Lettres, liv. IV, 24, Liv. XXI
4, M. Émond dans son Histoire du collège Louis-le-Grand, p. 24.
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mérite du P. Maldonat. Nous pensons cependant, avec le même historien, que le principal motif de leur détermination fut leur désir d'opposer une éducation solidement chrétienne aux envahissements du protestantisme. À ce moment même ils étaient appelés à se prononcer sur une dénonciation de Charles Du Moulin qui, lui aussi, accusait les ministres « de dresser collèges publics et particuliers, et façonner la jeunesse à leur cordelle pour haïr et abhorrer tout ce qui n’est de leur secte et consistoire? ».
Mais, alors, pourquoi n'avoir pas porté un arrêt définitif en faveur des Jésuites? Dans cette conduite réservée du Parlement, le P. Richeome voit « un trait de rare prudence » imposé par la situation présente. Une sentence définitive et absolue aurait pu déchainer les haines, qui frémissaient autour du collège de Clermont. IL parut plus sage de calmer « les menées et fureur des ennemis » par l'espoir d’une reprise de la cause; de plus, en mettant « doucement les Jésuites en possession » on donnait « loisir à ceux qui s’estoient faicts parties, sans mauvaise intention, de [les] cognoistre par leurs actions pour les aymer et prendre fruict de leur industrie* ».
7. L'appointement ordonné par le Parlement ne désarma pas les adversaires de mauvaise foi; dans leur hostilité mécontente et envenimée, ils épièrent l’occasion propice de recommencer la latte. L'Université sollicita en vain le premier président de reprendre la cause en audience publique, pour obtenir jugement. Sur le refus de Christophe de Thou, elle tourna ses regards vers la cour royale qui continuait son voyage dans le midi de la France. Elle savait assez les dispositions du roi, de la reine-mère, des éardinaux et de plusieurs seigneurs à l'égard des Jésuites; elle ne doutait pas que les démarches de ceux-ci ne fussent favorablement accueillies, s'ils avaient recours à leurs puissants protecteurs. Comprenant le danger, les humanistes du collège royal, qui faisaient cause commune avec l'Université, prirent les devants et essayèrent, par leurs amis, de balancer dans le conseil du roi les influences dont la Compagnie de Jésus pouvait disposer. Turnèbe, au nom de son parti, s'empressa de réclamer le concours
1. Histoire universelle, 1. LXXVIIT. — Le P. Manare juge de même quand il dit qu'une partie des magistrats furent inspirés par la considération des intérêts de toute l'Eglise (op. cil., p. 97, S 48).
2. Du Moulin, Œuvres complètes, t. V, p. 625-626. Dans cette dénonciation, Du Moulin réunit sous 34 chefs les principaux délits qui appelaient sur les ministres l’animadversion de la justice.
3. Response au playdoyé de Simon Marion, c. 1v, p. 26 (Villefranche, 1599).
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de Henri de Mesme, maitre des requêtes et confident du chancelier de L'Hôpital : « Nous craignons, lui écrivait-il, que l’arrivée de la reine d'Espagne! et son entrevue avec la reine-mère ne nous nuisent beaucoup, car nous pensons que [les Jésuites] ne manqueront pas d'employer la médiation de cette princesse auprès de sa mère. Nous vous prions done, dès que vous aurez vent de leurs démarches, de défendre contre eux les intérêts de notre école dont vous êtes un des plus brillants élèves, et les intérêts de la patrie qui vous est chère; de ne pas permettre enfin que cette secte, par ses ruses et ses artifices, parvienne à réussir au détriment et à la ruine de l'État?..…. » Trois semaines après avoir écrit cette lettre, Adrien Turnèbe paraissait devant le Souverain Juge : il avait refusé, à sa dernière heure, les secours de la religion.
Quand ils virent qu'ils ne pouvaient rien contre la Compagnie de Jésus par les voies légales, quelques-uns de ses ennemis s’exaspérèrent au point de vouloir détruire le coliège et d'en massacrer les habitants. Les amis des Pères, effrayés de ces menaces, leur conseillèrent de céder à cette fureur et d'interrompre leurs cours. Mais les Jésuites pensèrent qu'une telle conduite nuiraïit beaucoup à leur cause; ils s’efforcèrent d'amener leurs partisans à changer d’avis : « Après d’actives et discrètes informations, raconte le P. Provincial, nous découvrimes que nos adversaires n'avaient pas renoncé à leurs mauvais desseins, mais attendaient que les huguenots, comme ils en avaient l'espoir, fussent maitres de la ville. Mis au courant de ces circonstances, nos amis jugèrent alors que nous devions continuer les cours, ce que nous fimes avec empressement, et les élèves y vinrent peui-être encore plus nombreux qu'auparavant. Il serait trop long d'énumérer tout ce que nous eûmes alors à souffrir : les libelles français ou latins publiés contre nous, les assauts livrés au collège qu'on voulait envahir, les fenêtres brisées à coups de pierres, les ordures qu'on nous jetait dans la rue, les comédies où nous étions tournés en dérision. Béni soit Dieu qui a tout permis! Si petite qu'ait été notre patience à supporter ces épreuves pour sa gloire, nous savons qu’elle a été pour beaucoup un sujet d'édification *. »
Ni la patience des religieux, ni la protection du Parlement ne suffirent à calmer les colères déchaïinées contre Le collège de Cler-
1. Élisabeth, fille de Henri II et de Catherine de Médicis, mariée à Philippe II. 2. Lettre de Turnèbe à Henri de Mesme (Biblioth, nat., f. Dupuy, vol. XVI, f, 9) 3. Manare, De rebus S. J., p. 98.
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mont. Les universitaires, de plus en plus vexés de sa prospérité, tentèrent une nouvelle attaque : ils envoyèrent par leurs appariteurs l’ordre de cesser les cours. La Sorbonne, par ses députés, fit défense absolue d'enseigner la théologie, ce qui fut enjoint dans les mêmes termes au P. Provincial par les docteurs qu'il alla voir ensuite. Il leur démontra que le collège n'avait ouvert ses cours ni par ruse, ni par force, mais par la volonté du roi, l’ordre du Parlement et le consentement du Recteur; il les supplia de le laisser unir ses efforts aux leurs pour opposer une digue au débordement du mal et de l’hérésie. Ces messieurs de l’Université et de
la Sorbonne ne voulurent rien entendre.
8. Comme on se préparait à user de procédés plus rigoureux, les Pères avisèrent aux moyens d'en prévenir l'exécution. Dire ouvertement aux élèves que les cours étaient interdits, eût été les exaspérer. Sur une décision prise par les Supérieurs, les régents se contentèrent d'annoncer, en classe, que le Recteur de l’Université avait demandé la fermeture du collège jusqu’à l'exhibition des pièces attestant le droit d'enseigner; ils ajoutèrent qu'il fallait prendre en patience, et comme un témoignage de soumission, cette interruption momentanée. À peine cette mesure fut-elle proclamée, à la classe du matin, qu'aussitôt éclata un grand tumulte. Frémissants de colère, les écoliers s’excitent à recourir aux armes pour demander raison de cette interdiction au Recteur de l'Université; ils se répandent dans les rues et les places publiques, affichent des protestations et réclament justice.
Quant à moi, raconte le P. Manare, désirant apaiser la tempête, je me rendis de suite au Parlement où j’exposai ce que nous avions fait pour obéir au Recteur et éviter la révolte des écoliers. Mais tout avait été inutile; un grand danger était imminent et il n’était pas en notre pouvoir de le conjurer; voilà pourquoi nous recourions à l'autorité que le Parlement tenait du roi. » On proposa aussitôt de mettre à sa disposition les cinq cents soldats chargés de la garde ordinaire de la cité. Le Père fit remarquer qu’un soulèvement d'étudiants ne se réprimait pas par les armes, et qu'il ne lui convenait pas de commander une be de soldats. D'ailleurs, l'emploi de la force ne servirait qu'à augmenter le désordre et peut-être à faire couler le sang. Il indiqua un moyen plus modéré et plus efficace. Qu'il soit seulement permis de rouvrir les cours par ordre du roi et du Parlement : à l'heure ordinaire des classes, on sonnera la cloche, et certainement les
élèves, à ce signal connu, rentreront dans le devoir. Les adversaires eux-mêmes cesseront leurs poursuites, quand ils sauront que le roi et le Parlement protègent le collège des Jésuites et que les cours ont été rouverts par leur volonté.
Ge projet ayant été approuvé, le P. Manare, de retour au collège, fait immédiatement sonner la cloche. Les écoliers, déjà réunis en armes, prêtent l'oreille, se demandant ce que cela signifie; puis « comme des abeilles accourant à la ruche », entrent et sortent, ils se parlent en chuchotant et comprennent que l’affaire est arrangée : « Mais, s’écrient-ils, nous n’avons pas recu satisfaction ; il nous reste à venger une injure. » Les Pères durent s'interposer; ils demandèrent aux plus influents, qui étaient déjà des hommes, d'apaiser leurs condisciples et de les amener par de bonnes paroles à rentrer tranquillement en classe. Tout réussit comme on l'avait désiré !.
D'abord surpris, les ennemis du collège de Clermont ne se tinrent pas pour battus. « Tels et autres semblables que je ne veux nommer, écrit un contemporain, remuoyent le ciel et la terre, courans par Paris... sollicitans, bourdonnans, prians, menaçans, protestans et faisant jouer toutes les pièces de leur malice et crédit, jusques à faire aller en corps d'Université au prince, qui estoit alors chef des huguenots en France, afin d’implorer sa faveur et aide contre les Jésuites ?. » Le 12 mai, en effet, la « Fille aînée des rois très chrétiens » envoya une députation au prince de Condé, pour le supplier de faire en sorte « que par sa prudence et ses conseils fussent chassés ces religieux, obstacles très nuisibles aux études publiques ». Pareille entreprise passait le pouvoir de Louis de Bourbon, et l'Université, avoue l’un de ses historiens, « gâtait son affaire en recourant à une protection si Justement suspecte { ». Son attitude dans cette circonstance montra, une fois de plus, que son opposition à la Compagnie de Jésus était inspirée par tout autre chose que les intérêts de la religion catholique.
9. Si unies cependant étaient la cause de l’Église et celle des Jésuites que le pape Pie IV, informé de leurs épreuves, adressa en leur faveur des brefs pressants au roi, au Parlement, au cardinal de Bourbon et à d’autres princes dont l'influence était connue :
« Très cher fils en Jésus-Christ, écrit-il à Charles IX, Nous
1. Manare, De rebus S.J,, p.100. — 2. Richeome, Response à Marion, C. IV, p. 28. 3, Cité par Du Boulay, t, VI, p. 649, — 4, Crevier, op. cûl., c. vi, p. 194.
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avons appris que le collège de la Compagnie de Jésus, à Paris, est en butte à de grandes tracasseries et à des vexations de tout genre. Mais Nous savons que Votre Majesté ne supportera pas ces excès, dès qu'elle sera instruite des mérites de cette Société... confirmée par le Siège apostolique et récemment approuvée par le concile général de Trente, à cause de ses pieuses et louables entreprises. Les grands services que la Compagnie de Jésus a rendus à l'Église de Dieu, dans ces temps de troubles, non seulement en Italie, en Espagne, en Portugal, mais encore dans plusieurs contrées de l'Allemagne et dans la capitale de la Bohême, ont engagé les catholiques à lui fonder des collèges, qui ont puissamment contribué, avec l’aide de Dieu, à réprimer les hérésies et à ramener les hérétiques eux-mêmes à l'unité de l'Église. Pour Nous, Nous recourons surtout au collège qui est dans cette ville, et à ses services que Nous trouvons toujours aussi prompts qu'avantageux.. Nous faisons connaitre ces détails à Votre Majesté afin qu’elle comprenne que, par l'affection qu’elle porte à la religion catholique. elle doit prendre hautement sous sa protection et favoriser les collèges de cette Compagnie dans son royaume. Nous les recommandons tous affectueusement à votre piété, surtout celui de Paris, vous exhortant de toutes Nos forces à le défendre contre les injures et les vexations de ses détracteurs !. »
Le Souverain Pontife, en dehors de ces sollicitations pressantes, chargea son représentant officiel d'adresser des réclamations au Parlement. Comme elles restaient sans effet, le nonce résolut de les faire parvenir à Ja cour, qui séjournait depuis le 3 juin à Bayonne, où devait avoir lieu l’entrevue de Charles IX et de sa mère avec Élisabeth de France, reine d'Espagne. Pour remplir cette difficile mission, aucun, parmi les Jésuites français, n'était mieux désigné que le P. Émond Auger par sa prudence et la considération dont il jouissait. Mais, à ce moment, il se rendait à Rome afin d'assister à la Congrégation générale convoquée pour le 28 juin. À son défaut, le nonce engagea le P. François de Borgia, vicaire général de la Compagnie, à confier l’affaire au P. Possevin qui se trouvait à Avignon ?. Le choix était excellent. Possevin avait déjà donné, dans plusieurs circonstances, des preuves de cette rare habileté qui devait engager plus tard Grégoire XIIE à le charger de négociations dé-
4e Cité par Sacchini, Hist. Soc. Jesu, P. I, L. I, n° 19. Ce Bref est daté de Romé, 29 mai 1565, — 2, Annalium decas 1°, IL. I, c. x, p. 95.
licates auprès des têtes couronnées. La cour de France le tenait en grande estime, depuis Le succès de sa conférence avec le minis. tre Viret à Lyon. De plus, il était Italien, et l’on pensait qu'en cette qualité il recevrait de Catherine de Médicis un accueil plus favorable.
À peine arrivé à Bayonne, le P. Possevin gagna, par son zèle contre l'hérésie, l'admiration de tous les bons catholiques!. Les sectaires voulant profiter de l'entrevue des souverains, qui attivait dans cette ville un grand nombre d'étrangers, avaient envoyé de Genève une prodigieuse quantité de livres calvinistes, qu'ils espéraient introduire en Espagne jusque-là inaccessible à l'erreur. Possevin, enflammé d’une sainte indignation, découvrit, à tous ceux qu'il jugeait capables d'arrêter ce désordre, l'artifice à l’aide duquel les œuvres des calvinistes pénétraient dans la Péninsule ; il écrivit au cardinal d'Armagnae, le priant d’interposer son auforité, et travailla lui-même directement par tous les moyens à la diffusion des livres orthodoxes. S'il ne put empêcher tout le mal, il en prévint du moins les suites en rendant suspecte la conduite des hérétiques®?.
Reçu à la cour avec la plus sincère bienveillance, le P. Possevin fut admis sans retard à l'audience du roi. Charles IX l'introduisit devant le conseil, contre l’avis du chancelier de L'Hôpital?. Le Père se contenta d’y exposer en peu de mots l’objet de sa mission, sans se permettre la moindre invective contre ses adversaires; puis, il se retira pendant la délibération. Le roi était d'avis d’expédier aussitôt des lettres au Parlement de Paris pour lui recommander l'affaire des Jésuites; mais les objections présentées par le chancelier de L'Hôpital firent différer la décision. Dans le récit de son voyage à Bayonne, le P. Possevin ne ménage guère le chancelier, qu’il accuse de favoriser l’hérésie en se permettant les plus grossières injures contre Rome‘. Rappelé le lendemain devant le conseil, il n'eut pas de peine à dissiper toutes les difficultés et à rétablir Les faits sous leur vrai jour. Au sortir de cet entretien, il rédigea et remit à la reine-mère un mémoire où il exposait ses vues sur la liberté d'enseignement : « Il est licite à chacun, disait-il, d'ouvrir des écoles dans sa propre maison et
1. Pendant son séjour à Bayonne, Possevin reçut l'hospitalité des Franciscains (Annal. decas 1*, L. IE, €. x1, p. 101).