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procureur, régens cl escholiers, non distingués d’habits ni de vivre, non autrement distingués des autres collèges [si ce n’est, qu’on y enseignera gratis. Et par ce moyen les pauvres auront autant de commodité d’estudier que les riches, lesquels seuls sont communément avancés aux autres collèges. De là vous voyez, Messieurs, que l’on n’a pas plaidé ce qui s'offre, [et que l'avocat de l'Université] comme dans un exercice de classe, s’est forgé un thème où il pût s'étendre en de puériles déclamations. »
Toutefois, le collège de Clermont se trouvant enveloppé par lui dans les accusations qu’il a formulées contre toute la Compagnie, le défenseur des Jésuites va les reprendre et les réfuter une à une. Versoris montre alors la Société d'Ignace, légitime dans son établissement, puisqu'elle a pour auteurs les Souverains Pontifes, qui ont seuls le pouvoir et le droit de fonder dans l'Eglise de nouveaux Ordres religieux, selon les besoins du temps.
Le nom qu'elle porte, elle l'a moins pris que reçu du Saint- Siège, comme on le voit au commencement des Constilutions!. Ses religieux ne peuvent user du nom de Société du collège de Clermont, que dans les maisons fondées pour eux par l'Évêque leur bienfaiteur. 11 faut qu'ils aient un nom commun : et quel autre peuvent-ils prendre, que celui que portent leurs confrères dans tous Les autres pays?
Pour ce qui est de l'obéissance, tout le monde « est d'accord que le Pape est constitué en la première dignité de l'Église »; quelle faute est-ce done que promettre de lui obéir? D'ailleurs quand « ceux de cet Ordre promettent obéissance au Pape, cela s'entend in licitis: s'il leur estoit commandé par les Papes chose illicite, ils ne sont tenus obéir. »
« Quant aux richesses... ce sont inventions du faiseur de Rythme », c'est-à-dire de Turnèbe; « les profès ne peuvent rien avoir et sont mendiants; aux collèges, ils n'ont rien en particulier ».
Versoris prouve ensuite, contre Pasquier, que l'intérêt de l'Église, de l'État, de l’Université n'est pas incompatible avec l'existence de la Compagnie de Jésus. Les Jésuites, en effet, dépendent du Saint-Siège comme tout le clergé; la hiérarchie ne saurait être troublée par des privilèges, que les Papes leur ont octroyés pour maintenir la stabilité de leur Institut. — Ils ne font courir non plus aucun danger à l'État, puisqu'ils obéis-
1. Quae a Sede apostolica in sua institutione Societas Jesu nominata est (Æxam. Gen., €. 1).
sent aux lois et prêchent à tous cette nécessaire et légitime sujétion. — L'Université, elle aussi, doit se rassurer, car les Jésuites n’ignorent pas que leurs privilèges, suivant l’interpréta-
tion commune, « ne peuvent et ne doivent s’estendre au pré-.
judice d’autres ». Ils respecteront ses usages et ses statuts € Is sont prèts à subir le règlement et ils l'ont requis. Ils demandent participer et communiquer à la science. Cela ne se peut dénier de droit de nature... L'Université ne perd rien pour cela; c'est plus d'honneur, plus on se communique et plus on se fait connoistre ; le témoignage en est plus grand et plus universel. » L'avocat des Jésuites ne demande donc pour ses clients que la liberté absolue, et sans réserve, de l’enseignement publie. Il aborde enfin le reproche d'hypocrisie et le repousse avec dignité, en demandant des preuves que Pasquier s'était bien gardé de donner : « L’hypocrisie, dit-il, est une simulation des œuvres de l'affection; qu'on dise en quoi les demandeurs ont déguisé leur forme de vivre, et on y répondra. Le cœur est cognu et ouvert à Dieu seul; c'est à luy à en juger et non à autre, de peur quil ne se trompe en chose qui lui est fermée et cachée. » Tous les inconvénients, que l'on prétendait résulter de l’agrégation du collège de Clermont à l’Université, étaient donc réduits à néant. Versoris, dans sa conclusion, en fit ressortir les grands avantages pour l'instruction de la jeunesse : « La cour, dit-il, sçait la différence de science et de sagesse : la science qui fait le
superbe; la sagesse qui au contraire n’est Jamais superbe et que
Cicéron appelle l’art de bien vivre, la mère de tous les autres arts... Autrefois, en l’Université, on a voulu montrer et la science et la sagesse ensemble »; aujourd'hui, au collège de Clermont, € on mesle avec la science la correction et l'instruction des mœurs. » :
C'est par cette lecon indirecte, à l'adresse de leurs adversaires, que le défenseur des Jésuites termine sa réplique : les Pères du collège de Clermont ne veulent que ramener les beaux temps de l’Université; en formant les intelligences de leurs élèves à la connaissance des arts libéraux, ils formeront aussi leurs cœurs aux principes religieux par l’enseignement du catéchisme, « ce qui vaut mieux, ajoutait Versoris, qu'un de Arte amandi d'Ovide et autres livres qui corrompent la jeunesse ».
Tout ce discours, si plein de raison et de modération, contrastait singulièrement avec la fougue et l'ironie de Pasquier. On y chercherait en vain les qualités littéraires de celui-ci. Versoris,
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tout entier à ses procès, n'avait guère le temps de joindre le culte des lettres à la science des lois; aussi n'a-t-il pas évité les défauts de son temps, les citations multiples et de mauvais goût. Malgré cela, son plaidoyer tel qu’il est, justifie encore l'estime de ses contemporains pour son grand sens et son bon jugement.
G. Restait à entendre les conclusions des Gens du roi. L'avocat général du Mesnil, fort écouté au Parlement, prit la parole. C'était un magistrat intègre et savant, dont un de ses collègues! a pu dire que, « homme de bien au palais, en particulier et en publie, il ne sacrifia jamais à la faveur ». Cette fois, cependant, placé entre deux partis qu'il voulait également ménager, il se laissa moins inspirer par la justice que par son attachement aux libertés gallicanes et à l’Université. Tout en approuvant l’mstruction gratuite donnée par les Jésuites à la jeunesse, il conclut contre l’enseignement de leur collège, « leur religion, prétend-il, n'étant approuvée en France, ains interdite par l'acte même de la congrégation de Poissy, conséquemment ils ne pourroient tenir collège, parce qu'un collège de réguliers ne peut être tenu pour licite ou recevable, dont l'ordre et profession est illicite et rejettée ».
Il est étrange de voir du Mesnil arguer de l’Assemblée de Poissy, puisque celle-ci, sans déclarer qu'elle acceptait la Compagnie de Jésus, comme Ordre religieux, dans le royaume, avait pourtant permis son établissement dans la capitale, sous le nom de Société du collège de Clermont. C'était là un acte favorable aux Jésuites, et bien de nature à incliner les juges à l’union de ce collège à l’Université. L'avocat général interprète donc faussement un texte qui était, en somme, contre lui. Après cela, dans le dessein de paraitre équitable, il suggéra au Parlement un « moyen neutre » de concilier « à peu pres » deux objets qui paraissaient se combattre dans la cause, l'exécution du testament de M:' du Prat et les prétendues lois de l'Université : « Qu'en ceste ville de Paris, dit-il, soit estably un collège, des biens délaissez par ledit évesque,.… duquel sera recteur et modérateur un bon personnage, non régulier d'aucun ordre, encore moins de cette Société; qu'en ce collège soyent nourris et instituez gratis aux premières lettres douze pauvres enfants, quatre de Paris, quatre de Clermont et deux de chascune des villes de Bil-
1. Le premier président Christophe de Thou. Cf. Du Boulay, Hist. Univ. Paris., t. VI, p. 981 et de Thou, His. Univ., 1. V, p. 29.
lom et de Mauriac; auquel collège seront establis six autres boursiers, pour six de cette Société qui y pourront estre recus, nourris et logez l’espace de dix ans, sous l’obéyssance du principal, lesquels pourront prendre leurs degrez en l’Université, jouyr des privilèges d'icelle et faire leçons publiques et privées audit collège, avec les autres régens qui y seront establis par la volonté, puissance et congé dudit principal! »
La cause était entendue. Il appartenait au Parlement de se prononcer entre les Jésuites, défenseurs du catholicisme contre l’hérésie, et l’Université que favorisaient les partisans des huguenots. De là l’indécision des magistrats ; ils ne voulaient ni donner les apparences d’un triomphe au parti protestant, ni sacrifier les libertés gallicanes au parti ultramontain. Le premier président, Christophe de Thou, et le procureur général Gilles Bourdin, voyant dans les Jésuiles de précieux auxiliaires contre les sectes nouvelles, crurent servir la religion en faisant pencher la balance
de leur côté. Sous l'influence de ses deux premiers dignitaires,
le Parlement repoussa les conclusions de l'avocat général; il choisit un moyen terme qui, sans condamner l’Université, ne donnait pas complète satisfaction à la Compagnie de Jésus. Par arrêt du 5 avril 1565, la cause fut appointée, comme on disait alors, toutes choses demeurant en état?. « C'était, dit Pasquier, un coup fourré; car [les Jésuites] ne furent pas incorporez à l’Université, comme ils le requéroient; mais aussi, estans en possession de faire lectures publiques, ils y furent continuez. »
Peut-être, comme le prétend un auteur moderne, les succès du collège de Clermont n’ont-ils pas été étrangers à la décision du Parlement. Les Jésuites s'étaient occupés déjà sérieusement de l’organisation de leurs classes, et ils avaient d'excellents professeurs. L'Université au contraire n'avait pas encore ses Rollin, ses Coffin, ses Mesengui. Quelques-uns de ses collèges étaient dans un désordre complet, à la veille de fermer, faute de fonds nécessaires. La comparaison était donc à l'avantage de ses rivaux qui joignaient au prestige de la nouveauté, toujours bien venue en France, le talent et le zèle d’une institution naissante. Cette considération a pu sans doute influer sur l'esprit des magistrats, et l'historien de Thou reconnait que les juges eurent égard au