III. Archives de la Province de Lyon
Sources imprimées : D’Argentré, Coilectio judiciorum. — Du Boulay, Histor. Univer.
Parisiens. — Loisel, Opuscules. — Godefroy, Le cérémonial français. — Manare, De rebus Soc. Jesu Cominentarius. — Du Moulin, Œuvres complètes. — Pasquier, Lettres; Recherches. — Pièces fugitives pour servir à l'Histoire de France. — Prat, Maldonat
et l'Université de Paris.
1. Lorsqu'il lui fallut choisir son défenseur, l’Université se trouva dans une situation assez embarrassante. Elle ne pouvait songer à Du Moulin qui, «le plus docte de son temps en droit civil et coustumier, était malhabile en la fonction d'avocat, principalement au barreau! ». Elle avait bien quatre avocats ordinaires, Montholon, Choart, Chauvelin et Chippart, tous personnages de poids. Mais le premier s'était déjà prononcé en faveur des Jésuites qui l'avaient consulté; Le second était suspect parce que son beau-père leur était dévoué, et les deux derniers avaient signé pour eux dans plusieurs rencontres*. Le Recteur et les députés décidèrent, le 7 mars, que l'on ne pouvait recourir à des hommes dont les antécédents inspiraient des soupçons, et qu'il fallait confier la cause à un homme parfaitement sür.
1. Ainsi en parle un contemporain, Antoine Loisel, dans Pasquier, ou dialogue des avocats du Parlement de Paris (Edition Dupin, p. 82). 2, Cf. Crevier, Hist. de l’Univ., t. VI, p. 181.
Une circonstance fortuite offrit à l'Université un avocat auquel personne ne pensait, et qui lui-même ne songeait point à cette bonne fortune. C'était Étienne Pasquier, alors âgé de trente-six ans et médiocrement employé au barreau : « Lorsque J'arrivay au Palais, nous apprend-il dans une de ses Lettres, ne trouvant personne qui me mist en besongne et n’estant né pour être oiseux, Je me mis à faire des livres, mais livres conformes à mon aage et à l'honneste liberté que je portois sur le front!. » Dans
ses loisirs forcés, à la campagne, Pasquier avait eu l’occasion de.
lier connaissance, durant plusieurs mois, avec deux membres influents de l’Université : Béguin, grand-maitre du collège Cardinal Le Moine, et Le Vasseur, principal du collège de Reims. Ces deux docteurs, très attachés aux opinions gallicanes et aux privilèges universitaires, avaient pu se convaincre que Pasquier partageait leurs prétentions et qu’il saurait au besoin Les défendre. En voyant l’Université embarrassée pour le choix d’un avocat dans son procès avec les Jésuites, ils se souvinrent de leur ancien ami, le proposèrent et le firent agréer du Recteur et des députés.
Réunie en assemblée plénière, le 17 mars, l'Université, après avoir accepté ce défenseur, nomma une commission chargée de lui fournir des renseignements et des explications précises sur toute l'affaire. Deux membres de chaque Faculté furent désignés pour en faire partie. C’étaient Le Vasseur et du Gast, de la Faculté de théologie; Rivière et Gilbert, de la Faculté de droit: Gorrée et Magnus, de la Faculté de médecine ; Ramus et Guillaume Galland, de la Faculté des arts, auxquels ou adjoignit Fabre et Pelletier.
Dans la séance du lendemain, il fut décidé : 1° que le Recteur, au nom de tout le corps, engagerait chacun des principaux, des professeurs et des philosophes à aider la commission dans l’accomplissement de sa charge; — 2° qu’on prierait les prédicateurs de visiter en particulier les membres du Parlement, qui habitaient leurs paroisses, afin de leur recommander la cause de l’Université?. Comme si ce n’était pas encore assez, on fit appel à tous ceux qui, pour un motif ou un autre, se trouvaient intéressés à la ruine du collège de la Compagnie. Le Cardinal Odet de Chätillon, les chanceliers de Notre-Dame et de Sainte-Geneviève, l’évèque et les curés de Paris, le prévôt des marchands et les éche-