Nous n’avons vu aucune preuve directe de cette violation du secret naturel./L'opinion du P. Prat est fondée sans doute sur ce fait, d’ailleurs étrange, que Du Boulay trouva la lettre dans les Archives de l’Université. Elle n'était donc point parvenue à son destinataire, qui, d’après l’en-tête, était un jésuite. Un autre historien, Crevier, nie timidement l’acte d'indélicatesse et n’admet pas que ce document ait exercé quelque influence sur les décisions prises contre les Pères. « L'Université, dit-il, n’eut sans doute pas connaissance de cette lettre, qui attribuait la résistance qu'éprouvait la Société à l'amour du gain et à l'envie; [mais elle] présumait que telle était

1. Cette lettre a été publiée par Du Boulay : Histor. Universil. Parisiens., t. VI, p. 589, 590.

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